Grand Prix Paris Match du photoreportage : Centrafrique, la guerre oubliée

Publié le par Paris Match

Médias. Le 15e Grand Prix Paris Match du ­reportage photographique a été attribué à Frédéric Sautereau, de l’agence Œil public, pour ses images du conflit qui déchire la ­République Centrafricaine depuis trois ans


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A 35 ans, Frédéric Sautereau a déjà travaillé au Kosovo, au Kenya, à Ramallah, en Birmanie. Grâce au Grand Prix Paris Match, il espère diriger enfin les projecteurs sur la « guerre oubliée » qui ravage la République centrafricaine. D’après les Nations unies, un quart des 4,3 millions d’habitants est touché, plus ou moins directement, par les violences.



Toutes photos, Frédéric Sautereau



Frédéric Sautereau se rend en République centrafricaine pour la première fois en décembre 2006. Les ONG viennent de signaler la répression féroce à laquelle se livrent les Faca, les Forces armées centrafricaines, notamment dans le nord-ouest du pays. Dans cette région très pauvre, les infrastructures sont laissées à l’abandon. C’est là qu’a stationné pendant des mois l’actuel président, François Bozizé, un ex-général de Bokassa, avant de prendre le pouvoir par les armes en 2003. « Ses troupes, composées de militaires tchadiens et de mercenaires, ont volé et violé, parfois tué, semant les graines de la révolte », résume le reporter. François Bozizé se fait élire président en 2005 ; mais loin de Bangui, la capitale, la colère gronde toujours. Frédéric Sautereau est le premier photographe à parcourir le Nord-Ouest depuis le début de la répression. Le long de la route, il découvre des villages fantômes, des maisons calcinées, des greniers à grains ­dévastés. « Les militaires débarquent très tôt le matin et mettent le feu aux maisons, sans se soucier de donner aux habitants le temps de sortir. Les hommes soupçonnés de faire partie de l’APRD [Armée populaire pour la restauration de la démocratie], la rébellion régionale, sont exécutés, et les récoltes détruites. » Plus de 10 000 maisons sont ainsi parties en fumée. Certains fuient vers le Cameroun et le Tchad, d’autres partent se cacher dans la brousse. Mais cette tranquillité relative a un prix : peu de nourriture, pas d’eau potable. Il faudrait marcher une à deux heures pour retourner au puits du village, avec le risque de croiser à nouveau des militaires.


Quand Frédéric Sautereau est revenu en Centrafrique, en mai dernier, ils étaient toujours des milliers à vivre cachés dans la brousse. Un enfant sur cinq meurt avant l’âge de 5 ans. Les civils sont pris en otages entre les Faca et les rebelles. « Les jeunes se laissent embarquer dans l’APRD pour défendre leurs maisons. Sans avenir, ils finissent par se servir chez les habitants », dit le photographe. La France, l’ex-puissance colonisatrice, a sa part de responsabilité. « L’armée française, présente en République centrafricaine, n’est pas mêlée aux exactions, souligne Sautereau. Mais en vertu d’un accord militaire entre les deux pays, elle forme, soutient et arme les Faca. Quand on fournit de la logistique à une armée, on est en droit d’aller voir ce qu’elle en fait. »


En 2006, en compagnie du vidéaste et réalisateur Arnaud Contreras, Frédéric Sautereau avait réalisé un diaporama sonore sur la Centrafrique. Nous vous le présentons ici :



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envoyé par a360

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