Mauritanie : la junte nomme un diplomate Premier ministre, 8 jours après le putsch

Publié le par Afp

NOUAKCHOTT (AFP) — Le chef de la junte qui a pris le pouvoir par un coup d'Etat le 6 août en Mauritanie a nommé jeudi l'un de ses proches au poste de Premier ministre, un diplomate ayant ses entrées à Bruxelles, comme pour mieux apaiser l'Union européenne qui dénonce des "mesures d'exception".

Le général Mohamed Ould Abdel Aziz, ex-chef de la Garde présidentielle qui a renversé le 6 août le président élu Sidi Ould Cheikh Abdallahi, a nommé jeudi par décret Moulaye Ould Mohamed Laghdaf au poste de Premier ministre.

Le dirigeant du Haut conseil d'Etat (exclusivement formé de 11 militaires) a chargé ce civil de former "un gouvernement de transition".

Dès le lendemain du coup d'Etat, son nom circulait pour cette fonction, du fait de ses relations de confiance et d'amitié avec le chef des putschistes.

Depuis 2005, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf était ambassadeur de Mauritanie à Bruxelles, auprès de l'Union européenne et de la Belgique (pays où il a obtenu un doctorat en mécanique et physique).

Ce Mauritanien appartient par ailleurs à l'un des ensembles tribaux les plus importants du pays, les Tajakant, et à une région électorale, le Hodh Chargui (Sud-Est), courtisée par tout candidat à une élection présidentielle.

Toutefois le Premier ministre sortant Yahya Ould Ahmed Waghf, renversé par un coup d'Etat militaire le 6 août en Mauritanie, a déclaré jeudi soir que la nomination par la junte d'un chef de gouvernement était illégale, et qu'il refusait toute passation de pouvoirs.

Au cours d'une conférence de presse du Front pour la défense de la démocratie, M. Ould Ahmed Waghf a souligné que "le seul gouvernement légitime dans ce pays est celui nommé par le président légitime Sidi Ould Cheikh Abdallahi".

"Toute autorité ne tirant pas sa légitimité du pouvoir légitime de Ould Cheikh Abdallahi est pour nous illégale", a-t-il dit.

M. Ould Ahmed Waghf a expliqué que le nouveau pouvoir militaire lui avait demandé d'effectuer la traditionnelle passation des pouvoirs, et qu'il avait refusé.

Selon lui, le Front de défense de la démocratie formé le 6 août par différents partis politiques opposés au putsch ne reconnaîtra pas le Premier ministre nommé jeudi par le Général Mohamed Ould Abdel Aziz.

Le Front exige le retour à l'ordre constitutionnel et le rétablissement dans ses fonctions du président renversé.

M Ould Ahmed Waghf avait été arrêté le jour du putsch en même temps que le président, puis libéré en début de semaine.

Sidi Ould Cheikh Abdallahi reste toujours gardé dans une villa au sein du palais des congrès, en résidence surveillée.

Le putsch du 6 août, très largement condamné par la communauté internationale, a renversé le premier président démocratiquement élu depuis l'indépendance en 1960.

L'Union européenne a rejeté mercredi "les mesures d'exception" prises par la junte, "dénuées de toute légitimité". Et elle a mis "en garde contre le risque sérieux d'un isolement durable du pays sur la scène internationale".

"Les autorités militaires veulent imposer le fait accompli. La désignation d'un Premier ministre et d'un gouvernement est une erreur. On s'enfonce dans la faute alors qu'on devrait la corriger", a commenté jeudi Mohamed Ould Maouloud, président de l'Union des forces du progrès (UFP), opposé au coup d'Etat.

"Il faut que la communauté internationale impose le retour à l'ordre constitutionnel d'avant le 6 août", a-t-il souhaité au nom de l'UFP, un des partis réunis dans un Front pour la défense de la démocratie.

A l'intérieur du pays, la junte bénéficie en tout cas du soutien clair et net de la grande majorité des maires (191 sur 216) et des parlementaires (106 sur 151).

Mercredi soir, 67 députés (sur 95) et 39 sénateurs (sur 56) ont clairement pris le parti des militaires, assurant qu'ils avaient pris "leurs responsabilités en opérant un mouvement de rectification".

Ils ont évoqué un "contexte de crise politique et institutionnelle aiguë" et dénoncé ce qu'ils appellent "l'entêtement de l'ancien président qui n'écoutait que ses courtisans".

Au matin du 6 août, le président avait annoncé l'éviction de quatre dirigeants militaires, parmi lesquels le chef de la Garde présidentielle, le général Ould Abdel Aziz. Le jour même, il était renversé.

Pour nombre de médias et d'observateurs, le "ver était dans le fruit" dès l'élection du président, en mars 2007, puisqu'il se trouvait redevable aux militaires d'un soutien décisif à sa candidature.

Pays pauvre de 3 millions d'habitants, dont les principales ressources sont la pêche et le minerai de fer, la Mauritanie a vécu un début d'année 2008 particulièrement difficile, avec des attaques meurtrière inédites de la mouvance Al-Qaïda sur son sol et une sévère crise sociale, liée en particulier à la flambée des prix des denrées de base.

Publié dans L'AFRIQUE

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