Profession : fils de chef d'Etat

Publié le par Rfi

Ils ont eu chaud, les Suisses ! Aux dernières nouvelles, les livraisons de pétrole libyen à la Confédération ont repris, mais le sol est toujours mouvant. Pour espérer conserver les pétrodollars de la Grande Jamahiriya dans les coffres des banques helvétiques, Berne doit encore calmer la colère de la famille Kadhafi.

Au fil des ans, l’opinion s’est habituée aux interpellations, aussi fréquentes que banales, des fils de chefs d’Etats africains dans les capitales européennes. Mais c’est bien la première fois que l’on assiste à une réaction aussi virulente. On a frôlé la déclaration de guerre !

Il est vrai qu’Hannibal Kadhafi a passé deux nuits au violon. Et vu de Tripoli, c’est un insupportable affront. En témoigne la fureur de la famille du « Guide » libyen : « Œil pour œil, dent pour dent, et celui qui a commencé a tort ! », a prévenu Aïcha Kadhafi, avocate et fille de son père, dépêchée à Genève pour l’occasion.

Alors que Tripoli exigeait des excuses publiques et le classement sans suite de cette affaire, la presse genevoise en a remis une couche. Elle a ressorti l’épais dossier des démêlés antérieurs du fils Kadhafi avec la police et la justice, en France, notamment. Les confrères sont surtout revenus sur les frasques des fils des dirigeants arabes ou africains, qui se croiraient tout permis en Suisse sous prétexte que leurs géniteurs y auraient placé leur fortune. Sont visés tous ces jeunes gens qui, lorsqu’on leur demande quelle est leur profession, répondent sans sourciller : « fils de chef d’Etat ».

Ils pourraient aussi bien répondre : noceurs, tant ils aiment faire les quatre cents coups, et les coups tordus, y compris au risque d’y perdre la vie, comme Brahim Déby, retrouvé mort dans un parking près de Paris, en juillet 2007. Ou au prix de la vie des autres, comme Nyimpine Chissano, mis en cause dans l’assassinat du journaliste Carlos Cardoso, en novembre 2000, et finalement décédé sept ans plus tard sans avoir jamais eu à répondre de ces accusations. On pourrait aussi parler des fils Bozizé, Obiang, et de quelques autres, célèbres en France, en Suisse ou à Monaco, pour de très mauvaises raisons.

Mais à côté de ces flambeurs, il y a aussi ceux dont on ne parle jamais, parce qu’ils savent se tenir. Les Ivoiriens ont eu Félix Houphouët-Boigny comme président pendant plus de trente-trois ans, et n’ont jamais eu à subir les frasques de ses enfants. Abdou Diouf a dirigé le Sénégal vingt et un ans comme Premier ministre et dix-neuf ans comme chef de l’Etat et il a su, pour l’essentiel, tenir sa famille à l’écart des affaires d’Etat, des affaires tout court. C’est ce que l’on appelle une certaine idée de l’Etat.

Publié dans SOCIETE

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