Le nouveau visage de la faim

Publié le par François Régis Hutin - Ouset France

Les prix du pain, du riz, du maïs, du lait, de l'huile, du soja se sont envolés au cours des derniers mois dans nombre de pays en développement, et cela malgré les mesures politiques prises. » C'est ce qu'annonce l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

« Le prix moyen d'un repas de base a augmenté de 40 %, en l'espace d'une année, dans certains pays africains dont la moitié de la population vit avec moins d'un euro par jour », a déclaré au Monde Jacques Diouf, directeur général de la FAO (1). Les dépêches d'agences annoncent, dans le monde entier, le résultat de cette crise : des émeutes de la faim ont été signalées en Égypte, au Cameroun, en Côte d'Ivoire, au Sénégal, au Burkina Faso, en Éthiopie, en Indonésie, à Madagascar, aux Philippines, en Haïti... Au Pakistan et en Thaïlande, l'armée a été déployée pour éviter le pillage de la nourriture dans les champs et les entrepôts...

John Powel, directeur adjoint du Programme alimentaire mondial (PAM), a déclaré, lors de la Conférence internationale de l'action humanitaire et du développement, à Dubaï : « Nous sommes particulièrement préoccupés par l'émergence de ce que l'on pourrait appeler le nouveau visage de la faim. Il est caractérisé par des marchés abondants en nourriture, mais aussi par un nombre considérable de gens qui ne peuvent tout simplement pas acheter. »

Nous constatons donc deux formes de pénuries : celle où il n'y a pas de nourriture disponible et celle où il y a de la nourriture, mais pas d'argent pour l'acheter. Les organismes d'aide savent à peu près faire face à la première situation : ils distribuent directement farine, riz, etc. Mais, dans le deuxième cas - qui se produit souvent dans de grandes agglomérations - c'est de l'argent qu'il faudrait sans doute distribuer, ce qui multiplie la difficulté...

Sachons enfin qu'il manque 500 millions d'euros au Programme alimentaire mondial (Pam), pour agir immédiatement avec efficacité, faible somme comparée aux dépenses d'armement effectuées dans le monde. Aussi, réjouissons-nous de l'annonce faite par le président de la République, Nicolas Sarkozy : 100 millions d'euros sont, dès aujourd'hui, affectés à l'aide alimentaire mondiale par la France.

Piloter les changements nécessaires
Quoi qu'il en soit, la situation est d'une extrême gravité. Le président Chirac l'exprime avec vigueur dans un article du Monde (1) : « Cette conjoncture fait courir au monde un risque sans précédent... Les ingrédients d'une crise majeure sont réunis et la situation peut se dégrader très vite en guerres et en conflits... C'est une véritable révolution des modes de pensée et d'action qui s'impose en matière de développement... L'agriculture vivrière doit être protégée - n'ayons pas peur des mots - contre une concurrence débridée des produits d'importation qui déstabilise l'économie de ces pays et décourage les producteurs locaux. »

Jacques Diouf précise : « Il est du devoir et de l'intérêt de la communauté internationale d'accompagner ces efforts pour que les campagnes africaines puissent, à l'avenir, nourrir les villes du continent et les villes, jouer pleinement leur rôle de fournisseurs de services pour les campagnes. » En un mot, comme l'avait déjà dit Jacques Chirac, à propos de l'environnement : « La maison brûle et nous regardons ailleurs. »

Osons regarder en face le désastre en présence duquel nous nous retrouvons. Osons considérer les changements fondamentaux que nous devons opérer dans nos comportements, dans nos habitudes, dans nos façons d'échanger, de commercer et d'investir. Osons choisir d'aller à l'essentiel avant que cela ne soit imposé par la force des choses. Il vaut mieux décider ensemble, avec les organisations internationales et les ONG, les changements qui sauveront des millions de vies. Il vaut mieux les piloter ensemble, plutôt que de les subir.


(1) Le Monde du jeudi 17 avril 2008.
François Régis Hutin

Publié dans LE MONDE

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