Le Nobel de la paix comme un encouragement à Barack Obama

Publié le par Le nouvel Observateur

Moins de neuf mois à la Maison Blanche et déjà le Nobel de la paix: en distinguant Barack Obama, le comité norvégien a créé la surprise vendredi et aussi un peu de perplexité, certains se demandant si ce prix n'était pas prématuré. Premier "surpris", le chef de la Maison Blanche a voulu voir dans cette récompense un encouragement plus qu'une "reconnaissance".

"Je ne pense pas mériter d'être en compagnie de tant de figures déterminantes qui ont été honorées par ce prix", a déclaré d'emblée le président. "J'accepterai ce prix comme un appel à l'action, un appel à tous les pays à s'attaquer aux défis du XXIe siècle", a-t-il lancé depuis la roseraie de la Maison Blanche.

L'un des plus jeunes présidents américains, Barack Obama, 48 ans, avait prêté serment depuis 12 jours à peine quand les nominations pour le Nobel de la Paix ont été closes le 1er février dernier.

Malgré le retentissement planétaire de son élection, le premier président noir de l'histoire des Etats-Unis n'était pas donné parmi les favoris. Et pour cause, comme la plupart des chefs d'Etat en place depuis moins d'un an, il n'a pas encore de bilan à proprement parler ou de grande réussite à mettre à son actif.

Ses adversaires républicains se sont empressés de le faire remarquer, laissant entendre que le comité Nobel avait succombé à l'Obamania mondiale. "La vraie question que se posent les Américain, c'est: 'qu'a vraiment accompli le président Obama?'", a lâché le président du comité national républicain Michael Steele. "Il est malheureux que l'aura de star du président ait éclipsé les résultats véritables des avocats infatigables de la paix et des droits de l'Homme".

"Il a reçu le prix parce qu'il a réussi à changer le climat international", a justifié le président du Comité Nobel Thorbjoern Jagland. "Certains diront, et je le comprends, est-ce que ce n'est pas prématuré? Trop tôt? Et bien je répondrais alors que ce pourrait être trop tard de réagir dans trois ans. C'est maintenant que nous avons une occasion de réagir, nous tous". Cela arrive rarement qu'une personne puisse autant "capter l'attention du monde et donne à son peuple l'espoir d'un avenir meilleur", a-t-il insisté.

C'est "trop tôt", a tout de même jugé l'ancien président polonais Lech Walesa. "Il n'a aucune contribution à son actif jusque-là. Il n'en est qu'au début. Il commence seulement à agir", a dit le lauréat du Nobel de la paix 1983. "C'est probablement pour l'encourager à agir. Voyons s'il persévère. Donnons-lui le temps d'agir."

Depuis son arrivée au pouvoir, le président américain a mis fin à la pratique du "waterboarding", relevant de la torture, et aux autres techniques d'interrogatoire extrêmes pratiquées du temps de son prédecesseur pour faire parler les suspects de terrorisme. Il s'est aussi engagé à fermer avant la fin de l'année le centre de détention de Guantanamo, devenu le symbole des abus d'administration Bush. Mais il avait sans doute sous-estimé la complexité de ce casse-tête juridique et la force des oppositions, qui rendent quasiment impossible de tenir le délai.

Barack Obama avait aussi promis de mettre fin à la guerre en Irak, mais le retour des soldats américains se fait encore lentement. De fait, la fin réelle de la présence militaire américaine n'interviendra pas avant 2012 au plus tôt. Pendant ce temps, le président américain a mis l'accent sur la guerre en Afghanistan, mobilisant davantage d'hommes sur ce front.

Alors que son prédecesseur avait attendu la fin de son deuxième mandat pour s'en préoccuper réellement, Barack Obama s'est engagé avec force en faveur du processus de paix au Proche-Orient, sans obtenir de réelles avancées jusqu'ici.

Il s'est aussi fermement prononcé pour un monde débarrassé des armes nucléaires. Le Comité Nobel a d'ailleurs expliqué avoir attaché beaucoup d'importance "à la vision et aux efforts d'Obama pour un monde sans armes nucléaires". Mais entre le discours de Prague en avril et la réalité, il reste encore du chemin.

Enfin, là encore en rupture avec George W. Bush, Barack Obama a fait de la lutte contre le réchauffement climatique l'une de ses priorités. Mais les Etats-Unis risquent d'arriver les mains vides à Copenhague, à la fin de l'année, les textes défendus par le président étant encore bloqués au Congrès. AP

Publié dans LE MONDE

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