Tchad : le quartier de Moursal inquiet sur le sort de l'opposant Yorongar

Publié le par Afp

ALeqM5h4KjQJ_C2ksw7lXxcQ33TitJxgPg.jpgN'DJAMENA (AFP) — Très inquiets, les habitants de Sarah Moursal, le quartier de N'Djamena de l'opposant Ngarlejy Yorongar, disparu dans la bataille entre forces gouvernementales et rébellion début février, ne croyaient pas du tout dimanche le pouvoir quand il affirme qu'il a réapparu.

"C'est un mensonge grossier, il n'a pas réapparu et il ne peut pas se cacher. Il a refusé de se cacher pendant les événements (les 2 et 3 février quand les rebelles ont tenté de renverser le président Idriss Deby Itno). Il est resté chez lui et il a été arrêté le dimanche (3 février) après le départ des rebelles de la ville", répète inlassablement Gautier Mbaïnodji, un de ses neveux, qui a assisté à l'arrestation.

"Il a été emmené dans un pick-up Toyota avec 8 hommes armés", dit-il à l'AFP.

"Ils avaient été précédés d'hommes à moto", se souvient un membre de l'entourage du député.

"Il a été arrêté 13 ou 14 fois par le régime et torturé. Il en porte des séquelles", précise, non sans une certaine fierté, le jeune parent.

Les autorités tchadiennes ont affirmé vendredi que M. Yorongar, 59 ans, était "réapparu" dans son quartier à N'Djamena, laissant entendre qu'il pouvait se cacher. Paris, qui a des troupes au Tchad et a soutenu le président Deby dans sa confrontation avec les rebelles, a dit attendre une "confirmation" de la nouvelle.

Tout le monde dans ce quartier chrétien de l'est de la ville connaît le député fédéraliste, considéré comme un opposant irréductible du régime arrivé par les armes au pouvoir en 1990.

"Il n'est pas du genre à se cacher", renchérit son chauffeur Saleh Djekotar, qui a assisté à "l'enlèvement". "Ils (la Garde présidentielle) m'ont même tiré dessus pour m'intimider", montrant une blessure à sa main droite encore apparente, provoquée par l'effleurement d'une balle.

La "réapparition miracle", puis à nouveau sa disparition pour se cacher "n'a aucun sens", estime un marchand de l'avenue Kondol, la principale artère goudronnée de Sarah Moursal à une centaine de mètres du domicile de l'opposant. Ses partisans sont "très inquiets", certains n'hésitent pas à affirmer "qu'il est probablement mort".

"Il n'a pas de raison de se cacher", remarque perplexe un quincaillier, qui note que dans N'Djamena les forces gouvernementales procèdent "à des règlements de compte" la nuit à la faveur du couvre-feu, "sous le prétexte de rechercher des rebelles".

"Ce que nous voulons désormais, c'est qu'on arrête cette diversion, qu'on nous dise la vérité. S'il est décédé, ils (les autorités tchadiennes) n'ont qu'à nous rendre son corps et qu'on l'enterre. C'est la vérité que l'on cherche", souligne encore son neveu Gautier, affirmant que M. Yorongar est un chrétien de "foi protestante".

Si Sarah Moursal se résigne presque à l'éventualité d'une nouvelle fatale, l'inquiétude est également profonde du côté des amis de l'opposant d'Ibni Oumar Mahamat Saleh, autre grande personnalité de l'opposition disparue deux heures après M. Yorongar sur le même mode opératoire: 8 hommes armés arrivés dans un pick-up Toyota, un modèle très courant au Tchad.

"Il a été arrêté dans son salon", affirme son cousin Mahamat Saleh Moussa, soulignant qu'il avait été prévenu par l'entourage du troisième opposant, Lol Mahamat Choua, arrêté avant.

Ce dernier, ancien chef de l'Etat, a été porté disparu pendant plusieurs jours avant que les autorités le retrouvent "vivant" le 14 février et reconnaissent qu'il est détenu après avoir été "retrouvé en flagrant délit avec les mercenaires" (les rebelles), selon leur version.

L'ambassadeur de France, le représentant de l'Union européenne à N'Djamena ainsi que le Comité international de la Croix-rouge (CICR) ont pu voir M. Choua. Mais sa famille et ses partisans ne sont pas autorisés à le visiter, constate "avec tristesse et amertume", son neveu Lol Ali Choua.

Publié dans L'AFRIQUE

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