Rca : La Politique Centrafricaine dans la tourmente

Publié le par Le Confident

A l’approche de la fin du mandat législatif, la politique centrafricaine semble entrer dans la tourmente des joutes préélectorales.

BRUXELLES : le rendez-vous de l’histoire
Deux saisines de la Cour pénale internationale (C.P.J) viennent rappeler à l’établissement politique centrafricain que l’épée de Damoclès des crimes non jugés pèse encore sur la tête de nombreux candidats à la candidature. Il s’agit successivement de la plainte déposée par la Ligue Centrafricaine des Droits de l'Homme (L.C.D.H) contre les tueries récurrentes au putsch manqué du 28 mai ainsi que les crimes commis au moment de la guerre civile par la rébellion qui a conduit l’actuel président au pouvoir entre 2002 et 2003. Cette dernière période est couverte par la deuxième plainte introduite par la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (F.ID.H). Pour le moment tout se passe comme si seuls les crimes de guerre civile au Congo Démocratique polarise l’attention. La mise en accusation par le procureur de la Cour Pénale Internationale de J.P BEMBA,dirigeant du M.LC, ancien vice-président de la République Démocratique du Congo (R.C.D) a été un temps fort de cette péripétie judiciaire des conflits en cours .Les crimes commis par une longue guerre civile et son cortége de désolations, abominations, relayés par les médias internationaux ne cessent d’édifier la conscience internationale sur les dangers de la « marchandisation » de la guerre et son internationalisation. L’utilisation des militaires du M.L.C de J .P. BEMBA durant la répression, sous la majorité du M.L.P.C. en Centrafrique, de populations jugées proches des ex-putschistes du 28 mai atteste de cette dimension dangereuse de cette «marchandisation» de la guerre. Elle éclaire également sur le fait que des calculs de bas étage des petits politiciens peuvent conduire à une méprise totale aux conséquences insoutenables par les bénéficiaires supposés de ces crimes. La parodie du débat politique centrafricain depuis le 13mars 2003 et les travestissements politiques que certains hommes politiques centrafricains sont obligés d’user pour durer sur la scène politique, illustrent à dessin cette confusion politique. Dans cette procédure, il semble que des hommes politiques de premier plan seront appelés à comparaître, soit en qualité de témoin à charge ou à décharge ou de co-auteurs. Si la stratégie actuelle des principaux auteurs et exécutants est de nier en bloc une éventuelle convocation par la C.P.J, il est certain que ceux que l’avocat de J.P.BEMBA, Me KOUETE en citant sur R.F.I., le premier réquisitoire du procureur, appelle les commanditaires de l’intervention du M.L.C en R.C.A : Jean-Jacques DEMAFOUTH de l’A .P.R.D, l’ex-président PATASSE, l’actuel président BOZIZE et le commandant de la place de Bangui du M.L.C. à ce rendez-vous de l’histoire. La deuxième saisine est celle de la Belgique pour l’obtention du droit du transfert du procès de l’ex-président HISSEN HABRE du Tchad devant une juridiction belge de droit international. Comme le Congo-Démocratique, le Tchad est un pays limitrophe de la R.C.A. Dans cette longue guerre civile qui déchire les ex-dirigeants des FORCES ARMEES DU NORD, à l’origine du renversement du défunt président MALLOUM, il y a intrusion d’officiers supérieurs de l’armée centrafricaine et d’hommes politiques liés avec leur anciens frères du sud dans le projet de la création de la République du Logone à partir de la cessation d’une partie de la R.C.A avec le sud du Tchad. C’est cette grande illusion qui conduira et expliquera, décennie après décennie, l’implication de Centrafricains dans la tragédie tchadienne. Le transfert du procès devant soit la C.P.J. soit une juridiction belge va immanquablement rouvrir cette boîte de Pandorre qu’a été la guerre civile du Tchad avec son cortége de transfuges et de balances. Cette autre requête en cours va également peser sur des candidats de la majorité ou de son opposition. C’est-à-dire sur leur honorabilité et aptitude à se transmuer en inexpugnable défenseur de la démocratie et des droits de l’homme. Du moins l’homme de la rue le croit mais on dit souvent qu’en Centrafrique le ridicule ne tue pas.

MAUVAISE ALLIANCE
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’empressement avec lequel le Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (M.L.P.C.) a défaussé sur son ex-président. Le mobile de sa radiation du parti qu’il affirme,à qui veut l’entendre, avoir créer en 69 à BRIA avant de le ressusciter à Bangui en 79 fait sourire. Indiscipline, non respect de la hiérarchie, alors que l’opinion publique nationale et internationale attend du M.L.P.C. un aggiornamento sur son idéologie liberticide et tribalo ethnique, sont jugés insuffisants par les démocrates sincères et patriotes convaincus. Ceux-ci attendent du M.L.P.C une autocritique en règle sur ces agissements récents et des mesures disciplinaires conséquentes pour confirmer qu’il est devenu un parti fréquentable et débarrasser d’apologistes de crimes de sang , de la division tribale et ethnique , de prédateurs des finances publiques .Faire porter le bonnet d’âne à son ex-président est jugé insuffisant pour redorer le blason d’un parti dont la réputation reste entachée par les crimes de guerre et dont les responsables sont appelés devant les tribunaux de BRUXELLES .Beaucoup pensent que la tentative de minimiser l’importance de ce fond cache les mauvais calculs de récidivistes impunis. L’argument de la réintégration dans une plate forme de l’opposition (UFVN) anti-BOZIZE n’est pas une légitimation de la non implication de l’ancienne et l’actuelle direction .Elle ne dispense pas de cette précision fondamentale. Dans tous les cas, voilà l’UFVN payée en monnaie de singe. En acceptant le M.L.P.C. en son sien, elle l’aura blanchi des accusations fortes qui pesaient sur ces dirigeants concernant l’apologie des crimes de guerre et les accusations de tribalisme ou régionalisme. L’espoir, que nombre de Centrafricains caressent de voir les frères ennemis d’hier enterrer la hache de guerre tribale pour présenter un candidat en commun aux prochaines consultations pour enrayer le démon de la guerre civile renaissant à chaque septennat,s’est évanoui avec la décision unilatérale du M.L.P.C. de présenter son propre candidat. Devant ce camouflet infligé aux autres composantes de l’U.F.V.N que restera-t-il de cette plate forme des partis opposés à la réélection du président BOZIZE ? Certainement pas grand-chose. Il est fort à parier que le Rassemblement Démocratique Centrafricain (R.D.C), dépité par cette nouvelle dérobade, leur emboîte le pas en désignant son propre candidat. Cela sonnera le glas d’un amalgame de sigles d’organisations politiques.

JEU MACHIAVELIQUE
Manifestement, l’éclatement prévisible de l’UFVN comme du MLPC arrange le candidat de la majorité présidentielle. La contestation de la légitimité des décisions du congrès du MIPC depuis LOME par son ex-président fondateur augure d’une querelle fratricide entre ces deux personnalités politiques qui s’appelaient encore hier des cousins. L’on s’attend a ce que de congrès en congrès, de dissidents, l’affaire ne s’enlise devant les tribunaux de la République pour éclabousser définitivement cette quête d’honorabilité que personne ne leur reconnaît dans la société civile, par les élections. Comme cela a été le cas du Front Patriotique pour le Progrès (FPP), éclaté par des tendances fratricides, l’on risque de nous retrouver avec deux MLPC. Cette multiplicité des candidatures risque de faciliter la t$ache du candidat de la Convergence KNK à sa propre réélection, s’il n’était pas entre-temps rattrapé par la justice internationale comme certains de ces opposants.

Mercredi 24 Juin 2009
Par Joël WALLOT

Publié dans ACTUALITES NATIONALES

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