Les forces de l'Onu arrivent au Tchad dans un climat tendu

Publié le par Le Figaro

Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, s'est rendu dimanche dans le camp de Djabal, à l'est du Tchad, qui accueille les réfugiés du Darfour. Crédits photo : AFP

Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner s'est rendu dimanche dans l'est du pays pour la passation de pouvoirs entre l'Eufor et la mission des Nations unies.

Un an après son déploiement, Eufor, la force européenne positionnée au Tchad et en Centrafrique, passe le relais à l'ONU dans une phase critique. Pour l'occasion, Bernard Kouchner était dimanche au quartier général des troupes de l'Eufor à Abéché, dans l'est du pays, où s'est déroulée la cérémonie de passation de commandement à la mission des Nations unies, baptisée Minurcat II. Le chef de la diplomatie française a ensuite visité deux camps, l'un de réfugiés du Darfour à Djabal, l'autre de déplacés tchadiens à Gassiré.

L'ex-French doctor, dont c'était la quatrième visite au Tchad depuis son arrivée au Quai d'Orsay, s'est félicité du bilan de l'opération européenne, la plus importante mise sur pied par l'UE, dont l'objectif était de protéger les camps de réfugiés et l'acheminement de l'aide humanitaire. Mais il n'a pas caché son inquiétude sur l'avenir de cette région frontalière du Soudan, vaste comme la moitié de la ­France où près de 500 000 personnes sont regroupées sur une douzaine de sites.

«Nous prenons l'opération à un moment de forte tension», souligne en écho un haut responsable de l'ONU, qui s'alarme des conséquences de plusieurs événements concomitants. Le 4 mars, au lendemain de l'inculpation par la Cour pénale internationale du président soudanais Omar el-Béchir, Khartoum a décidé d'expulser 13 des plus importantes ONG actives au Darfour. Simultanément, de part et d'autre de la frontière, les mouvements rebelles, qui bénéficient du soutien croisé du Tchad et du Soudan, affûtent leurs armes et semblent vouloir en découdre avant la fin de la saison sèche.


De fragiles acquis

Dans ces conditions, «nous n'excluons pas de nouveaux mouvements de populations soudanaises vers le Tchad», concède Serge Malé, le représentant du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), se disant prêt à faire face à l'afflux de 50 000 réfugiés «s'ils n'arrivent pas tous au même endroit». Une nouvelle poussée de fièvre au Darfour risquerait de mettre à bas les fragiles acquis de l'opération Eufor. Celle-ci, forte de 3 300 soldats envoyés par 23 pays européens (dont 1 650 par la France) et renforcée par 850 policiers onusiens (la Minurcat I) et tchadiens a contribué à réduire l'insécurité par son action dissuasive dans une région livrée aux exactions et au banditisme. Toutefois, «le niveau actuel n'est pas satisfaisant», reconnaît Serge Malé.

Plus sévère, Oxfam International a sonné l'alarme en soulignant la semaine dernière que «les habitants continuent de vivre dans la peur et l'insécurité au Tchad». Selon cette ONG, «les violences sexuelles augmentent et les groupes armés continuent de recruter des enfants soldats».

À l'approche de la fin du mandat de l'Eufor, la nervosité s'est accrue parmi les populations de l'est du Tchad. Les humanitaires, eux, redoutent le vide qui pourrait se créer entre le départ des troupes européennes et l'arrivée des contingents onusiens. Sur les effectifs actuels de l'opération européenne, seuls 2 300 hommes passeront sous le drapeau de l'ONU. Les autres resteront toutefois sur place jusqu'à la fin de l'année. À cette échéance, la Minurcat II devrait compter 5 200 hommes. Le Ghana, le Togo, le Népal et l'Uruguay ont promis des soldats.

«La mission s'annonce délicate, tout dépendra de la situation au Soudan », estime un responsable de l'ONU. La perspective d'un possible réengagement américain constitue un point positif. «Susan Rice ( l'ambassadrice d'Obama à l'ONU) vient de nous demander la liste des équipements qui nous manquent pour renforcer nos moyens», relate cette source onusienne.

Reste qu'en l'absence d'une solution politique, la question des déracinés du Tchad et du Darfour a peu de chances d'être réglée.

Publié dans L'AFRIQUE

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