Centrafrique : entre espoirs de paix et incertitudes (ANALYSE)

Publié le par Xinhuanet

YAOUNDE, 27 janvier (Xinhua) -- La République centrafricaine ( RCA) s'est dotée il y a une semaine, le 20 janvier, d'un nouveau  gouvernement, ce qui est une des principales recommandations du  dialogue politique inclusif organisé du 8 au 20 décembre 2008 à  Bangui, la capitale du pays.  

     Composé de 32 membres dont 4 ministres d'Etat, 21 ministres et  sept 7 ministres délégués, ce cabinet est dirigé par Faustin  Archange Touadéra, Premier ministre sortant reconduit par le  président François Bozizé.  

     C'est un gouvernement d'union nationale, qui fait suite aux  recommandations du dialogue politique inclusif qui avait rassemblé quelque 200 participants, dont l'ex-chef de l'Etat Ange-Félix  Patassé, renversé en mars 2003 par François Bozizé, l'ancien  ministre de la Défense Jean-Jacques Demafouth, leader de l'Armée  populaire pour la restauration de la démocratie (APRD) et le  capitaine Abakar Sabone, qui dirige le Mouvement des libérateurs  centrafricains pour la justice (MLCJ).  

     Samedi dernier, lors d'une conférence de presse à Bangui, le  ministre d'Etat chargé de la Communication, du Civisme, de la  Réconciliation nationale et du Suivi du Dialogue, Cyriaque Gonda,  a précisé que toutes les entités présentes au Dialogue politique  inclusif sont représentées dans le nouveau gouvernement.  

     "La mise en place de ce gouvernement a respecté l'esprit et la  lettre des recommandations du Dialogue Politique Inclusif et donc  a été ouvert aux entités qui ont participé au processus du  Dialogue politique inclusif", a-t-il indiqué.  

     Dans cette équipe qui a vu reconduire dix ministres du  gouvernement sortant, douze personnalités font leur entrée. Le  fait marquant réside surtout dans la nomination des membres de  l'opposition civile et armée. 

     Par exemple, la rébellion de Jean-Jacques Démafouth, active  depuis 2005 dans le nord de la RCA, hérite du ministère de  l'Environnement et de l'Ecologie, attribué à François Naoyama.  Tandis que l'Union des forces démocratiques pour le rassemblement  (UFDR), un autre mouvement rebelle, s'empare du portefeuille de  l'Habitat et du Logement, confié à Djollo-Djidou.  

     Pour le compte de l'opposition dite modérée, Moïse Kotayé et  Raymond Adouma ont été nommés respectivement ministre de la  Promotion des Petites et moyennes entreprises, du secteur informel et du guichet unique, et ministre délégué à la Coopération  internationale.  

     Alors que André Nalké Dorogo, quatrième vice-président du  Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC) et  coordonnateur adjoint du comité d'organisation du dialogue  politique inclusif, devenu ministre de la Santé publique, de la  population et de lutte contre le sida dans le nouveau gouvernement, au profit de l'opposition dite démocratique.  

     Pour sa part, la société civile se voit attribuer les  ministères délégués au Développement rural, à l'Education et aux  Affaires étrangères.  

     A en croire le ministre d'Etat chargé de la Communication, ce  nouveau gouvernement a été formé à la suite d' "une intense  consultation avec toutes les entités [présentes au dialogue  politique inclusif] et avec certaines personnes n'étant pas sur  place à Bangui".  

     Mais, dans un communiqué de presse publié le 21 janvier à  Bangui, l'entité dénommée "Autres partis", donc l'opposition dite  modérée, a dénoncé une "supercherie politique" de la part du  président centrafricain. Elle met notamment en cause " l'unilatéralisme caractérisant la mise en place de ce gouvernement qui est une copie quasi parfaite de l'ancien".  

     Selon cette entité, qui regroupe cinq petites formations  politiques, la formation du nouveau gouvernement "crée plus de  problèmes qu'il n'en résout et porte en lui les germes des crises  futures". 

     Président du Rassemblement démocratique du peuple centrafricain (RDPC), membre d'une coalition comprenant par ailleurs le  Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC), l'ancien  Premier ministre Martin Ziguelé s'en également pris au chef de  l'Etat.  

     D'après lui, François Bozizé s'est "recroquevillé sur sa  famille politique" et n'a concédé que "quelques postes  périphériques". Par conséquent, il doit en assumer la  responsabilité.  

     En dehors de la formation d'un gouvernement de consensus, le  dialogue politique inclusif avait recommandé la mise en place  d'une Commission vérité et réconciliation sur le modèle de  l'Afrique du Sud et la mise en oeuvre d'un programme de  désarmement et de démobilisation des ex-combattants dans un délai  de 60 jours.  

     Conduite par l'ancien président burundais Pierre Buyoya et  parrainée par le chef de l'Etat gabonais Omar Bongo Ondimba, le  dialogue avait été salué par la communauté internationale,  précisément le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.  

     La participation de l'ex-chef de l'Etat Ange Félix Patassé, en  exil à Lomé au Togo, et des chefs rebelles Abdoulaye Miskine et  Jean-Jacques Démafouth, également en exil, a été appréciée comme  un témoignage de la volonté des acteurs politiques et politico- militaires centrafricains de trouver un terrain d'entente pour  sortir le pays de instabilité chronique qui le caractérise.  

     Samedi dernier, au terme d'une mission de travail à Bangui, le  président de la Commission onusienne de consolidation de la paix  en Centrafricaine, Jan Grauls, a déclaré que "les recommandations  issues du dialogue politique inclusif constituent une feuille de  route" dans le processus de réconciliation nationale en RCA.  

     "La tenue du dialogue a été suivie par l'ouverture du  gouvernement centrafricain à des représentants des différents  partis qui (y) ont participé (...) La Centrafrique avait un  problème d'image par le passé, cette image commence à changer  profondément et c'est une bonne chose pour le peuple centrafricain ", a-t-il souligné.  

     Mais, les observateurs restent sceptiques. "En dépit de la  tenue du dialogue politique inclusif, on ne peut pas dire qu'il y  ait une clarification irréversible de la situation en RCA.  Clarification capable de renforcer la confiance des partenaires  internationaux quant à l'hypothèse d'un retour durable de la paix, qui est la condition nécessaire de toute relance économique et de  toute stabilisation politique", estime Dr Mathias Eric Owona  Nguini, politologue enseignant à l'Université de Yaoundé II.  

     De l'avis de ce spécialiste des relations internationales, il  n'est pas évident que "tous les acteurs politiques et politico- militaires centrafricains regardent dans la même direction et  peuvent partager un intérêt commun pour ce retour à la paix", car, "il semble demeurer une réelle animosité entre François Bozizé et  les leaders politico-militaires qui contestent son pouvoir".  

     En juin 2008, le pouvoir de Bangui et deux mouvements rebelles, l'Armée populaire pour la restauration de la démocratie de Jean- Jacques Démafouth et l'Union des forces démocratiques pour le  rassemblement (UFDR) de Damane Zakaria, avaient conclu un "accord  de paix global" prévoyant notamment une amnistie pour tous les  combattants ainsi que les responsables civils. Mais, l'application de ce compromis n'avait pas été suivie d'effet.

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