Douleur et incompréhension autour de la mort d'Ibrahima
Un millier de personnes a rendu hommage à l'étudiant tué dimanche
Amis, représentants d'associations noires, élus marseillais, étudiants mais aussi anonymes… Plus d'un millier de personnes ont rendu hommage à Ibrahima.
Une rose blanche, une photo et une seule banderole. Au slogan sobre mais poignant: "Justice et vérité. Paix à son âme". Rien d'autre. Pas question ici de récupérer la mort tragique d'Ibrahima Sylla, cet étudiant guinéen de 28 ans, tué dans d'atroces circonstances. Son cadavre, partiellement calciné, avait été découvert par une riveraine, dimanche matin, dans un ravin, sur la route menant au campus de Luminy.
L'autopsie avait révélé que l'étudiant avait été battu à mort, à coups de pierres et de couteau, alors qu'il rentrait à pied, après avoir quitté le restaurant de l'Escale Borély² où il travaillait en tant que plongeur (voir nos éditions précédentes). Hier, dignité et recueillement ont plané sur le cortège silencieux d'un millier de personnes, dont le doyen de la faculté Jacques Baratti, quelques élus et de nombreux étudiants guinéens des quatre coins de France, venues rendre un hommage émouvant à ce jeune homme tranquille, marié depuis peu et dont la femme était enceinte de trois mois.
Partie des grilles du campus, la marche s'est terminée sur les lieux de découverte du corps où a été récitée la fatiha, première sourate du Coran. "L'événement a choqué le peuple guinéen, autant qu'il a choqué les Marseillais", a souligné le consul général de Guinée, M. Kondé. "Ibrahima venait souvent à l'association où je travaillais, pour la promotion du commerce équitable, raconte Céline. Il avait beaucoup de projets pour son pays. Il voulait les voir émerger. Il était plein de rêves et d'ambitions". "Pourquoi lui? Il n'avait même pas d'argent", éclate en sanglots un ami.
Crime crapuleux, raciste, vengeance personnelle… Hier, on tentait de comprendre ce qui avait pu motiver une telle sauvagerie. Mais avant tout, on s'en remettait "à la justice française". Le parquet a ouvert hier une information judiciaire contre X pour "homicide volontaire", alors que l'oncle d'Ibrahima se constituait partie civile par l'intermédiaire d'un avocat marseillais, Me Lhote.
Par Laetitia Sariroglou ( lsariroglou@laprovence-presse.fr )