Mugabe autorisé à rempiler
Zimbabwe . Robert Mugabe a été désigné pour une nouvelle candidature.
À
quatre-vingt-trois ans, Robert Mugabe, président du Zimbabwe depuis 1980 (date de l’indépendance arrachée aux Britanniques), n’a rien perdu de sa ténacité. Engagé dans un bras de fer des plus violents avec l’opposition - principalement le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) dirigé par Morgan Tsvangirai qui a lui-même été blessé ainsi que, samedi, neuf autres opposants -, il ne baisse pas les bras. Devant ses pairs de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), réunie mercredi - dernier, il a certainement fait preuve de beaucoup plus de nuances que dans ses déclarations publiques.
Si les Occidentaux, Grande-Bretagne et États-Unis en tête, attendaient des pays africains une condamnation de Mugabe, voire des pressions, ils en sont pour leurs frais. « Pression ? Nous sommes en réunion pas dans la pression », indiquait d’ailleurs le président tanzanien Jakaya Kikwete, qui accueillait la SADC. Pour cette dernière il s’agit avant tout de faire avancer le dossier sans isoler le pouvoir zimbabwéen, pour des raisons historiques -
les uns les autres se sont - mutuellement aidés dans les guerres coloniales et (ou) contre l’apartheid - mais aussi parce que les enjeux, contrairement à ce que laissent entendre les médias occidentaux, dépassent la simple question du jeu oppositionnel puisque la crise au Zimbabwe a d’abord commencé avec la volonté de reprise des terres encore largement aux mains des fermiers blancs et que le blocus imposé frappe durement la population (l’inflation est de 1 700 % et 8 travailleurs sur 10 sont au chômage).
Une question qui n’est pas sans résonance en Afrique du Sud et en Namibie. C’est d’ailleurs le président sud-africain, Thabo Mbeki, qui a été chargé de faciliter les discussions entre le MDC et le gouvernement. Ce qui, selon Kikwete, est déjà une percée ! Robert Mugabe manoeuvre aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur : contre deux courants de son propre parti, la Zanu-PF, il vient d’être désigné pour une nouvelle candidature en 2008.
Pierre Barbancey