| La fumée blanche du processus de paix viendra-t-elle d'Abuja ? Le sommet de la CEDEAO sur la crise ivoirienne qui s'est tenu hier
dans la capitale nigériane a mis à nu la divergence de vues entre Laurent Gbagbo et ses homologues africains. Comme si vous y étiez, le compte-rendu de notre envoyé spécial. Le Président Nigérian, Olusegun Obasanjo était au moins sûr d'une chose. La rencontre de la CEDEAO sur la crise ivoirienne que son pays a abritée hier, ne serait pas de tout repos. C'est pourquoi, il a voulu conférer à ce rendez-vous, un caractère festif. Chants et danses traditionnels ont accueilli tous les participants. Dont l'un des plus attendus n'était autre que le chef de l'Etat ivoirien, Laurent Gbagbo. Et celui-ci n'a pas fait dans la dentelle en ce qui concerne sa délégation. Deux avions ont en effet été immobilisés pour le sommet d'Abuja. Le premier qui est parti d'Abidjan avant-hier avait à son bord, de nombreux collaborateurs de Laurent Gbagbo. Lui-même a quitté ce matin Abidjan pour la capitale nigériane. Parmi la pléiade de collaborateurs et de soldats qui ont effectué le déplacement d'Abuja avant-hier et hier, l'on notait pêle-mêle, Désiré Tagro, porte-parole de Gbagbo, Sarata Ottro Zirignon Touré, directeur de cabinet adjoint, son chef de cabinet, Narcisse Kuyo-Téa et une partie de son service de communication. Etaient également présents à ce sommet beaucoup de chefs d'Etat africains. Denis Sassou Nguesso du Congo, Mamadou Tandja du Niger, mais aussi et surtout, président en exercice de la CEDEAO, Blaise Compaoré, président du Faso qui assure lui aussi la présidence du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine, tout naturellement, le numéro un nigérian, dont le pays abrite le sommet et bien d'autres chefs d'Etat membres de la CEDEAO, côté ivoirien, outre le chef de l'Etat, Charles Konan Banny, le Premier ministre et Soro Guillaume, le secrétaire général des Forces nouvelles étaient présents. Des absences de taille cependant ont été remarquées et ne sauraient passer inaperçues. Ce sont celles du président ghanéen, John Kufuor. Et, tenez-vous bien, de Thabo Mbeki, le médiateur récusé par tout le monde. Comme nous l'écrivions dans notre édition d'hier, les présidents du PDCI, Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara du RDR n'ont pas effectué le déplacement.
Le début de la rencontre C'est à 12h35, heure locale que le sommet a démarré. Il s'est tenu dans le plus grand complexe hôtelier, le Hilton Hôtel situé au cœur d'Abuja. A tout seigneur, tout honneur, c'est l'hôte des chefs d'Etat africains et de la communauté internationale, le Président Obasanjo qui livre le discours de bienvenue. Il a exprimé ses inquiétudes face à cette crise qui s'enlise entraînant par la même occasion, une situation précaire dans tous les secteurs d'activités. Il n'a pas passé sous silence le fait que les élections n'aient pu se tenir en 2005 et ne pourront pas non plus avoir lieu fin octobre 2006. Dans un discours très ferme, le Président en exercice de la CEDEAO, Mamadou Tandja n'a pas mâché ses mots (voir l'intégralité de son discours). A sa suite, Pierre Schori, le représentant de Kofi Annan en Côte d'Ivoire, Gérard Stoudmann chargé des Elections et Charles Konan Banny, Premier ministre se sont succédé à la tribune. Devant ce parterre de personnalités et sous le feu des flashes des cameras et des appareils photo, chacun a fait un exposé succinct de la situation politique en général et du processus de paix en particulier. Après ces différentes interventions, les choses sérieuses ont alors commencé. C'est-à-dire le huis clos. Sans Thabo Mbeki, Sassou Nguesso et le doyen des chefs d'Etat africains, le Gabonais El Hadj Omar Bongo Odimba. Sont restés pour le huis clos, les présidents Blaise Compaoré, Amadou Toumani Touré (président du Mali), Tandja Mamadou, Olusegun Obasanjo.
Une réunion houleuse Selon des sources proches des négociations, les discussions ont été houleuses. A voir l'expression des visages des uns et des autres, l'on a aisément imaginé que, entre les quatre murs, dans une des nombreuses pièces du luxieux Hilton Hôtel, le sort de la crise ivoirienne se jouait. La CEDEAO, accusée de n'avoir jamais réglé une crise sur le continent, voulait faire mentir ses détracteurs. Il faudra attendre deux bonnes heures après pour en avoir les premiers signes. A l'occasion de la pause de 10 minutes accordée aux participants. La première personne à pointer du nez, est le chef de l'Etat ivoirien Laurent Gbagbo. Ruée des journalistes sur lui. Question d'un confrère de RFI qui voulait en savoir davantage sur l'ambiance entre les chefs d'Etat autorisés à participer au huis clos. Mais aussi, les premières positions qui seraient en train de se dégager. Réponse énergique et brutale de Gbagbo : " Moi, je n'ai rien à dire. Je ne parle pas. Les bavards sont dedans. Allez-y les interroger ", coupe-t-il sèchement. L'on apprendra par nos relais et nos sources que le chef de l'Etat a encore entonné son couplet : à savoir que tant qu'il n'y aura pas de désarmement, il n'y aura pas de paix en Côte d'Ivoire et il n'y aura pas d'élections ". Le Premier ministre a pour sa part, affirmé qu'il a honte de son pays.
Gbagbo et Compaoré se rencontrent sans se parler L'ambiance houleuse, électrique et rigide qui s'est déroulée entre les chefs d'Etat s'est poursuivie au dehors. Et la presse ainsi que les autres invités qui n'ont pu avoir accès à la salle du huis clos ont dû comprendre qu'il y a eu de l'électricité dans l'air. Tout le monde a bien suivi cette scène entre Laurent Gbagbo et son homologue du Burkina Faso, Blaise Compaoré. Pris, ironie du sort, tous les deux, d'un besoin naturel, ils se sont rencontrés dans le couloir. Question à dix mille dollars. Selon vous, que s'est-il passé entre les deux ex-bras droits ? Si vous répondez qu'ils se sont embrassés, vous avez perdu. Vous n'y êtes pas non plus si vous répondez que, d'habitude taquin et aimant détendre l'atmosphère, le chef de l'Etat ivoirien a lancé une plaisanterie à son homologue. Qu'est-ce qui a bien pu se passer alors ? Eh bien, les deux personnalités se sont rencontrées. Sans se dire mot. Donc sans même se saluer. Sans oser se jeter des coups d'œil. Exactement comme s'ils ne se connaissaient pas et comme s'ils ne s'étaient jamais vus. Ni d'Adam, ni d'Eve. Alors, un miracle à Abuja ? S'interrogeait "Le Nouveau Réveil"hier. Les paris sont ouverts. Yves M. Abiet Info : Akwaba Saint Clair
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