BÂTIR LA RCA SUR UNE VISION POLITIQUE ET NON SUR LA REPRODUCTION DE L'HISTOIRE
L'histoire bégaye et se répète en République Centrafricaine faute de véritable ‘‘Révolution'' politique et sociale. Car toute révolution politique et sociale véritable se fait sur la base d'une rupture en douceur à travers des réformes politique, économique, sociale et culturelle qui tendent vers le progrès humain. C'est une vérité historique irréfutable !N'ayons pas peur des mots quand ces mots ont un sens, c'est-à-dire une signification et une orientation qu'il ne faut pas escamoter sous des prétextes fallacieux et général « Contre – révolutionnaires », c'est-à-dire fondamentalement hostiles à toutes formes de progrès humain. L'attitude favorite des réactionnaires invétérés !
Des pays africains aujourd'hui en progrès et respectés de la communauté internationale, ont pris sur eux de réaliser leur révolutions politiques et sociales. C'est le cas du Ghana avec le capitaine Jerry Rawlings, mais c'est aussi le cas de Amadou Toumani Touré (ATT) au Mali, de Nelson Mandela en Afrique du Sud relayé par Thabo M'Beki ou de Thomas Sankara au Burkina. Les révolutions ghanéennes, maliennes, sud-africaines ou burkinabé ont été portées par des personnalités politiques fortes, qu'elles soient civiles ou militaires. Ces révolutions ont également été portées par des peuples matures qui ont librement accepté de jouer le jeu, c'est-à-dire de rompre avec un passé rétrograde, humiliant et inhibiteur des énergies populaires. Ces révolutions sont enfin portées par des ‘‘idées forces'' qui sont des valeurs du progrès et de l'évolution économique et sociale. Des idéaux qui s'inscrivent dans une vision du monde ou dans une vision claire et cohérente de la société à bâtir. C'est dire que toute révolution politique et sociale se conçoit, se projette avant de se réaliser avec les moyens de la révolution qui sont des idées et des hommes convaincus d'un idéal de vie, révolutionnaire ou simplement progressiste.
Ainsi Nelson Mandela avait bâti la révolution sud-africaine sur la vision d'une société sud-africaine multiraciale, d'une société arc-en-ciel où il n'y a plus de barrière entre les races et les communautés humaines. Une révolution conçue donc comme une lutte radicale et implacable contre le système de l'APARTHEID considéré comme un système inique de ‘‘développement séparé'' fondé précisément sur la séparation et l'opposition des races. Ainsi, cette révolution a débouché sur une société de solidarité et de démocratie qui repose sur un principe essentiel et radical : « Un homme, Une voix ! » Ce qui n'était pas le cas à l'époque de l'APARTHEID presque unanimement combattu par la communauté des Etats démocratiques du monde.
Au Burkina Faso, la révolution burkinabé conduite sous l'éclairage des capitaines Thomas Sankara et Blaise Compaoré qui a fini par ‘‘manger'' ses propres enfants pour des besoins d'un certain égoïsme ou d'un égocentrisme politique, était toutefois construite sur une idée force : celle de l'Intégrité Morale ! Ce qui a donné à l'ancienne Haute Volta la dénomination révolutionnaire de « Pays d'hommes intègres » qui induit une philosophie politique ancrée dans la morale publique, le travail individuel et collectif et la défense de la patrie au nom du principe révolutionnaire : « Vaincre ou Mourir pour la patrie ! »
Malgré les dérives politiques du président Blaise Compaoré ‘‘tombeur'' de Thomas Sankara mort assassiné, la révolution burkinabé est un modèle en Afrique, puisqu'elle a permis à un des pays les plus pauvres au monde et désertique, de devenir quasiment un « pays émergeant », c'est-à-dire un « Petit dragon respecté » sur le continent et dans le monde, notamment au niveau de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Voir le rôle joué par le Burkina Faso et le président Blaise Compaoré dans la résolution de la crise ivoirienne. Rôle respectable !
Or la République fait ‘‘un pas en avant, deux pas en arrière'', simplement parce que les dirigeants post-coloniaux ont été jusqu'ici incapables d'inscrire leur gestion politique ou l'action politique dans une dynamique révolutionnaire, elle-même inscrite dans une vision du monde, c'est-à-dire dans une idée globale que les centrafricains se font de leurs pays, de la politique, des relations sociales et du progrès économique et social. Le « Sursaut Patriotique » du 15 mars 2003 aurait été une véritable révolution politique et sociale, si le général Bozizé avait donné un contenu politique et même idéologique au concept de « Sursaut Patriotique » qui appelle une nouvelle vision de la société centrafricaine, des rapports sociaux, une nouvelle vision de la politique et de la gestion des hommes et des ressources nationales. C'est ce que nous appelons ici, « Révolution politique et mentale » ! Inexistante !
Or faute de cela, le « Sursaut patriotique » apparaît aujourd'hui comme une coquille vide, un concept sans contenu politique et idéologique qui va récupérer en passant la philosophie du travail déjà conçue par Barthélemy Boganda dans ses écrits et discours comme le moteur du développement économique et social à travers les fameux cinq verbes : Nourrir, Loger, Vêtir, Soigner et Instruire. Tout un programme politique ancré dans le social !
Une véritable révolution politique et sociale centrafricaine devrait nous émanciper du passé et notamment de la pensée de Barthélemy Boganda qui a tant besoin d'une adaptation aux réalités sociales actuelles et aux exigences de la mondialisation et de la compétition dans le cadre d'un libéralisme sauvage et dominant avec l'hégémonie affirmée des USA sur les ruines du conflit Est-Ouest et de la guerre froide. Mais qui sont les idéologues du sursaut patriotique ?
Nous restons convaincus pour notre part, que nous devons tirer leçon de nos révolutions manquées (celles de 1979 et de 2003 notamment). Car la nouvelle République Centrafricaine se bâtira sur une vision politique et un idéal de vie politique. Mais quelle vision politique et quel idéal de vie politique ? Le débat ne fait que commencer !
Lundi 16 Juillet 2007
Par Gaston Mackouzangba
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