Centrafrique : la présidentielle de tous les dangers

Publié le par L'Indépendant

2420891381_b17544314d_m.jpgÀ moins de six mois de l’échéance du mandat de François Bozizé, prévue fin juin 2010, la fièvre électorale monte d’un cran en République centrafricaine avec Bangui, la capitale, comme l’épicentre. En toile de fond, le débat sur les périodes retenues pour l’organisation du scrutin.

(Par Adrien Poussou)Selon nos informations, le président de la CEI (Commission électorale indépendante), le pasteur Joseph Binguimalet, annoncera cette semaine au cours d’une conférence de presse qu’il s’apprête à convoquer, les dates de la tenue du scrutin présidentiel. C’est en tout cas, ce qu’indique une source proche de la CEI qui a requis l’anonymat.

À en croire cette source, c’est suite aux multiples pressions exercées par le président centrafricain que le numéro un de la CEI s’est résolu à annoncer les dates du scrutin, le dimanche 18 avril 2010 pour le premier tour et le dimanche 23 mai pour la tenue du second tour de l’élection présidentielle.

L’éventualité de cette annonce des dates du scrutin inquiète les adversaires de François Bozizé qui y voient une tentative de « passage en force » de sa part. « Le pouvoir ne peut pas nous annoncer des élections en avril prochain alors que des opérations basiques du processus électoral n’ont même pas encore commencé », tempête un membre de l’opposition pour qui « la manœuvre du pouvoir ne passera pas ».

Pour pointer du doigt ce qu’il qualifie de la « mauvaise foi de Bozizé », un autre membre de l’UFVN (Union des forces vives de la nation), la principale coalition de l’opposition, brandit les propos du ministre en charge de l’Administration du territoire Elie Ouéfio qui expliquait au cours d’une conférence de presse que les données des élections de 2005 y compris les listes électorales ont été détruites à 95%. « On ne peut pas prétendre organiser des élections aussi cruciales alors qu’on a soi-même indiqué que l’ensemble des listes électorales ont été détruites. Qu’ils nous disent sur quelle base vont-il confectionner les cartes d’électeurs. C’est dangereux de s’amuser ainsi avec l’avenir d’une nation », martèle-t-il. Et ce dernier de se montrer très menaçant « au regard de son bilan calamiteux et catastrophique, Bozizé est conscient qu’il recueillera difficilement 2% des suffrages à l’issue des prochaines élections. Donc, s’il s’amuse à tenter un passage en force, nous allons de notre côté rendre le pays ingouvernable », le mot est lâché.

Ce qui fait dire aux observateurs sérieux que les prochaines semaines s’annoncent cruciales pour la République centrafricaine, qui risque de basculer dans l’anarchie si les préoccupations de l’opposition en ce qui concerne le recensement électoral ne sont prises en compte.

Faut-il le rappeler, l’ensemble de l’opposition centrafricaine exige du pouvoir de procéder à un recensement en bonne et due forme afin de déterminer le corps électoral. « Il faut préalablement procéder au recensement du corps électoral bien avant d’aller aux élections. Avant toute chose, il faut former les agents recenseur, ensuite les envoyer sur le terrain et enfin se pencher sur les résultats du recensement pour les valider. Ce processus peut durer deux à trois mois. Ce qui nous conduit déjà en mai étant donné que rien n’a encore été fait », explique un chef de parti politique.

Mais cette revendication semble se heurter à une fin de non-recevoir de la part des autorités centrafricaines qui, selon l’opposition, auraient déjà procédé en catimini et de manière unilatérale à un recensement par la distribution des cahiers d’écolier aux chefs de quartiers et de village acquis à leurs causes.

Lorsqu’on sait que les représentants de l’appareil administratif, à commencer par le président de l’Assemblée nationale, les membres du gouvernement et les préfets, sont tous ou presque des partisans acharnés du KNK, le nouveau parti politique de François Bozizé, les inquiétudes de l’opposition ne sont pas dénuées de sens. Même si l’opposition est en partie responsable de cette situation.

Au de-là des revendications somme toute légitime de l’opposition, se pose également la question de la justesse du timing retenu par le président de la CEI pour l’organisation de ce scrutin. Car, il est moralement indécent et politiquement suicidaire d’organiser des élections dans un pays en proie à la violence et à une crise alimentaire sévère et aiguë.

Que dira-t-on aux centrafricains de Birao, Ndele, Paoua, Kaga-Bandoro et autres qui voient tous les jours devant leurs portes des troupes rebelles ? Peut-on organiser une élection dans ces localités contrôlées par des groupes rebelles sans préalablement procéder au désarmement, à la démobilisation et la réinsertion des combattants ? Les mêmes maux produisant les mêmes effets, quels intérêts d’organiser des élections maintenant si on n’a pas la garantie de retrouver la sécurité, la paix et la stabilité à l’issue du scrutin ?

Autant de questions qui demeurent posées et qui méritent réponse. Plutôt que de conduire le pays à une énième crise politique, les autorités centrafricaines ont intérêt à se concerter le plus vite possible avec leurs partenaires de l’opposition afin de trouver une solution satisfaisante pour tous.

Mieux vaut des élections bien organisées et truquées que des élections à la fois mal organisées et truquées, synonymes de contestation, donc de crise aux conséquences aussi bien dramatiques qu’incalculables. La communauté dite internationale qui déverse des centaines de milliers de billets de CFA sur le régime de Bangui se doit de prendre ses responsabilités pour ne pas avoir à dire demain, comme à l’époque pour le Rwanda, qu’elle n’a pas été prévenue.

Adrien Poussou

Publié dans ACTUALITES NATIONALES

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