Centrafrique- Elections : La malnutrition infantile s’invite dans le débat électoral

Publié le par Le Messager

La dernière illustration en date est la mobilisation des moyens de l’Etat pour l’organisation à Mbaïki le 13 novembre dernier, du premier congrès ordinaire de Kwa na Kwa, le nouveau parti politique créé par l’homme fort de Bangui.  Tout le gotha administratif et gouvernemental était réuni dans cette ville historique de la préfecture de la Lobaye, où reposent les dépouilles de trois anciens chefs d’Etat centrafricain, à savoir le père fondateur Barthélémy Boganda, son successeur David Dacko ainsi que l’empereur Jean-Bedel Bokassa 1er, de triste réputation.

 

Les regards perdus d’enfants hagards, expression évidente de la souffrance en silence, ont du mal à émouvoir les tenants du pouvoir, qui n’ont que faire de cette détresse. Même le père de la nation ne s’est jamais prononcé en public ni sur les raisons de cette  désolation ni pour se montrer proche de ces enfants au nom desquels il est au pouvoir et qu’il s’apprête très prochainement à solliciter le suffrage afin de se maintenir aux affaires pour un autre mandat de cinq ans. Ce sont pourtant les décisions absurdes et abracadabrantesques de son neveu Sylvain Ndoutingaï, ministre d’Etat aux Mines, qui sont à l’origine de ce désastre qui ébranle tout le monde sauf les autorités. Car à Berberati, la vie est devenue figée du fait de la fermeture intempestive des bureaux d’achat de diamants.

Les autorités centrafricaines pouvaient-elles ignorer que ce sont ces bureaux d’achat de diamants et or qui font, oh pardon, faisaient vivre les populations de la région où l’activité minière constitue la principale, sinon l’unique source de revenus ? Pouvaient-elles vraiment ignorer que les populations des zones minières ne brillent souvent pas par les travaux champêtres ?

 

La désespérance à Berberati et ses alentours est sans commune mesure. L’ampleur du drame n’a d’égale que l’étendue du désastre : un enfant de 15 ans, ne pèse que 18 kg. Qu’en sera-t-il de celui qui a 3 ans ? En somme, un pan entier de la population centrafricaine meurt à petit feu sans que l’establishment s’en aperçoive ou refuse volontairement de s’en apercevoir et continue de mener grand train avec l’intention de s’incruster  au pouvoir.  « Ce pays est maudit », tempête un chauffeur de taxi dépité au volant de son véhicule sans  âge et laisse tomber la sentence : « Bozizé nous a déçus. Nous avons eu tort de penser qu’il allait pouvoir changer les choses et engager notre pays sur la voie du développement social durable ». Mais il y a cependant des signes qui ne trompent pas. Le report sine die de l’annonce de sa candidature à l’élection présidentielle, pourtant évoquée tambour battant sur Rfi (Radio France internationale), quelques heures seulement avant ce congrès, est peut-être annonciateur d’une prise de conscience et, espérons-le, est le prélude à un changement de cap. Ce rétropédalage surprenant laisse penser que François Bozizé a dû se rendre à l’évidence.

 

L’évidence aujourd’hui, c’est qu’il est moralement indécent et politiquement contre productif de parler à longueur de journée de l’organisation des élections alors que la famine sévit dans le pays et que des dizaines de milliers de Centrafricains vivent en brousse comme des bêtes sauvages pour se mettre à l’abri de l’affrontement militaire entre les Faca (Forces armées centrafricaines) et la ribambelle des pseudos groupes rebelles qui écument les régions nord et nord-ouest du pays considérées comme les plus peuplées et que d’autres sont obligés de se réfugier dans les pays voisins, notamment au Tchad et au Cameroun.  D’autant plus que le fameux processus du Ddr (désarmement, démobilisation et réinsertion des ex-combattants) est en panne. D’après des sources concordantes, les cinq milliards Fcfa alloués par les Etats de la CEMAC pour la réalisation de ce processus se sont volatilisés dans la nature sans que le pouvoir ne donne une explication un tantinet crédible.

 

L’autre évidence est sans conteste l’impossibilité de procéder au recensement du corps électoral en 1 mois comme François Bozizé l’a laissé entendre à RFI ce 13 novembre et d’organiser des élections crédibles en moins de six mois alors même que l’organe chargé de la mise en musique de ces élections ne dispose pas encore de locaux. Il est donc difficile d’accorder un minimum de crédit à cette hypothèse plus amphigourique que logique. Surtout que les exemples d’autres pays africains qui ont connu les situations similaires à la Rca ne plaident pas pour la thèse défendue par les autorités centrafricaines. Vaut mieux des élections bien organisées mais truquées que des élections à la fois mal organisées et truquées, synonymes de contestation, donc de l’instabilité chronique. François Bozizé devait le savoir mieux que quiconque, lui, obligé à chaque fois de faire appel à la France pour sauver son fauteuil menacé par les offensives tous azimuts des groupes rebelles.

Adrien POUSSOU

Correspondance particulière

Publié dans ACTUALITES NATIONALES

Commenter cet article