QUELLES LEÇONS LE CENTRAFRICAIN PEUT-IL TIRER DES EVENEMENTS DE LA GUINEE ?

Publié le par le confident

Les événements qui ont éclaté en Guinée Conakry depuis Janvier 2007 ont mis à nu le comportement d'un des grands dictateurs africains actuels : Lansana Conté.

Comme la plupart de ces semblables, celui-ci pourtant diminué physiquement et intellectuellement est prêt à sacrifier de nombreuses vies humaines pour se maintenir au pouvoir. Face à la détermination des syndicalistes et des populations, il a reculé dans un premier temps en promettant de nommer un premier Ministre consensuel.
Malheureusement, il a porté à la tête du Gouvernement un de ses proches, ce qui a encore envenimé la situation. Après la reprise de la grève générale consécutive à cette nomination, il a décrète un état de siège ; les militaires en ont profité pour se livrer à des exactions de tous ordres ; arrestations arbitraires perquisitions, vols viols etc.
Ces nombreuses violations amèneront la CEDEAO à entreprendre des négociations, ce qui va aboutir à une seconde reculade de Lansana qui accepte de limoger son Premier Ministre et d'en nommer un autre parmi les quatre personnalités que lui proposeront les Syndicalistes et la Société Civile.
Les leçons qu'on peut tirer de cette situation malheureuse portent sur le comportement des Guinéens. Ainsi, on doit d'abord reconnaître que le courage des syndicalistes a été un élément fondamental dans le changement qui est en voie d'être opéré dans cette partie d'Afrique de l'Ouest. En effet, ceux-ci ont eu le mérité de réagir vigoureusement face à la dérivé dictatoriale de leur président qui s'est permis de libérer l'un de ses proches de la prison. Ce faisant, ils savaient que leur vie était en danger, car Lansana Conté n'est pas un enfant de chœur.
Mais au-delà de la bravoure des organisations des travailleurs, on doit saluer la détermination de tout le peuple qui comme un seul homme, s'est mobilisé pour barrer la route au dictateur. L'unanimité qui s'est dégagée au sein de toutes les couches sociales a permis à la grève générale de réussir. C'est là un exemple que les populations centrafricaines devraient suivre. A maintes reprises, quand les organisations syndicales ou les partis politiques d'opposition demandent une journée ville morte, certains prétendent ne pas être concernés car ils ne sont pas payés par le Trésor. Or, si le pays est mal dirigé, ni les Commerçants, ni les Agriculteurs, ni les Transporteurs ne peuvent prospérer !.
La prise de conscience des Guinéens a fait tâche d'huile car les Députés ont pratiquement désavoué Lansana en refusant de reconduire l'Etat de siège comme il l'avait demandé. Cela est d'autant plus significatif que la majorité à l'Assemblée nationale est largement en faveur du président ; jusque-là, celle-ci avait agi comme ses Sœurs africaines ; elle servait de caisse à résonance.
L'Assemblée Nationale Centrafricaine a intérêt à se démarquer de l'Exécutif pour remplir pleinement sa mission. Très régulièrement, les députés centrafricains, surtout ceux de la majorité présidentielle, se comportent en défenseurs acharnés du pouvoir et ce faisant, ils votent des lois qui sont purement anti sociales. Et pourtant, ils représentent le peuple et non pas un individu ; ils doivent contrôler les actions gouvernementales et celui qui contrôle doit être lucide, courageux et libre de critique afin de faire des contres propositions.

Mardi 27 Février 2007
Maurice Sayo

Publié dans L'AFRIQUE

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