De L’Oua à L’Union africaine : une étonnante continuité de promotion des régimes sales

Publié le par le MESSAGER

De L’Oua à L’Union africaine : une étonnante continuité de promotion des régimes sales

, Shanda Tonme [ Yaoundé - Cameroun ]

La déclaration que vient de faire le président de la Commission de l’Union africaine face aux succès militaires des opposants au régime de François Bozizé en Centrafrique constitue un grave recul de l’organisation continentale par rapport aux espoirs des peuples africains.

La société civile, particulièrement, a de quoi être complètement déçue car au-delà des contours diplomatiques, nous sommes revenus aux pires années de l’Oua, celles où il n’était question que de combattre le communisme et les terroristes à la solde de Moscou et de pékin.
En se portant au-devant pour soutenir le régime de Bangui sans aucune réserve, la plus haute personnalité de l’organisation a définitivement jeté le masque.

La situation est d’une certaine gravité si l’on convient que la désignation de Alpha Oumar Konaré – qui fut préféré au ministre ivoirien des Affaires étrangères de l’époque – était déjà tout un symbole. Il n’est sans doute pas inutile de rappeler que ce sont les pays les plus progressistes du continent, qui bousculèrent durement pour l’imposer.

On voyait en lui une personnalité suffisamment libre et engagée, originaire de surcroît d’un pays constamment à gauche diplomatiquement, et capable en conséquence, de mieux défendre l’Afrique par rapport aux puissances coloniales et d’œuvrer pour la démocratie.
La situation qui prévaut en Centrafrique et au Tchad est justement l’exemple devant lequel, les dirigeants de l’Union Africaine auraient dû tenir un langage différent de la traditionnelle condamnation de l’atteinte à l’intégrité et à la souveraineté d’un Etat. Il est tout simplement incompréhensible que Alpha Oumar Konaré, qui avait fait un déplacement spécial à Bangui pour conseiller à Bozizé de ne pas se présenter à l’élection présidentielle dans l’intérêt supérieur de son pays et dans l’intérêt de la justice et de la paix, en soit maintenant à défendre un régime impopulaire et dictatorial généré par cet individu.


L’observation vaut autant pour le Tchad où sans que l’on assiste à la moindre protestation, on a vu la constitution piétinée et monsieur Idriss Déby s’imposer président à vie à son peuple. Mais où donc était l’Union africaine ?
Une analyse froide fait pratiquement couler des larmes car même les pays perçus comme les têtes de file d’une renaissance du continent ont dorénavant rejoint le grand jeu de la reconquête coloniale du continent. Mbéki et Wade, qui étaient considérés comme les locomotives d’une relance, ont depuis retourné leurs vestes. Amadou Toumani Touré, qu’on attendait pour animer le jeu par un discours franc et sec de militaire propre et engagé, s’est recroquevillé sur lui-même.
D’un côté, l’Afrique du Sud dont on attendait beaucoup de la diplomatie de libération, a adopté sur bien des situations de crise, une démarche troublante, confuse à la rigueur, et de trahison à la limite. De l’autre côté, Wade que l’on donnait pour un patriarche dans le vrai sens de l’intellectuel militant et du politicien progressiste accompli, a complètement changé et est devenu une vraie honte. Autant on a traité les Bongo d’illettrés fourbes et mal instruits, voici le grand professeur de Dakar aligné dans la même logique de confiscation du pouvoir et disposé à vendre l’Afrique à un sou aux intérêts étrangers.
Pour un africain, qui en 1970 se demandait ce que pourrait être l’Oua plus tard, la réponse se situe dans une déception énorme appuyée sur un constat d’immobilisme, de conservatisme et d’obscurantisme. Comme dans les années 1970, des troupes étrangères se déploient en Centrafrique et au Tchad, pour combattre des rébellions nationalistes que l’on fait tout pour taxer de mercenaires. Comme hier, il s’agit de porter secours à des régimes impopulaires dirigés par des délinquants qui ont pris le pouvoir par les armes en contradiction de tous les textes de l’Union Africaine et des Nations unies.
La responsabilité de l’Union africaine serait alors grande, et l’on ne comprendrait pas en quoi et par quoi, elle aura fait la différence par rapport à l’Oua. La défunte organisation avait pour elle de correspondre à un moment de construction des structures étatiques sur le continent, un moment de réveil après une colonisation féroce et infantilisante. Comment justifiera-t-on demain, l’échec de l’Union africaine ? Comment admettra t-on qu’en 2006, longtemps après la fin de la guerre froide et l’effondrement du mur de Berlin, on ait pu continuer à présenter des despotes sans foi ni loi comme des chefs d’Etat en Afrique ?
Nous sommes en face d’une continuité qui au-delà d’être étonnante, est plus que troublante.
 

©  2006 Le Messager

Publié dans L'AFRIQUE

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