CENTRAFRIQUE - SITUATION POLITIQUE ET SOCIALE : L'ALLIANCE POUR LA DEMOCRATIE ET LE PROGRES DENONCE LE MANQUE DE CULTURE DE DIRECTION DE L'ETAT ET LE RETOUR GALOPANT DE LA DICTATURE EN R.C.A

Publié le par A.D.P

ALLIANCE POUR LA DEMOCRATIE ET LE PROGRES

DECLARATION N°18/ADPP/CEA/06 du 23 Septembre 2006

 CONCERNANT LE MANQUE DE CULTURE DE DIRECTION DE L’ETAT ET LE RETOUR GALOPANT DE LA DICTATURE EN CENTRAFRIQUE 

 

L’ADP (ALLIANCE POUR LA DEMOCRATIE ET LE PROGRES) note avec une grande peine la succession sans fin d’actes rocambolesques à la tête du pays, découlant visiblement

 d’une absence de culture de direction de l’Etat , faits notamment de violence verbale, physique, de graves atteintes quotidiennes au droit de l’homme, de complaisance, d’impunité, de scandales de tous genres, de décisions incohérentes, archaïques, inconstitutionnelles, de remise en cause de l’Etat de droit, d’intolérance, de division, de manquement à l’honneur, etc…

L’extravagance de ces actes est telle qu’ils brisent l’espoir, la cohésion, la confiance d’un peuple épris de  paix qui a espéré à tort ou à raison, mais finalement par naïveté, voir la fin de ses diverses souffrances à l’issue des récentes élections générales organisées en 2005 dans le

pays.

 

L’ADP (ALLIANCE POUR LA DEMOCRATIE ET LE PROGRES) ignore à l’heure actuelle

 en dehors de la RCA, dans quel autre pays démocratique au monde les affaires de l’Etat sont traitées, conduites avec autant de désinvolture ou de mépris total du peuple, au détriment de ses intérêts, de sa dignité, de son avenir et surtout des règles élémentaires régissant les différentes institutions de la République.

 

L’ADP (ALLIANCE POUR LA DEMOCRATIE ET LE PROGRES) est loin d’imaginer que les dirigeants de la RCA dont le retard dans tous les domaines avoisine un demi siècle, puissent, aussitôt élus et installés à la tête de l’Etat, conduire le pays par une politique aussi

illogique, illisible, cynique dont les conséquences  sont incontestablement son plus profond enlisement.

 

L’ADP (ALLIANCE POUR LA DEMOCRATIE ET LE PROGRES) constate avec une très grande inquiétude le manque de confiance que le Président de la République ne cesse de manifester à l’égard des intellectuels, des partis politiques, même ceux acquis à sa

cause, vis à vis de ses propres conseillers, des institutions, de la population, bref de tout le monde.

La gestion du pouvoir par le Président de la République est de ce fait davantage solitaire et ses décisions archaïques, incohérentes car prises le plus souvent sans consulter ou tenir compte des avis de ses conseillers, même si ceux-ci demeurent malgré tout solidaires par leur silence

ou leurs acrobaties peu convaincantes pour tenter de  les justifier au public en

cas de réactions.

- MANQUE DE CONFIANCE AUX MEMBRES DU GOUVERNEMENT

Il se traduit notamment par le choix , la nomination de Directeurs de Cabinet auprès des Ministres, chargés beaucoup  plus de les surveiller que d’apporter une collaboration compétente, efficace à la redynamisation des départements. Il convient de noter sur ce point que la plupart de ces Directeurs de Cabinet viennent d’ailleurs et n’ont pas souvent une vue précise des départements ministériels dans lesquels ils sont nommés. Leur choix sur la base de

tels critères est préjudiciable car les tâtonnements dans leurs fonctions contribuent malheureusement au recul de l’Administration qui, fonctionnant déjà très mal, a besoin au contraire d’être redynamisée par des cadres compétents et expérimentés devant être choisis au sein de ces mêmes ministères.

-         MANQUE DE CONFIANCE AUX CONSEILLERS.

La plupart des conseillers du Président de la République ne le voient pas pour des avis

nécessaires à la conduite des affaires de l’Etat.

Beaucoup n’ont réellement pas de dossiers à traiter alors qu’il ne devrait pas en manquer

pour un pays dont les problèmes demeurent entiers.

Certains, tout en étant conscients des initiatives maladroites du Chef de l’Etat, ne font rien ou n’arrivent pas l’en dissuader. Les incessantes décisions malencontreuses, contraires à

l’intérêt de la République en sont une parfaite illustration.

- MANQUE DE CONFIANCE A L’ASSEMBLEE NATIONALE

Bien que composée d’une majorité parlementaire  acquise au Président de la République, capable de voter les oreilles et les yeux fermés tous les  projets de textes du Gouvernement,  même ceux qui sont contraires aux intérêts supérieurs de la Nation, elle n’inspire malgré tout

pas confiance au Chef de l’Etat.

L’illustration parfaite de cette méfiance est la loi d’habilitation utilisée par le Président de la République, pour légiférer par  ordonnances, signer, ratifier des conventions internationales dont les seules qui sont connues pour l’instant concernent la concession de la mission des services de douane à l’UNITEC/ BENIN et l’uranium de Bakouma à la société sud africaine

URAMINES. Les autres actes pris par le Président de la République grâce à cette procédure demeurent cachés aux députés qui ne les découvriront qu’avec le temps, sans évidemment réagir, bien que la constitution leur donne le droit de  rendre caduques ceux qui  ne sont pas ratifiés par l’Assemblée Nationale à l’issue de la période fixée dans la loi d’habilitation.

-         MANQUE DE CONFIANCE AUX PARTS POLITIQUES, AUX ORGANISATIONS DE DEFENSE DES DROITS DE L’HOMME, AU SYNDICAT, A LA PRESSE, AUX INTELLECTUELS, AUX  O.N.G

Les partis politiques de l’opposition font l’objet d’un préjugé indissoluble de méfiance qui empêche le pouvoir d’accepter leurs propositions, même constructives et souvent salutaires pour le régime en place, guidées essentiellement par l’intérêt national. Le Président de la

République ne comprend pas que l’Opposition a son rôle tout à fait normal à jouer dans un Etat démocratique, que les compatriotes qui l’animent ne sont pas ses ennemis, qu’ils aiment leur pays et se soucient tout simplement de sa bonne marche, de son développement. Le Chef de l’Etat aurait souhaité que tout le monde l’applaudisse les oreilles et les yeux fermés au

détriment de l’intérêt de la nation, même si celle-ci est mal conduite.

Les partis politiques  de la majorité présidentielle font l’objet d’une division organisée,

également par pure méfiance.

Les organisations de défense des droits de l’homme qui font en toute objectivité leur travail sont perçues par le pouvoir comme des institutions qui lui sont hostiles, alors qu’elles ne dénoncent que ce qui est non seulement réel, mais contraire à la constitution, aux divers instruments internationaux  ratifiés par la République Centrafricaine ou auxquels elle  a

pourtant adhéré, concernant notamment la protection des droits de l’homme, la liberté, l’Etat de droit.

Le syndicat quant à lui, malgré les nombreuses concessions faites et l’esprit de paix sociale qui l’anime, est surveillé par le pouvoir comme un détenteur de bombe  dangereuse pouvant exploser à tout moment. Cette suspicion amène les autorités à d’incessantes violations tant de

la constitution que des différentes conventions internationales consacrant le droit des travailleurs, la liberté syndicale. Or les bons rapports avec le Syndicat dépendent tout simplement de la gestion transparente, rationnelle du pays et du respect des droits qu’il défend.

La presse privée qui a heureusement acquis son indépendance grâce à une inlassable lutte, qu’elle préserve, est souvent rangée du côté de l’opposition pour peu qu’elle fait des analyses objectives et courageuses dans l’intérêt du pays, analyses que le pouvoir aurait pu au contraire se servir pour rectifier ses dérives.

Les associations, notamment les ONG dont l’apport est incontestablement déterminant pour le développement socioéconomique du pays, font l’objet d’une réglementation étouffante, beaucoup  plus par souci de surveillance de leurs activités que pour les aider réellement dans leurs missions en faveur de la nation.

Les intellectuels font l’objet d’une méfiance constante de la part du  Président de la République qui les cite assez souvent dans ses discours comme étant les principaux auteurs du recul de notre pays, oubliant cependant  que ce sont  les régimes politiques (celui actuel compris) qui les ont le plus souvent divisés, déviés du cadre et du rôle réel qui devrait être le leur pour la construction nationale.

- MANQUE DE CONFIANCE AUX FORCES DE DEFENSE ET DE SECURITE

Cela se traduit par une surveillance interne organisée qui débouche sur d’incessantes fiches de délations, devenues un moyen d’ascension sociale dans le pays .Ces fiches déstabilisent bien au contraire le pouvoir dont les décisions incohérentes sont fondées sur des informations elles-mêmes souvent fausses. A tout cela s’ajoute une complaisance totale dans la gestion de la carrière, la promotion, la direction des opérations, ce qui contribue visiblement à la division, à la politisation de ces corps pourtant sensibles, à un malaise inutile qu’il était nécessaire d’éviter.

- MANQUE DE CONFIANCE A LA POPULATION

Les populations des zones de rébellion font l’objet d’une grande méfiance, de surveillance et de nombreuses tracasseries sur la base de préjugés injustifiés lorsqu’elles vont vers la capitale ou en reviennent, alors qu’elles sont généralement victimes de part et d’autre des actes des belligérants.

- MANQUE DE CONFIANCE AUX CADRES ET AGENTS DE DOUANE

Le conflit opposant le Président de la République aux services  de douane a débuté par des attaques et injures presque systématiques proférées par le Chef de l’Etat dans de nombreuses déclarations, dans des circonstances souvent inattendues pour aboutir ensuite à la dissolution  de cette administration.

Le Président de la République, premier organe de l’Etat, a  certes le droit de  redynamiser les différents services de l’Etat par des rappels à l’ordre, des conseils, des réformes, et même  des sanctions si des fautes réelles sont établies.

Les nobles et hautes fonctions du Président de la République exigent pour cela la sagesse, l’esprit de justice, d’objectivité, de discernement pour prendre toutes les décisions en bon père de famille afin d’éviter des conséquences souvent difficiles à réparer.

Or les propos répétés du Chef de l’Etat désignant les services de douane comme  étant les seuls corrompus ou les auteurs du malheur du peuple, ont été non seulement excessifs, mais source de frustrations justifiées et de  tensions inutiles , à un moment où le pays n’en a pas du tout besoin.

La décision de dissolution de cette administration aussi essentielle, dans des conditions rocambolesques, sans se soucier de l’ensemble des conséquences immédiates ou à venir, tout en oubliant que le pays abrite le siège de la CEMAC et l’Ecole Inter-Etats de Douane est une parfaite illustration de la  dérive inquiétante du pouvoir.

- MEFIANCE A L’EGARD DE LA JUSTICE

Un pays dans lequel les différentes institutions ne se font pas mutuellement confiance, où l’Exécutif remet surtout en cause les décisions de la justice sur la base de préjugés, va inévitablement vers une crise profonde, difficile à effacer.

Si le premier organe de l’Etat qui est le Président de la République ne fait pas confiance à la justice, ne respecte pas ses décisions malgré la séparation des pouvoirs par la Constitution et l’indépendance de la magistrature, quel exemple le citoyen ordinaire va-t-il en tirer pour sa conduite au sein d’une société où l’absence cruelle de civisme est déjà une grande préoccupation ?

La détention illégale des compatriotes accusés de complot contre le régime, pourtant acquittés par la Cour Criminelle humilie certes la justice centrafricaine sur le plan national et international mais montre clairement au monde entier, quelques jours seulement après la décision incohérente de dissolution des services de douane,  vers quel Etat primitif les autorités de surcroît démocratiquement élues conduisent la République Centrafricaine.

 L’ADP (ALLIANCE POUR LA DEMOCRATIE ET LE PROGRES) conclue, au regard de tout ce qui précède que la suspicion, la méfiance généralisée à l’ensemble des composantes de la nation, laquelle pousse  le Président de la République à l’exercice solitaire et incohérent du pouvoir est un réel et grave danger pour la démocratie, car conduisant visiblement à la dictature, au totalitarisme aveugle dont le peuple centrafricain a horreur, pour en avoir suffisamment souffert.

L’ADP (ALLIANCE POUR LA DEMOCRATIE ET LE PROGRES) constate que le désir profond du Président de la République est de pratiquer la dictature en oubliant que l’autorité vient de la confiance de  ceux qui la lui ont accordée pour une mission clairement définie, précisée par la constitution et disparaît avec la perte de cette même confiance.

L’ADP (ALLIANCE POUR LA DEMOCRATIE ET LE PROGRES) condamne avec la dernière rigueur la dictature rampante dont le visage se précise de plus en plus clairement ainsi que la démission collective de tous ceux qui, pour des intérêts purement égoïstes, cautionnent par leur silence ou leurs actes, ce réel et grave danger contre la nation, à une époque où tous les peuples luttent pour se libérer de divers jougs en vue de leur développement.

L’ADP (ALLIANCE POUR LA DEMOCRATIE ET LE PROGRES) condamne la dissolution arbitraire des services de douane tout en soutenant fermement les actions légales des cadres et agents de ce corps en justice.

 

L’ADP (ALLIANCE POUR LA DEMCRATIE ET LE PROGRES) condamne par ailleurs la détention illégale des 14 compatriotes accusés de complot contre le régime, pourtant acquittés par la Cour criminelle pour absence de preuve.

Elle apporte son soutien total aux avocats pour les actions en cours à la fois pour obtenir la  libération des 14 compatriotes illégalement détenus, mais contre le péril de la liberté et de l’Etat de droit en Centrafrique.

 

L'ADP (ALLIANCE POUR LA DEMOCRATIE ET LE PROGRES) lance un vibrant appel à tous les compatriotes épris de paix, de justice, d’amour pour la République Centrafricaine et soucieux de son avenir afin de se mobiliser pour barrer la route au grave danger qui menace l’Etat de droit, la liberté, l’indépendance de la magistrature et d’une manière générale la démocratie par le retour galopant de la dictature dans le pays.

Elle lance par la même occasion un appel pressant à la communauté internationale afin  d’empêcher par tous les moyens la mort de la démocratie pour laquelle elle s’est investie aux côtés du peuple centrafricain.

  

          

Président National du Comité Exécutif Ad’ Hoc

Olivier GABIRAULT

Publié dans LES COMMUNIQUES

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