REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO - ELECTIONS 2006 : VIVES INQUIETUDES A KINSHASA

Publié le par LE PHARE

Le second tour et la guerre, on prépare les deux

Le Phare (Kinshasa)
ACTUALITÉS
27 Septembre 2006

By Jean N'saka Wa N'saka, Journaliste Indépendant
Kinshasa

" Le climat reste très tendu à Kinshasa. Il y a de quoi s'inquiéter. " Le Commissaire européen chargé de la diplomatie l'Espagnol Javier Solana et l'envoyé spécial de l'Union européenne dans la région des Grands Lacs en Afrique centrale l'Italien Aldo Ajello ont reconnu cela et ont exprimé leurs appréhensions de retour à Bruxelles à l'issue de leur récent séjour à Kinshasa, en conséquence des événements survenus dans la capitale du 20 au 22 août.

La Monuc et l'Eufor font à plusieurs reprises des déclarations qui montrent qu'elles n'en sont pas moins conscientes, elles non plus. Solana et Ajello, de même que la Monuc et l'Eufor, dégagent leur constatation des états d'esprit décelés au cours des entretiens avec les différents animateurs de la transition, singulièrement ceux de l'espace présidentiel. L'indice matériel visible dont ils parlent est la pléthore des hommes armés et des armes en circulation dans les rues, avenues et boulevards de la ville de Kinshasa.

Toujours dans cet esprit des préparatifs de guerre, on parle d'avions de chasse et de chars d'assaut qui seraient déjà à portée de la main des seigneurs de la guerre ; des bataillons d'Interahamwe qui se retrouveraient au centre du pays, précisément dans le Kasaï. A l'Est du pays l'éternel brasier jamais éteint, le recrutement de soldats et leur entraînement ne seraient pas une vue de l'esprit. On ne s'explique pas les inquiétudes et appréhensions de la Monuc et de l'Eufor qui représentent respectivement le Conseil de sécurité de l'Onu et l'Union européenne qui sont les commanditaires, contrôleurs et superviseurs du processus de transition en RDC. Ils avaient persuadé la Communauté internationale qu'ils préparaient au Congo-Zaïre-Rdc les élections " démocratiques libres et transparentes jamais tenues dans ce pays depuis plus de quatre décennies ". Ils avaient assuré la Communauté internationale que le processus allait comme sur des roulettes, et qu'il se terminerait en beauté. Lors de son entretien avec Etienne Tshisekedi de l'Udps à Limete vers le dernier trimestre de 2004, Louis Michel avait révélé avoir garanti à la Communauté internationale qu'il n'y avait absolument rien à craindre quant au déroulement du processus.

Pourquoi au moment de se réjouir de la moisson à récolter, on est brusquement envahi par des inquiétudes et appréhensions ? Et pourtant le mal était là, qui rongeait insidieusement le processus comme une tumeur maligne, mais on s'en cachait parce qu'on poursuivait les objectifs autres que ceux assignés officiellement à la transition. Le mal a eu le temps de se développer et de se répandre dans toutes les cellules du processus qu'il a irrémédiablement infectées. La situation redevient de plus en plus dramatique, le processus s'étant avéré le remède pire que le mal. Au lieu de faire une pause, écouter les conseils des autres et faire courageusement son auto-critique, on s'est entêté à foncer dans le brouillard et aller de l'avant. Après le premier tour de scrutin présidentiel dont les résultats n'ont pas été fameux, il est étonnant de voir qu'on entreprend de poursuivre deux lièvres à la foi. On prépare simultanément la guerre et le second tour de scrutin présidentiel. Pour ce qui est du scrutin, les camps de Joseph Kabila et de Jean-Pierre Bemba mettent activement la dernière main au fignolage de leurs stratégies.

L'adhésion publique du Secrétaire général du Palu Antoine Gizenga et du Président national de l'Udemo Nzanga Mobutu au camp de Joseph Kabila, n'a causé évidemment aucune surprise. Elle a corroboré la rumeur qui accusait le pape du Palu et le fils de Mobutu d'atomes crochus avec le leader du Pprd. De son côté le Renaco de Jean-Pierre Bemba fait peau neuve, s'enrichit d'une crème d'aristocrates de la classe politique et devient UN (Union pour la Nation). Sigle UN qui se ressemble, à s'y méprendre, à un autre Un sigle de " United Nations " de l'Onu qu'on voit point sur les chars et véhicules de la Monuc circulant à Kinshasa. Un qui phagocyte le Renaco a fait sa première sortie solennelle le samedi 23 septembre à la Fikin, le couronnement des réflexions dans lesquelles ses fondateurs se sont absorbés deux jours durant, jeudi 21 et vendredi 22 septembre, enfermés dans la résidence officielle du Vice-président Jean-Pierre Bemba dans la commune de la Gombe.

Mais les préparatifs du second tour de scrutin sont apparemment destinés soit à maquiller encore la vérité des urnes comme la fois passée, soit à exercer une vigilance extrêmement accrue pour ne pas se laisser coiffer au poteau d'arrivée. La rumeur a couru faisant état d'environ cinq millions de bulletins qui seraient partis de l'impression vers successivement deux pays de l'Est avant d'échouer dans une ville de l'Est de la Rdc. Ces bulletins seraient acheminés dans les centres de vote à l'intérieur pour une opération de bourrage des urnes. Il n'y a pas de fumée sans feu. Au départ considéré comme rumeur sans fondement, l'affaire des millions de bulletins excédentaires était devenue un fait reconnu pour vrai par le président de la CEI mais qui n'avait jamais été tiré au clair, bien que généralement dénoncé par la majorité des candidats-président. Reste à savoir si la proposition faite par des spécialistes américains pour éviter la suspicion, la manipulation et le suspense au second tour de scrutin, avec l'élimination des centres de compilation, dont Le Phare se fait l'écho dans son édition du jeudi 21 septembre, sera prise en considération et appliquée.

L'une des dispositions de cette proposition des spécialistes américains selon Le Phare, envisage l'organisation d'une soirée électorale le 29 octobre au centre de presse de la Cei, en présence du bureau et de l'assemblée de la Cei, des ambassadeurs membres du Ciat, des témoins de deux camps (Joseph Kabila - Jean-Pierre Bemba) ainsi que des journalistes, et la retransmission en direct sur l'ensemble des chaînes de radio et de télévision. Le contact instantané avec les centres de vote et de la diffusion en direct des chiffres communiqués par les centres de vote. Tout cela concerne le travail au point d'arrivée. Mais cette vigilance peut être trompée à divers points de départ qui restent vulnérables aux manouvres de fraude, de tricherie et de truquage par le bourrage préalable des urnes de bulletins de vote. Des choses louches peuvent être tripatouillées entre l'impression des bulletins de vote, leur transport et leur acheminement aux centres de vote. Qui a le contrôle et la maîtrise de ce circuit ?

Ce survol des faits ne contredit pas les inquiétudes et appréhensions que l'on ressent. On voit se préparer à la fois le second tour du scrutin présidentiel et la guerre, une espèce de manichéisme qui étonne ; C'est la démonstration d'un processus foireux dont les commanditaires ne devraient pas se sentir fiers.

Publié dans L'AFRIQUE

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