Massacre en Guinée : l'armée accusée de faire disparaître les corps

Publié le par Le Parisien

Des corps de victimes du massacre de lundi à Conakry ont-ils été dissimulés par l'armée ? Le bilan officiel reste de 56 victimes civiles tandis que l'ONU avance «plus de 150 morts». L'armée, qui a dispersé dans le sang un meeting de l'opposition dans le stade de la capitale, a-t-elle fait disparaitre des corps alors que la communauté internationale s'est émue des exactions perpétrées par les militaires ? 

C'est ce qu'avance deux ONG locales.

Le président de l'Organisation guinéenne de défense des droits de l'Homme, Thierno Maadjou Sow, a affirmé avoir été «saisi par des familles au sujet d'inhumations nocturnes de corps». «Nous attendons de retrouver ces endroits pour faire déterrer les cadavres par des médecins», a-t-il affirmé. Pour son organisation, les événements ont fait 157 morts et 1 200 blessés. De son côté, la section guinéenne de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (Raddho), estime que ces inhumations clandestines pourraient s'être déroulées «à l'intérieur du camp militaire Alpha Yaya Diallo», siège de la junte. 

«Des rumeurs»

Les autorités ont démenti des accusations basées «sur des rumeurs» et ont ouvert à la presse la morgue d'un hôpital de la capitale où un médecin légiste a évoqué 56 cadavres de civils dont 12 «portaient des traces de blessures par arme à feu». Démentant  des informations selon lesquelles des camions militaires auraient ramassé des corps à l'hôpital pour les emmener vers des destinations inconnues, il a assuré que ces véhicules «militaires avaient ramassé les corps au stade, étaient venus les déposer à la morgue». Selon lui, ils avaient «dû repartir du fait d'un attroupement de la population (...) mais ont ramené les corps, plus tard», a-t-il encore affirmé.

Arrivé au pouvoir il y a neuf mois, le capitaine Dadis Camara a une nouvelle fois plaidé sur le caractère «incontrôlé» des événements, insistant sur l'indiscipline et la totale désorganisation de l'armée, qu'il «faut obligatoirement réformer». Il a néanmoins accusé les leaders de l'opposition d'avoir instrumentalisés des jeunes des quartiers populaires pour qu'ils descendent dans la rue,  visant en particulier l'ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo.

Roué de coups lundi par des militaires, le leader de l'Union des forces démocratiques de a quitté jeudi Conakry pour à bord d'un avion présidentiel sénégalais. Il doit ensuite rejoindre la France, selon son entourage. Lundi, des dizaines de milliers de manifestants s'étaient rassemblés dans le plus grand stade de Conakry entendaient dénoncer «l'usurpation du pouvoir par les militaires» et la possible candidature à l'élection présidentielle du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara.

Publié dans L'AFRIQUE

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