Centrafrique : l’opposition durcit le ton

Publié le par L'Indépendant.cf

En voulant coûte que coûte verrouiller le processus électoral en cours afin de rempiler pour un autre mandat de cinq ans à la tête de l’Etat, François Bozizé va vraisemblablement réussir l’exploit de rassembler contre lui l’ensemble des forces vives de la République centrafricaine.
C’est en tout cas le vœu exprimé par Me Nicolas Tiangaye qui a appelé jeudi au cours d’une conférence de presse à Bangui, la constitution d’un front commun pour barrer la route aux manœuvres du pouvoir. « Il ne s’agit pas d’un point de presse de l’UFVN et de l’entité « Autres Partis », mais d’un collectif de toutes les forces du Progrès qui œuvrent pour un véritable changement dans notre pays. Son cadre reste ouvert à toutes les sensibilités qui se sentent solidaires de notre combat autour de deux exigences », a-t-il déclaré. 

Comme nous vous l’annoncions en début de semaine dans l’article (élections de 2010 : Bozizé et les siens jouent avec le feu), le président du CRPS (Convention républicaine pour le progrès) a annoncé la saisine de la Cour constitutionnelle par l’opposition pour demander « l’annulation de la loi portant Code électoral ».

Mais bien avant, Nicolas Tiangaye, au nom « des forces du progrès » a dressé un bilan non exhaustif mais assez significatif de la violation systématique de la Constitution de décembre 2004 par le président centrafricain. « i[La constitution du 27 décembre 2004 a été maintes fois violées par le pouvoir actuel : non respect des décisions judiciaires, violation du principe du non cumul des fonctions par le Président de la République ]]ii», a-t-il indiqué et Tiangaye de rappeler que « le dernier exemple le plus flagrant est la promulgation de la loi n°09.009 du 3 août 2009 portant code électoral en violation de la Constitution et au mépris de la décision de la Cour Constitutionnelle qui avait déclaré certaines dispositions de cette loi contraires à la Constitution ».

Il a expliqué que « les Partis et Associations signataires de la présente ont saisi la Cour Constitutionnelle pour demander l’annulation de la loi portant Code Electoral » car selon lui, « il est évident qu’un Parti responsable ne peut accepter d’aller aux élections avec un Code électoral qui viole la Constitution. Le décret d’application d’un code électoral nul ne saurait servir de support légal à la création d’une Commission Electorale Indépendante (CEI) ».

S’exprimant au nom de l’opposition, Me Nicolas Tiangaye, n’a pas manqué de signaler les exigences de celle-ci. « C’est pourquoi, tout en exprimant notre ferme détermination à aller aux élections de 2010 dans la transparence, nous suspendons notre participation à la mise en place de la CEI, jusqu’à la décision de la Cour Constitutionnelle. La deuxième exigence vise à privilégier le dialogue, la concertation en vue de préserver la paix et l’unité nationale qui passent par le respect scrupuleux des recommandations du Dialogue Politique Inclusif dont le consensus est la clé de voûte. La stabilité politique et le retour définitif à la paix sont à ce prix ».

Avant de conclure, celui-ci a lancé un appel solennel à toutes les forces du changement afin de s’organiser pour faire échec aux projets diaboliques du camp présidentiel. « C’est pourquoi nous lançons solennellement un appel à tous les Partis Politiques, Syndicats, Associations de se joindre à ce mouvement en gestation pour former un Front dont la plate forme programmatique tourne autour de la défense de la Constitution d’une part et d’autre part le respect des recommandations du Dialogue Politique Inclusif, lesquelles constituent des acquis inaliénables de la lutte du peuple Centrafricain », a-t-il dit.

Vers une union sacrée des forces vives ?

Le moins que l’on puisse dire après la sortie attendue de Me Nicolas Tiangaye c’est que la perspective du maintien au pouvoir de François Bozizé à l’issue des élections présidentielles de 2010 ne réjouit pas grand monde au sein de la classe politique centrafricaine.

Cette classe politique jusqu’ici mal organisée ou pas du tout organisée et surtout divisée sur l’attitude à observer face au pouvoir a-t-elle enfin compris que seule l’union fait la force ?

En tout état de cause, les déclarations de Me Nicolas Tiangaye laissent penser que l’opposition centrafricaine envisage désormais de s’unir pour faire barrage à l’entreprise de fraude électorale que François Bozizé et ses thuriféraires sont visiblement entrain de mettre en place.

Il est évident que s’opposer en rang dispersé à un candidat qui dispose de l’appareil administratif, des pouvoirs publics et de l’argent du Trésor public n’est pas chose aisée. La moins mauvaise stratégie pour l’opposition centrafricaine consiste à serrer les rangs et à durcir le ton comme elle commence à peine à le faire.

D’autant que les leaders de l’opposition centrafricaine ne doivent pas trop compter sur l'intervention de la communauté dite internationale, qui joue aux abonnés absents et qui reste obstinément silencieuse sur des cas d’école de la Mauritanie et du Niger qui n’ont certainement pas échappé à François Bozizé. 

Samedi 05 Septembre 2009
Adrien Poussou

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Publié dans POLITIQUE

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