La France prise dans la tourmente gabonaise

Publié le par Le Progrès de Lyon

Les 10 000 Français du Gabon restent reclus alors que des manifestants s'en prennent à leurs intérêts. L'ancienne puissance coloniale paie 41 ans d'amitié avec le régime de Bongo père.

 

Alors que les autorités gabonaises paraissent avoir déjà pris d'importantes mesures visant à renforcer la sécurité, parmi lesquelles figure l'instauration d'un couvre-feu à Port-Gentil, on s'interroge néanmoins sur la tournure que pourrait prendre la suite des évènements, tant la situation demeure tendue dans le pays au lendemain de la victoire contestée d'Ali Bongo à la présidentielle. Notamment à Port-Gentil, capitale économique du Gabon, désormais placée sous le régime du couvre-feu après les violentes émeutes qui se sont produites jeudi et au cours desquelles de nombreux commerces ont été pillés, le consulat de France incendié, les manifestants s'en prenant également aux installations du groupe pétrolier français et à celles du Franco-Américain Schlumberger.

Assiste-t-on à une simple flambée de violence, comme l'assurent les milieux économiques du pays, ou à véritable début d'embrasement comme le prédisent des observateurs beaucoup plus critiques ? A ce jour, une seule chose parait certaine, en dépit de son score honorable mais contesté (41,73 %) Ali Bongo, fils de son père, surnommé « Baby Zeus » par ses concitoyens est loin de faire l'unanimité dans son pays. Son élection, cautionnée dans la douleur - et, dit-on, au prix de vives tensions - par la Commission électorale semblant plus relever de l'arrangement entre fidèles d'un clan Bongo soucieux de préserver l'héritage que d'un processus réellement démocratique.

Dans de pareilles conditions, il n'est donc pas étonnant de voir la France et ses intérêts se retrouver dans le collimateur des manifestants et surtout des opposants à la famille Bongo. Ancienne puissance coloniale, aujourd'hui encore principale partenaire économique du Gabon dont elle contrôlerait 30 % de l'activité, elle a en effet toujours été accusée - non sans raison - au fil des 41 ans de règne de Bongo père de soutenir à bout de bras ce régime despotique et prévaricateur. Régime qui a fait que ce petit pays d'Afrique centrale (268 000 km2, 1,4 millions d'habitants) riche en pétrole ne profite qu'à la marge des revenus de son sous-sol essentiellement captés par la classe dirigeante, à commencer par la famille Bongo. Alors même qu'à Paris, Omar Bongo jouissait en échange d'une influence politique suffisante pour qu'il puisse décider qui était digne ou non d'occuper le portefeuille de la coopération au sein du gouvernement français.

Notre ministre des Affaires étrangère a beau s'échiner aujourd'hui à nier toute ingérence dans les affaires gabonaises, le poids de ce passé et de ce passif continue à peser. Qu'il le veuille ou non.

René Raffin

Un millier de soldats français sur place

Alors que le nombre de ressortissants français installés au Gabon est estimé à, environ, 10 000 personnes, l'armée française dispose sur place d'un petit millier d'hommes présents dans le pays en vertu des accords de défense unissant Paris et Libreville. Appartenant au 6e bataillon d'infanterie de Marine, ils occupent une base judicieusement située à proximité de l'aéroport de Libreville. Mais un petit détachement est également présent à Port-Gentil. Lequel a d'ailleurs été appelé à intervenir jeudi matin pour secourir le personnel du consulat français incendié dans la nuit par les manifestants. En 1990, déjà, l'armée française était intervenue à Port-Gentil pour mettre fin à de violentes émeutes à la demande du Gabon.

Si la situation venait à dégénérer il n'est bien sûr pas exclu que Paris dépêche sur place des renforts afin de protéger ou d'évacuer les ressortissants français. Voire pour aider à un rétablissement de la situation, les accords de défense entre la France et le Gabon restant effectifs.

Publié dans L'AFRIQUE

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