Centrafrique - Elections 2010 : La partie s'annonce compliquée pour François Bozizé

Publié le par Le Confident

Dans une interview accordée à la Radio France Internationale (RFI), l’ancien Ambassadeur de la Délégation Européenne en Centrafrique, Jean-Claude Esmieu, fidèle à son langage, a mis les quelques points sur les « i » en disant tout haut ce que les autres caciques et autres griots de la République pensent tout bas.

Pêle-mêle dans la mare, on peut retrouver des déclarations chocs de l’ancien Ambassadeur de la Délégation de l’UE selon lesquelles, « Le président Bozizé, on ne lui raconte pas tout. Il ne croit que ses proches qui sont souvent des militaires. Et à partir de ce moment là, il croit ce qu’il veut bien croire. Le président Bozizé devrait revoir l’ensemble des personnes, notamment les militaires sur lesquels il s’appuie parce que c’est en train de ternir son image ».

Bozizé, un homme fidèle à ses griots

Des déclarations qui viennent s’ajouter à tant d’autres que la presse privée centrafricaine en a fait écho tous les jours dans ses colonnes à propos des griots et autres flagorneurs de la République qui préfèrent (instinct de survie oblige), ne pas dire toute la vérité au Chef de l’Etat sur ce qui se passe réellement dans le pays.

Violations des droits de l’homme par les militaires proches du Chef de l’Etat, trafics d’influence en tous genres, assassinats en cascade avec impunité garantie à leurs auteurs, des maux maintes fois décriés et dont les autorités politiques centrafricaines feignent de ne pas reconnaître.
Cela est d’autant plus plausible dans la mesure où le président centrafricain, comme l’a si bien mentionné Jean Claude Esmieu, a une qualité énorme. Celle d’être toujours fidèle à ses proches qui ne sont autres que les « libérateurs » qui l’ont aidé durant la rébellion à conquérir victorieusement le pouvoir, ce fameux 15 Mars 2003. L’ayant aidé à parvenir à ses fins, ces libérateurs exigent en contrepartie avoir droit de cité dans la Cité centrafricaine au point qu’ils sont partout et nulle part, terrorisant la population centrafricaine qui a vite fait de se rendre à l’évidence que la soi-disant « libération » annoncée tambour battant n’est qu’occupation par une certaine catégorie d’individus assoiffés du pouvoir et par extension, de l’enrichissement illicite et sans cause.

Les conseils n’engagent que ceux qui les donnent

Fallait-il en vouloir à Jean-Claude Esmieu qui a pris son courage pour dénoncer cette mal gouvernance caractérisée du régime actuel ? Absolument pas d’autant plus que ce même son de cloche a été repris par le diplomate américain en Centrafrique, l’Ambassadeur Frederik Cook, qui a estimé pour sa part que les autorités centrafricaines se mettent toujours en marge des conseils à elles prodigués. Des conseils mais aussi des dénonciations sur les travers de notre société. Ce qui, bien entendu, aurait pu permettre à nos autorités, si elles sont vraiment soucieuses de l’amélioration des conditions de vie des Centrafricains, d’en raviser et de rectifier les tirs. Mais, hélas, les conseils n’engagent que ceux qui les donnent car, de l’autre côté, on fait fi de tout comme le dirait l’autre, et bienvenue la gestion patrimoniale de la chose publique aux seules fins de la conservation par tous les moyens du pouvoir.

Parlant justement desdites élections que nous considérons comme une échéance de tous les dangers de par sa complexité et ses inconnues, l’homme fort du 15 Mars 2003 vient de prendre conscience que l’élection de 2010 ne sera pas seulement pour lui une simple formalité d’usage, une partie de plaisir ou encore mieux une simple balade de santé.

Une campagne à coup de « billets de banque »

Et pour y arriver, François Bozizé met les bouchées doubles. Des pré-campagnes baptisées « campagnes économiques » pour les ministres résidents qui ont vendu leurs âmes au KNK et le soutien des députés « purs et durs » de l’illégale association qu’est le KNK pour un travail de fond à même de vendre l’image du « boss » auprès des populations de leurs localités. Des billets de banque, si l’on en croit certaines mauvaises langues, se distribueraient à tour de bras pour les besoins de la cause.

A ce sujet, l’on se rappelle encore la déclaration de l’Ambassadeur Esmieu selon laquelle « …il semblerait qu’aujourd’hui, les choses pourraient s’orienter de manière différente… ». Ce qui, selon le diplomate européen, rend très nerveux les caciques du régime qui, disons-le, n’hésitent pas à s’en prendre à tous ceux qui critiquent cette situation désormais délétère et incontrôlable pour le président Centrafricain. Car pour Esmieu, il y a quelque temps, les résultats des élections de 2010 ne faisaient aucun doute puisque le régime Bozizé, qui bénéficie d’une fenêtre d’opportunités financière et politique qu’aucun régime n’a eues depuis les Indépendances au pays de Boganda, partait « gagnant ». Mais, revirement de situation, la partie semble très compliquée et cela justifie en soi les manœuvres mises en œuvre sur le Code électoral par le ministre de l’Administration du territoire et que l’Opposition centrafricaine considère comme l’expression d’un fascisme rampant du pouvoir.

Décidemment, nous sommes très loin de sortir de l’auberge tant la partie nous réservera bien de surprises et en attendant que le ciel nous tombe sur la tête à l’orée de 2010, croisons les bras et implorons la pitié du Créateur.

Publié dans ACTUALITES NATIONALES

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