Gabon : Le président Bongo avait refusé de se faire soigner en France

Publié le par Le Monde

La dépouille mortelle d'Omar Bongo a rejoint le Gabon, jeudi 11 juin, à bord d'un avion de l'armée de l'air espagnole. Simplement escortée du ministre des affaires étrangères, du ministre des mines et du pétrole et d'une petite délégation gabonaise.

Les autorités espagnoles avaient prévu une discrète cérémonie, mais le roi Juan Carlos a fait déposer au pied de l'avion une couronne de lauriers ornée de rubans aux couleurs sang et or de l'Espagne et bleu roi de la famille royale.

Le président gabonais était hospitalisé depuis plusieurs semaines déjà, à Barcelone, dans un établissement recommandé par Juan Carlos. Le doyen des chefs d'Etat d'Afrique, dont le cancer s'était aggravé au mois d'avril, avait refusé de venir se faire soigner en France, comme toute l'élite gabonaise le fait habituellement.

Malgré l'insistance personnelle de Nicolas Sarkozy, qui lui proposait une hospitalisation au Val-de-Grâce, à Paris, Omar Bongo avait fermement refusé, exaspéré par les critiques des médias français et par la procédure judiciaire engagée contre les "biens mal acquis", ces multiples propriétés achetées au nom de sa famille ou de ses proches en France.

"VOS MÉDIAS ME HARCÈLENT"

Robert Bourgi, "dauphin" de Jacques Foccart, dont il a en partie repris les réseaux africains, affirme ainsi que, lors de l'une de leurs dernières conversations, le président gabonais lui avait expliqué : "Je suis malheureux depuis la mort de "maman Edith" (l'épouse d'Omar Bongo, décédée le 15 mars). Mais ce qui me fait le plus de mal, c'est que je n'ai même plus envie d'aller en France, qui est pourtant mon deuxième pays, à cause de tous vos médias qui me harcèlent avec ces histoires que l'on me fait."

Le président Sarkozy a cependant multiplié les gestes et les messages d'amitié à l'égard du chef de l'Etat gabonais. Dès les premiers jours de son hospitalisation, pourtant, il n'avait plus réussi à communiquer avec Omar Bongo, celui-ci étant trop assommé par les analgésiques pour pouvoir parler. Le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, a pour sa part renoncé à se déplacer jusqu'à Barcelone pour le rencontrer.

Le président français pourrait emmener son prédécesseur Jacques Chirac jusqu'à Libreville, où auront lieu, mardi 16 juin, une cérémonie oecuménique et des oraisons funèbres avant qu'Omar Bongo ne soit inhumé, le 18 juin, dans "l'intimité" au sud-est du pays, dans sa région natale, le Haut-Ogooué.


Raphaëlle Bacqué

Publié dans L'AFRIQUE

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