REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO - PRESIDENTIELLE 2006 : L'HISTOIRE EST EN MARCHE

Publié le par A.F.P

Coup d'envoi d'une campagne électorale historique

CONGO (RDC) - 29 juin 2006 - AFP

actualité afriqueLa République démocratique du Congo (RDC), vaste pays d'Afrique centrale ravagé par des années de guerre, entre ce jeudi en campagne pour élire son président et 500 députés nationaux lors des premiers scrutins libres en plus de 40 ans dans l'ex-Zaïre.

Le 30 juillet prochain, 33 candidats s'affronteront au premier tour de la présidentielle et 9707 aux législatives (un seul tour). Plus de 25,6 millions d'électeurs seront appelés à se prononcer dans les quelque 50.000 bureaux de vote répartis à travers un pays grand comme l'Europe occidentale.

Ces élections, qui seront suivies de scrutins provinciaux et locaux, doivent mettre un terme à une fragile transition politique initiée en 2003 en RDC après une guerre régionale de près de 5 ans. L'actuel président de la République, Joseph Kabila, et trois de ses quatre vice-présidents, Jean-Pierre Bemba (chef d'une ex-rébellion soutenue par l'Ouganda), Azarias Ruberwa (chef d'une ex-rébellion soutenue par le Rwanda) et Arthur Zahidi Ngoma (issu de l'opposition politique non armée) briguent la magistrature suprême.

Outre la présence forte des ex-belligérants, cette campagne sera marquée par le retour sur la scène politique des mobutistes, avec notamment Nzanga Mobutu (un des fils du dictateur zaïrois) et Pierre Pay Pay, ancien gouverneur de la banque centrale.

En l'absence du principal parti d'opposition, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d'Etienne Tshisekedi qui boycotte un processus électoral jugé "opaque", le seul représentant de l'opposition historique demeure Antoine Gizenga - un fidèle de Patrice Lumumba, premier chef de gouvernement en 1960.

Face à l'éparpillement des candidatures, plusieurs regroupements politiques ont récemment vu le jour. Elles devraient polariser la campagne autour de quelques grandes formations, dont celles de MM. Kabila et Bemba qui comptent respectivement 31 et 23 partis.

Alors que seuls 13 des 213 partis politiques participant aux scrutins sont parvenus à présenter des candidats dans les 169 circonscriptions du pays, ces plates-formes électorales visent à dégager des majorités parlementaires claires à l'issue de législatives à un seul tour.

Un sondage politique mené en mai par Berci, un bureau d'étude indépendant basé à Kinshasa, place Joseph Kabila en tête du premier tour, avec 37,9% des suffrages. Suivent, loin derrière, l'opposant Antoine Gizenga (7,5%), Jean-Pierre Bemba (6,6%) et Nzanga Mobutu (4,5%). Ces tendances sont toutefois à prendre avec précaution, les indécis étant près de 21%.

Après une pré-campagne dominée par une augmentation des atteintes aux libertés de la presse et le développement de discours haineux relayés par des médias privés appartenant à des candidats, la bataille électorale s'annonce âpre. Le Conseil de sécurité de l'Onu a récemment mis en garde contre l'apparition du thème de la "congolité", version locale de l'"ivoirité", et appelé les candidats à la responsabilité lors de "scrutins historiques" visant à la "réconciliation nationale".

En réponse aux revendications de plusieurs partis et de l'église catholique, la présidence a annoncé la tenue, avant les scrutins, de "concertations" qui porteront notamment "sur des questions relatives à la sécurisation des candidats aux élections, à leur accès aux médias et à l'acceptation des résultats".

Pour prévenir toute tentative de déstabilisation des institutions pendant la campagne ou après les résultats, une force militaire de l'Union européenne est en cours de déploiement à Kinshasa. Cette force, qui disposera de 800 hommes en RDC et de 1200 en réserve au Gabon, est placée sous mandat des Nations unies et devra coordonner ses actions avec la Mission de l'Onu en RDC (Monuc).

La Monuc dispose de 17.600 Casques bleus, dont 80% sont déployés dans les régions de l'est du pays où milices locales et rebelles étrangers entretiennent un climat d'insécurité qui pourrait empêcher dans certains secteurs la tenue des scrutins.

Publié dans L'AFRIQUE

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