Centrafrique : 20 morts dans des violences pour du bétail

Publié le par Afp

BANGUI (AFP) — Au moins 20 personnes ont été tuées dimanche et 28 blessées lors d'affrontements d'une rare violence, pour du bétail, entre des commerçants et des éleveurs peuls (Mbororos) sur un marché à la sortie de Bangui.

Selon un dernier bilan, vingt personnes ont été tuées et 28 blessées par balle, à l'arme blanche ou par des flèches sur un marché situé à la sortie nord de la capitale centrafricaine, au Point kilométrique 13 (PK 13), a-t-on indiqué de source hospitalière.

Les affrontement ont eu lieu en raison d'un différend concernant 170 boeufs volés par des malfaiteurs "coupeurs de route" (zaraguinas) il y a une dizaine de jours et récupérés le 5 avril par des groupes d'autodéfense (antizaraguinas) constitués par les éleveurs lésés, selon des sources concordantes.

Des commerçants ont été chargés par les autorités de vendre les bêtes récupérées par les groupes d'autodéfense. Des représentants des éleveurs voulaient de leur côté récupérer au moins une partie de leur bétail. Les violences ont éclaté.

"Je n'ai jamais vécu des actes de violence semblables (...). J'ai été horrifié en voyant un éleveur poignarder un commerçant à plusieurs reprises. Il criait et saignait", a raconté à l'AFP Yvon Gombet, 28 ans, vendeur à la criée.

"J'ai vu également un commerçant pourchasser un éleveur avec un long couteau, mais au bout de quelques secondes il a été atteint d'une flèche au ventre et s'est effondré sur le côté en se tordant de douleur", a poursuivi M. Gombet.

"Il y'a eu des gens qui tiraient à bout portant sur ceux qui se trouvaient en face d'eux. C'était la débandade au marché au bétail, chacun cherchait à se mettre à l'abri et faisait de son mieux pour ne pas attraper une flèche, une balle perdue ou un coup de couteau", conclut le vendeur.

Cyr Agbo, 35 ans, gérant de magasin, parle de "scènes comparables à un film western avec des affrontements un peu partout, des gens qui fuyaient ou qui tombaient". "J'ai vu un homme muni d'un arc touché en pleine tête par une balle tirée d'une cachette. Je n'ai pas vu le tireur, mais j'ai vu la victime tomber".

Le gouvernement a lancé un appel au calme à la radio.

"J'en appelle à toute la population du PK13 à revenir au calme", a déclaré la ministre des Affaires sociales, Bernadette Sayo.

Son collègue de la Santé, André Nalké Dorogo, a mobilisé les personnels de santé pour venir en aide aux nombreux blessés.

"Je voudrais demander instamment aux médécins, chirurgiens, infirmiers, sages-femmes et à tout le personnel (...) de Bangui, de se présenter à leur poste en vue de prêter main forte aux blessés", a-t-il dit.

Les violences ont commencé après la visite au marché du secrétaire général de la Fédération nationale des éleveurs centrafricains (FNEC), Fernand Koumanda. Celui-ci désirait identifier les boeufs volés.

"Je suis venu filmer les veaux, parce que les veaux ne sont pas la propriété des commerçants à bétail. Mais les gens sont venus m'agresser. Ils se sont énervés (...) Il était question de faire la lumière sur ces bêtes parce qu'elles ne peuvent pas être vendues sans enquête pour vérifier leur appartenance", a assuré M. Koumanda.

Le 5 avril, quatre personnes - un éleveur et trois malfaiteurs - avaient été tuées dans un village au PK 22 au nord de la capitale lorsque des éleveurs constitués en groupe d'autodéfense avaient lancé une opération pour récupérer ce bétail.

Les "zaraguinas" sont accusés de nombreuses exactions, avec les groupes rebelles et les forces gouvernementales en Centrafrique, un des pays les plus pauvres de la planète, qui tente de sortir de plusieurs années de rébellions et coups d'Etat.

Selon une source officielle, les bandits de grand chemin ont fait fuir entre 2005 et 2008 plus de 45.000 éleveurs centrafricains vers le Cameroun, le Tchad, le Soudan, la République démocratique du Congo (RDC) ou encore l'Ouganda.

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