Madagascar : le forcing d'"Andry-TGV"

Publié le par L'Express

Après l'annonce de la démission du président malgache, un "directoire militaire" instauré par le chef de l'Etat déchu a transmis les pleins pouvoirs au leader de l'opposition Andry Rajoelina, comme l'a constaté notre envoyé spécial.

Ceux qui, Malgaches ou non, rêvaient d'une alternance limpide à la tête de la Grande Ile en seront pour leurs frais. Tout au long de ce mardi, une confusion teintée de nervosité aura régné à Antananarivo quant aux modalités de la transition déclenchée par le retrait du président Marc Ravalomanana. Et ce jusqu'au dénouement un rien déroutant survenu dans la soirée: depuis une caserne, fief des mutins, un "directoire militaire" instauré par le chef de l'Etat déchu a ainsi transmis les pleins pouvoirs à l'icône de l'opposition, Andry Rajoelina, lequel récusait pourtant cette instance de hauts-gradés...

Une certitude: par une ordonnance signée dans la matinée, Marc Ravalomanana avait donc décidé de céder ses prérogatives à un directoire militaire, dirigé par l'officier "le plus ancien dans le grade le plus élevé", à savoir le vice-amiral Hippolyte Rarison Ramaroson. En clair, une démission de facto. Formule immédiatement balayée par le maire destitué de "Tana", Andry Rajoelina, figure de proue de l'opposition, ainsi que par le nouveau chef d'état-major de l'armée, le colonel André Andriarijaona.

A peine avait-on achevé la lecture de l'ordonnance que "Andry TGV" claquait d'ailleurs la porte d'une séance de travail tenue au siège de l'épiscopat malgache, et qui réunissait hauts-gradés, dignitaires du Conseil des Eglises de Madagascar (FFKM) et diplomates étrangers, dont les ambassadeurs des Etats-Unis et d'Afrique du Sud. A ses yeux, ce schéma s'apparentait en effet à une manoeuvre visant à le priver d'un pouvoir qui ne peut que lui revenir.

La nature humaine, on le sait, à horreur du vide. Le départ fracassant de Rajoelina a instantanément suscité un regain de tension jusque dans l'enceinte de l'épiscopat. Les mutins du Corps d'administration des personnels des services administratifs et techniques  (Capsat), fer de lance des rebelles ralliés au maire déchu, ont aussitôt embarqué manu militari trois officiers supérieurs, dont le vice-amiral placé à la tête de l'hypothétique directoire militaire, ainsi qu'un pasteur, président de la FJKM, église évangélique dont le n°2 n'est autre que Ravalomanana.

Où est le président déchu?

Cap sur la caserne du Capsat, où le trio d'officiers était censé, en début de soirée, désavouer dans une déclaration le scénario du transfert du pouvoir exécutif à ce fameux directoire. Acte de contrition sous la contrainte? "On les a plus ou moins forcés", concède un mutin gradé.

A l'évidence, Andry Rajoelina est d'autant moins enclin au compromis qu'à la mi-journée, escorté par une foule extatique, il s'est offert une entrée triomphale dans le palais présidentiel déserté d'Ambohitsirohitra, au coeur de la capitale, édifice encerclé puis pris d'assaut la nuit précédente par des militaires acquis à sa cause.  

Quant au sort de Marc Ravalomanana, retranché ce matin encore dans un autre palais d'Etat, le bunker de Iavoloha, situé à une douzaine de kilomètres du centre-ville, il alimente de folles rumeurs dont les Malgaches se montrent si friands. On le dit tantôt sur le chemin de l'exil, tantôt réfugié à l'ambassade américaine. Lorsque nous nous sommes présentés en milieu d'après-midi à l'entrée de son dernier domicile connu, un garde-barrière nous a indiqué que le chef de l'Etat avait quitté les lieux une heure plus tôt. Encore présents le matin même, les membres de la Garde présidentielle en treillis de combat étaient également portés disparus. Deux d'entre eux, vêtus cette fois en civil, nous ont affirmé avoir reçu l'ordre de partir et de se rendre demain dans une caserne. Quant aux roquettes anti-chars russes, visibles quelques heures plus tôt dans la casemate du poste de police installé à l'entrée du site, elles s'étaient elles aussi volatilisées.   

Vers 19H00 locale (17H00 à Paris), un officier de gendarmerie indiquait que la Haute Cour constitutionnelle s'apprêtait à officialiser la transmission du pouvoir à Andry Rajoelina. Au même instant, le coup de fil d'un confrère de France 2 nous apprenait que des éléments du Capsat avaient pénétré dans l'enceinte du palais de Iavoloha, tandis qu'une autre source faisait état, sur place, de violents accrochages. On y verra sans doute plus clair demain à l'aube. Il paraît que la nuit porte conseil.

Publié dans L'AFRIQUE

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