Centrafrique - Rebellion : L’ultimatum de la CPJP

Publié le par Le Confident

Le gouvernement centrafricain a vraiment du pain sur la planche.
Depuis la fin du dialogue politique inclusif, alors que l’espoir était de voir la paix, le calme et la concorde nationale revenir, des foyers de tension naissent de toutes parts qui ne rassurent pas la population.

L’activisme sur le terrain inquiète

Les exclus de la « mangeoire » et le dialogue politique inclusif sont en train de constituer un véritable front du refus afin de chercher à embraser de nouveau le pays. Si l’Armée Populaire pour la Restauration de la Démocratie (APRD) de Jean Jacques Demafouth et l’Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement (UFDR) de Zacharia Damane observent les engagements qu’ils ont pris jusque là, la situation n’est pas la même pour les autres groupes rebelles. Le Chef de l’Etat, le général François Bozizé, est revenu de Syrte (Libye) où il a eu des entretiens avec le Guide de la Révolution libyenne, Moammar Kadhafi à propos des agissements d’Abdoulaye Miskine et des autres chefs des mouvements politico-militaires qui l’ont rejoint, à savoir Abakar Sabone (MLJC) et Florian Ndjadder-Bedaya (UFR). Comme en 2007 pour l’accord de Syrte, la Libye a été invitée à user de son influence pour tempérer les ardeurs guerrières des mouvements qui opèrent dans le nord du pays.

Avec la dernière marche des Jeunes devant l’Ambassade de la Libye à Bangui, les autorités centrafricaines considèrent que le colonel Kadhafi, malgré sa générosité, joue au pyromane et au pompier. C’est pourquoi seule son intervention peut ramener Abdoulaye Miskine, Abakar Sabone et Florien Ndjadder-Bedaya à la raison. Le front de la Résistance, constitué par le FDPC, le MLCJ et l’UFRD, a des raisons d’être pris au sérieux à cause de l’activisme du mouvement d’Abdoulaye Miskine sur le terrain. La détermination de ces mouvements peut ruiner les efforts de paix que tentent d’instaurer les autorités centrafricaines surtout que l’Accord de Syrte, les accords de Bangui avec le MLCJ et l’UFR ont volé en éclats. La dernière attaque de Batangafo n’est que la conséquence immédiate de cette résolution du FDPC de reprendre les armes.

Les groupes rebelles ont repris de l’entrain

Comme la pression exercée par le FDPC, le MLCJ et l’UFR ne suffisait pas, la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (CPJP), considérée jusqu’à lors comme une nébuleuse, lance un véritable défi pour ne pas dire un ultimatum au gouvernement centrafricain. En effet par un communiqué de presse, en date du 7 mars 2009, la CPJP ne prend pas des gants de velours pour adresser ses injonctions au gouvernement. La Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix, dont M. Charles Massi est le porte-parole, exige du Chef de l’Etat : « la dissolution immédiate du gouvernement formé le 19 janvier 2009 et l’abrogation du décret clandestin du 19 janvier 2009 nommant M. Saifee Durbar, Vice ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération ».

Jusque-là, les groupes rebelles, qui semblent avoir repris de l’entrain depuis janvier (attaque de Bossémbélé) et février (attaque de Batangafo) n’exigeaient que l’application stricte des recommandations du dialogue politique inclusif. Dans ce cadre, les autorités centrafricaines ont déjà mis en place un comité de suivi qui est automatiquement à pied d’oeuvre et qui n’attend que les moyens conséquents pour être opérationnel. Les exigences du Front de Résistance, constitué du FDPC, d’Abdoulaye Miskine, du MLCJ d’Abakar Sabone et de l’UFR de Florian Ndjadder, soumise au Guide de la Révolution libyenne, vont dans le sens des recommandations du DPI, parce qu’ils ont estimé avoir été exclus des organes prévus par le forum.

Des exigences maximalistes

Mais la dissolution du gouvernement Touadera II est une nouvelle exigence qui donne à réfléchir. Ce gouvernement, qui a été mis en place après moult tractations, n’avait pas requis au départ l’assentiment de tout le monde. L’Union des Forces Vives de la Nation (UFVN), qui était la première à soulever des préalables, n’en fait pas partie. Finalement le front du refus au sein de ce groupement politique l’a emporté et l’UFVN a été royalement oubliée. Des groupes rebelles, ayant pris part au dialogue politique inclusif, aspiraient à entrer au gouvernement. Le train est parti le 19 janvier 2009 et ils ont été abandonnés sur le quai; ce qui n’a pas du tout rencontré leur agrément. De sources proches du pouvoir, exiger la dissolution du gouvernement est utopique de la part de la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix. Un cacique proche du pouvoir déclare qu’il n’appartient pas à un groupe rebelle de dicter ses volontés au Chef de l’Etat qui a usé de son droit régalien pour mettre en place le gouvernement Touadera II. Cette exigence, selon le cacique, est irréalisable. Et, curieusement, l’affaire Saifee Durbar qui a défrayé la chronique ces dernières semaines, s’invite dans le communiqué de presse de la CPJP. Cette affaire qui fait couler beaucoup d’encre risque d’assombrir les relations entre la France et la République Centrafricaine. Le décret clandestin nommant Saifee Durbar pourra-t-il être rapporté comme souhaite le mouvement dont est porte-parole M. Charles Massi ? Difficile à dire, car le commun des Centrafricains ne sait pas dans quelles conditions est intervenue la nomination de M. Saifee Durbar qui est un véritable cube Maggi qui s’est s’adapté à toutes les sauces.

Mais ce qui peut inquiéter, ce ne sont point les exigences maximalistes de la DPI, mais le langage des armes que le mouvement brandit par la formule : « La CPJP dégage toute responsabilité dans la reprise des hostilités militaires… ».

Les vertus du dialogue ont-elles disparu dans ce pays exsangu de ses crises militaro-politiques récurrentes ?

Vendredi 13 Mars 2009
John Smith

Publié dans ACTUALITES NATIONALES

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