Guinée Bissau : Raimundo Peireira, nouveau président par intérim

Publié le par 20 Minutes.fr

COUP D'ETAT - Le président Vieira a été tué ce lundi matin par des militaires. Il était en poste depuis le 1er octobre 2005...

En dépit de l'assassinat ce lundi du président José Bernardino Vieira par des putchistes, la Guinée-Bissau a emprunté mardi la voie constitutionnelle choisissant le président de l'Assemblée nationale Raimundo Peireira comme chef d'Etat par intérim

Le président de l'Assemblée Raimundo Pereira a prêté serment mardi en fin d'après-midi comme chef de l'Etat par intérim, devant les députés, en présence du Premier ministre Carlos Gomes Junior et d'une délégation de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

Retour sur cette tentative de coup d'Etat.

Vieira perd la vie
Le président bissau-guinéen a été tué tôt lundi par des militaires.

L'annonce de sa mort intervient quelques heures après celle du chef d'état-major des forces armées de Guinée Bissau, le général Tagmé Na Waié, qui avait été blessé dimanche soir dans l'explosion d'une bombe au quartier général des forces armées. Des tirs à l'arme automatique et des explosions de roquettes ont été entendues dans la capitale bissau-guinéenne, dans la nuit de dimanche à lundi, après l'annonce de la mort du général Na Waié.

Le Premier ministre bissau-guinéen Carlos Gomes Junior avait réuni en urgence ce lundi matin le gouvernement après l'attentat et il avait créé une cellule de crise pour «suivre la situation».

Le 23 novembre 2008, Vieira avait échappé à des tirs à l’arme lourde dirigés vers sa résidence par une dizaine de soldats mutins, la garde militaire du président avait répliqué immédiatement. Les motivations de ces assaillants sont restées floues.

Qui est derrière la destabilisation du régime?
Les circonstances du drame et les motivations des assaillants sont extrêmement floues. «Le président Vieira a été tué par l'armée au moment où il tentait de fuir sa maison attaquée par un groupe de militaires proches du chef d'état-major Tagmé Na Waié», a d'abord expliqué le capitaine de frégate José Zamora Induta.

Le capitaine Induta a accusé Vieira d'avoir été «l'un des principaux responsables de la mort de Tagmé», avant de revenir sur ses déclarations devant la presse quelques heures plus tard. «La mort du chef d'état-major de nos forces armées n'a aucun lien avec celle du président Vieira», a alors assuré l'officier.

«Nous n'accepterons pas que des gens interprètent cela comme un coup d'Etat. Ce n'est pas un coup d'Etat, je le répète», a souligné devant la presse l'officier devenu porte-parole de la commission militaire mise en place dimanche soir après l'attentat contre le chef d'état-major. «Le président a été tué par un groupe de gens que nous ne connaissons pas. Nous ignorons tout de ce groupe de personnes», a-t-il ajouté.

Des putchistes déçus par le verdict des urnes
Selon Cipriano Cassama, le ministre de l’Administration interne, les attaques du week-end avaient été précédée de «signes avant-coureurs». Et en premier lieu, la publication officielle, vendredi, des résultats provisoires des élections législatives du 16 novembre dernier. Le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et des îles du Cap-Vert (PAIGC) du président Vieira a remporté sans surprise le scrutin avec 67 sièges sur 100. Kumba Yala, chef du Parti de la rénovation sociale (PRS), et ancien président destitué en 2003 par l’armée, a vivement contesté les résultats, et a «lancé un appel pressant à tous les militants, sympathisants et dirigeants du PRS afin qu’ils ne reconnaissent pas les résultats manipulés».

Le président Vieira refusait catégoriquement de revenir sur l’issue du scrutin. Dimanche, quelques heures après l’attaque de sa résidence, il dénonçait une tentative de coup d’Etat «par des citoyens mal intentionnés et hostiles à la démocratie», demandant à la poupulation de «respecter sans ambiguïté le verdict des urnes». L’élection avait été saluée par les observateurs internationaux pour son bon déroulement.

Le pays est aussi gangréné par le narco-trafic. En novembre dernier, la communauté internationale avait financé l'ensemble du processus électoral en souhaitant l'établissement d'«un gouvernement stable». Elle souhaitait renforcer l'Etat de droit dans ce pays considéré par l'ONU comme «un point clef d'entrée» en Afrique de la cocaïne sud-américaine en transit vers l'Europe.

Coups d'Etat en série
«C'est dramatique de constater qu'en l'espace de si peu de temps, nous enregistrons un troisième coup d'Etat en Afrique de l'Ouest. C'est un signe extrêmement inquiétant», a déploré Jean Ping, le président de la Commission de l'Union africaine (UA), en référence aux coups d'Etat militaires en Mauritanie et en Guinée en 2008.

«Il y a donc lieu de prendre toutes les dispositions nécessaires en vue de prévenir ce genre de situation. L'UA s'y emploie parce que nous constatons que les coups d'Etat que nous croyions révolus reviennent», a-t-il ajouté. Lors du dernier sommet de l'UA en février, les chefs d'Etat et de gouvernement ont adopté une décision «sur la résurgence de la tendance des coups d'Etat en Afrique.» Des sanctions pourraient être notamment prises bientôt contre la Guinée Conakry, comme cela a été le cas contre la junte mauritanienne.

«La question de fond, c'est que quelle que soit la transparence des élections en Guinée-Bissau, en Mauritanie et en Guinée Conakry, tant qu'il n'y a pas une réforme de l'armée dans ces trois pays, on continuera à construire sur du sable», a estimé Alioune Tine, président de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho).

Publié dans L'AFRIQUE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article