Centrafrique : le difficile processus de reconstruction nationale (ANALYSE)

Publié le par xinhuanet

YAOUNDE, 28 février (Xinhua) -- Deux mois seulement après la  tenue des travaux du dialogue politique inclusif ayant rassemblé  leaders politiques, chefs rebelles et représentants de la société  civile à Bangui, capitale centrafricaine, du 8 au 20 décembre 2008, le régime du président François Bozizé est confronté à de  nouvelles man'uvres de déstabilisation de l'opposition armée. 

     Dans la nuit du 12 au 13 février, les rebelles de la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP), un groupe armé  actif dans le nord-ouest de la République centrafricaine (RCA),  avait mené un raid contre une ville de cette région, Bossembelé, à 160 km de Bangui.  

     Le 20 février, c'était au tour du Front démocratique du peuple  centrafricain (FDPC) du général Abdoulaye Miskine de mener une  incursion dans la ville de Batangafo, à 500 km au nord de la  capitale, contre une position des Forces armées centrafricaines ( FACA), une attaque qui a provoqué des déplacements de populations  et pillages.  

     Cinq jours plus tôt, ce mouvement avait publié avec un autre  groupe armé, le Mouvement des libérateurs centrafricains pour la  justice (MLCJ) du capitaine Abakar Sabone, un communiqué conjoint, annonçant leur intention de reprendre les armes contre le pouvoir  de Bangui, suite au refus du président Bozizé d'appliquer les  accords de paix conclus avec ses adversaires et les  recommandations du dialogue politique inclusif.  

     "Devant le refus du général Bozizé de respecter les différents  accords signés, les résolutions adoptées à Bangui au mois de  décembre, le FDPC et le MLCJ, se trouvent désormais devant une  situation qui ne laisse d'autres choix que de reprendre la lutte  armée", mentionnait le communiqué des deux organisations rebelles.  

     "Depuis la signature des accords, poursuivait le texte, le MLCJ n'a jamais bénéficié des Primes générales d'alimentation (PGA) aux soldats, alors que l'APRD et l'UFDR en ont bénéficié. Le MLCJ ne  se reconnaît pas dans la nomination de Jean-Jacques Démafouth au  poste de vice-président du comité de pilotage de DDR, décidée à  Libreville sans notre avis".  

     L'Armée populaire pour la restauration de la démocratie (APRD)  et l'Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR)  sont des mouvements rebelles.  

     Forum sur la paix et la réconciliation nationale, le dialogue  politique inclusif initié par le chef de l'Etat centrafricain,  avec le soutien des Nations Unies, visait à panser les plaies des  crises à répétition qui minent l'évolution de la RCA, en vue de la reconstruction du pays, l'un des plus pauvres de la planète, dont  le gouvernement peine à payer les salaires des fonctionnaires.  

     Coordonnée par l'ancien président burundais Pierre Buyoya et  parrainée par le chef de l'Etat gabonais Omar Bongo Ondimba, il  avait été marqué par le retour en RCA de l'ancien président Ange- Félix Patassé, en exil au Togo, ainsi que des chefs rebelles  Abdoulaye Miskine, Jean-Jacques Démafouth et Abakar Sabone,  également en exil.  

     Parmi ses recommandations, cette rencontre avait décidé la  formation d'un gouvernement d'union nationale. Mais celui  communiqué le 20 janvier par François Bozizé a provoqué des  grincements de dents au sein de la classe politique centrafricaine, dont certains acteurs comme l'ancien Premier ministre Martin  Ziguelé ont accusé le chef de l'Etat d'avoir privilégié sa propre  famille politique.  

     Pour justifier leur attaque, les rebelles de la CPJP avaient  également réclamé "l'application stricte et pleine des  recommandations adoptées par tous" au terme du dialogue politique  inclusif.  

     "Le pouvoir politique centrafricain fait face à des contraintes qui s'exercent sur lui à l'intérieur même de ce qu'on appelle la  boîte noire et qui rendent difficile l'adoption automatique des  résolutions issues du dialogue politique inclusif", a affirmé à  Xinhua le Pr Joseph Vincent Ntuda Ebodé, géostratège et chef du  Centre de recherche et d'études politiques et stratégiques de  l'Université de Yaoundé II, au Cameroun, pays voisin de la RCA.  

     "Lorsqu'il lit les déclarations des rebelles qui viennent  d'attaquer à deux reprises certaines localités du pays, il est  indiqué que le pouvoir n'aurait pas respecté les engagements pris  lors du dialogue. Mais, une autre lecture est aussi possible:  c'est de considérer qu ces groupes armés veulent faire pression  sur le pouvoir à un moment où celui-ci se prépare à prendre des  décisions", a-t-il ajouté.  

     En clair, a-t-il précisé, l'objectif des rebelles  centrafricains est de "montrer aux autorités de Bangui que la paix est impossible si ces groupes, dans la nouvelle répartition des  compétences politiques, n'étaient pas suffisamment pris en compte. Il s'agit donc d'une sorte d'appel de pied, des interpellations au pouvoir en place".  

     Annonçant l'attaque du 20 février des rebelles du FDPC, le  ministre de la Défense, Jean Francis Bozizé, avait en effet  souligné que "ces agissements qui viennent encore compromettre  tout effort de relance économique sont révélateurs d'une volonté  affichée de perturber durablement le processus de paix engagé".  

     En février 2007, ce mouvement avait signé avec le gouvernement  un accord de paix, mais il avait refusé de signer l'accord global  de paix de juin 2008 conclu à Libreville au Gabon par le pouvoir  et plusieurs groupes armés. Il n'a pas non plus participé au  dialogue politique inclusif. En novembre, il avait mené une  attaque contre Kabo, ville voisine de Batangafo, qui avait fait 11 morts.  

     A la tête d'un pays aux caisses vides, dont tous les espoirs  reposent sur les financements promis par les bailleurs de fonds à  l'issue de l'atteinte attendue du point de l'initiative PPTE (pays pauvres très endettés) de la Banque mondiale, François Bozizé, au  pouvoir depuis mars 2003 à la faveur d'un coup d'Etat contre Ange- Félix Patassé, a-t-il vraiment les coudées franches?  

     Selon Ntuda Ebodé, "la Centrafrique, à la différence des autres pays de la sous-région qui vivent des moments difficiles, présente cette originalité que c'est le seul pays où l'Etat est vraiment  dans l'incapacité d'entretenir sa propre fonction publique (...)  Et cela pose donc tout naturellement le problème de la capacité de l'Etat centrafricain à honorer les engagements pris vis-à-vis des  forces physiques et militaro-politiques".

Publié dans ACTUALITES NATIONALES

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article