Lonseny Fall écourte sa mission en RCA

Publié le par Radio-Kankan

La rumeur circulait depuis un certain temps et puis elle est devenue de plus en plus persistante. Maintenant il ne fait plus de doute, M. François Lonseny FALL, Représentant du Secrétaire Général des Nations Unies devrait quitter et ses fonctions et la République Centrafricaine à la fin du mois, mais sans précision sur la date.

L’homme a une très bonne réputation: Selon notre consoeur de la BBC qui était un peu au parfum des indiscrétions des couloirs des Nations Unies à New York, dès l’avènement des jeunes officiers au pouvoir en Guinée (Conakry), la junte aurait demandé au Secrétaire Général Ban Ki Moon de libérer François Lonseny FALL de ses fonctions de Représentant en Centrafrique pour une nouvelle mission dans son pays. M. François Lonseny FALL qui avait occupé les fonctions de Ministre des Affaires étrangères puis de Premier Ministre dans son pays, avait fait preuve d’un courage exceptionnel en démissionnant de son poste ; ce qui est plutôt rarissime en Afrique où les personnalités politiques n’ont pas l’habitude de démissionner en face de la nourriture facile, comme le dirait le comédien camerounais John K. Moctoy. En bravant ainsi feu le Président Lansana Conté au lieu de continuer une mission qui le couvrirait de ridicule, M. François Lonseny FALL avait suscité l’admiration de nombreux de ses compatriotes guinéens qui ont reconnu en lui la réputation d’un homme rigoureux au travail et intègre dans la gestion de la chose publique.  C’est cet homme discret, fin négociateur et perspicace dans la résolution des crises que le Secrétaire Général des Nations Unies Ban Ki Moon avait choisi en 2007 pour assurer la relève du Général lamine Cissé à un poste de Représentant Spécial auprès du Bureau des Nations Unies en Centrafrique (BONUCA), considéré comme délicat compte tenu de la situation du pays.

Au départ, une personnalité controversée

M. François Lonseny FALL prend ses fonctions au moment où seuls deux mouvements politico-militaires avaient signé des Accords de paix ave le Gouvernement. Il s’agit du Front Démocratique du Peuple Centrafricain (FDPC) de Martin Koumtamadji, alias Abdoulaye Miskine, le 1er février 2007 et de l’Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement (UFDR) de Zacharia Damane.

L’Armée Populaire pour la Restauration de la Démocratie (APRD) de Djim Wéi, ne faisant pas confiance aux autorités, avait refusé tout accord parcellaire. Malgré l’appel solennel de Bocaranga, lancé par le Président François Bozizé en direction de l’APRD, le mouvement demeurait intransigeant. A cette époque, l’ombre du Dialogue politique inclusif se dessinait déjà, mais le mouvement de Djim Wéi n’était pas partie prenante, ce qui embarrassait énormément le Gouvernement. Contre toute attente, M. François Lonseny FALL réussit à nouer des contacts avec l’état-major militaire de l’APRD. Il prit contact discrètement avec les Chefs militaires du mouvement et recueillit leurs exigences. Cette rencontre du Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies avec les Chefs militaires de l’APRD dans leur bunker de Paoua avait soulevé la colère des autorités centrafricaines qui n’avaient pas admis la discrétion mise en œuvre par M. Lonseny FALL pour une rencontre avec les rebelles de l’APRD. Mais le diplomate onusien, ne suivant que sa feuille de route, tient un point de presse et fait état des exigences de la rébellion de l’APRD. Cette rencontre BONUCA/APRD fut un tournant important dans la crise centrafricaine.

L’APRD revient à de bons sentiments

L’Armée Populaire pour la Restauration de la Démocratie (APRD), prenant conscience, tient un congrès de ses Chefs militaires et désigne Jean-Jacques Demafouth, ancienn Ministre de la Défense du régime Patassé pour la direction politique du mouvement. Le Gouvernement pousse un soupir de soulagement, car il a dorénavant en face de lui un interlocuteur avec lequel il peut dialoguer. L’action discrète de M. François Lonseny FALL, au début critiqué par le Gouvernement, vient de porter ses fruits. La logique de la paix avec l’APRD commence à se dessiner. Le mouvement rebelle, qui s’était refusé de prendre part au Comité préparatoire du Dialogue politique inclusif, fait une ouverture et désigne son représentant au sein de cet organe. C’était pratiquement tard, mais mieux vaut tard que jamais. Sous l’égide du BONUCA et du Chef de l’Etat gabonais, le Médiateur de l’espace CEMAC pour la crise centrafricaine, des négociations de paix sont organisées entre le Gouvernement et l’APRD à Libreville au Gabon qui aboutiront à l’Accord de paix du 9 mai 2008. Cet accord avec l’APRD prévoit un cessez-le-feu et un cantonnement des combattants de l’APRD. Ces accords parcellaires ont été regroupés en un seul appelé Accord de paix global de Libreville, signé par l’APRD, l’UFDR et le Gouvernement à Libreville le 21 juin 2008. Le diplomate onusien dont les déclarations sont assez rares a ainsi réussi à faire sauter un goulot qui entravait la marche vers la paix.

Artisan des Accords de Libreville

Une grave crise éclate en août 2008 avec les projets de loi d’amnistie jugés partisans par l’opposition démocratique et les mouvements rebelles, notamment l’APRD et le FDPC. La situation paraissait bloquée car certaines entités avaient gelé leur participation au processus du Dialogue politique inclusif. En somme, la question des projets de loi d’amnistie n’est venue qu’accentuer celle de la composition du Comité d’organisation du Dialogue politique inclusif, mis en place en juin 2008, qui avait fait l’objet de passe d’armes verbale entre le pouvoir et les partis regroupés au sein de l’Union des Forces Vives de la Nation (UFVN). Artisan des différents Accords de paix de Libreville, M. François Lonseny FALL s’est employé à ramener les différents protagonistes à la raison. Ainsi s’est tenue la première réunion du Comité de Suivi de l’Accord de paix global en septembre 2008, qui a provoqué la baisse de la tension. Mais le vote de la loi d’amnistie par l’Assemblée nationale et sa promulgation par le Président de la République ont provoqué un véritable tollé de la part de l’APRD et de l’UFVN. Cette nouvelle a créé la préoccupation de la communauté internationale qui a lancé un appel à la retenue. L’activité diplomatique a conduit à la deuxième réunion du Comité de Suivi de l’Accord de paix global. Un Comité a été mis en place pour l’étude des modalités du désarmement, démobilisation et réinsertion. Le chemin a été balisé et plus rien ne s’opposait à la tenue du Dialogue politique inclusif. Pour résoudre la question de la composition du Comité préparatoire des assises, M. François Lonseny FALL et certains leaders des entités contestataires, ont rencontré le Ministre Cyriaque Gonda, en charge du Dialogue, pour aplanir les dernières divergences.

Il avait encore beaucoup à faire

En novembre 2008, le Chef de l’Etat, le Général François Bozizé convoque une rencontre au Palais de la Renaissance. En présence de tous les corps constitués de l’Etat, des partis politiques, des diplomates accrédités en République Centrafricaine, de la société civile et des politico-militaires, le Chef de l’Etat use de transparence et résout séance tenante la question de la composition du Comité d’organisation du Dialogue politique inclusif. Faisant d’une pierre deux coups, il annonce officiellement la date de la tenue des Assises. Chaque entité devra s’atteler à préparer le forum pour qu’il soit un succès et le Dialogue politique inclusif l’a été. Toutes les entités y étaient représentées. Profitant de leur présence à Bangui, certains mouvements politico-militaires, notamment le Mouvement des Libérateurs Centrafricains pour la Justice (MLCJ) d’Abakar Sabone et l’Union des Forces Républicaines (UFR) de Florian Ndjadder ont signé des Accords de paix avec le Gouvernement et ont adhéré par la même occasion à l’Accord de paix global de Libreville. En une année et demie, M. François Lonseny FALL a connu une activité intense. Non seulement il a pris une part très active au retour de la paix en Centrafrique mais il s’est également investi à la restructuration du Bureau des Nations Unies en Centrafrique (BONUCA) afin de régler l’épineuse question des licenciements abusifs et du traitement des cadres centrafricains par une vision claire. Le départ prématuré de M. François Lonseny FALL laisse l’impression d’une mission inachevée car le processus du désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) devait rentrer dans sa phase active. Qui prendra la relève de cette épineuse question ? Un ami, un avocat et un défenseur des causes d’un pays - qui se remet petit à petit de ses traumatismes- quitte la République Centrafricaine alors qu’il ya encore beaucoup à faire.

Dinawade Mokambo Junior
Source: Le Confident (Bangui), n°2068 du 24 février 2009, p.4-5

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