Dans l'est de la RDC, les troupes de Kigali traquent les rebelles hutu rwandais

Publié le par Le Monde

Le ciel est bas, les villages vides. A l'aube, les rebelles hutus rwandais ont abandonné leurs dernières positions du Masisi, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC). Ils ne devancent que de douze heures de marche leurs poursuivants, les soldats de l'armée rwandaise. Ces derniers sont entrés sur le territoire congolais le 20 janvier pour lancer, avec les forces de Kinshasa, une opération contre les rebelles hutus des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), installés depuis quinze ans dans l'est du pays.
L'opération se mène à pied, sur des pistes perdues, avec des objectifs éparpillés sur des dizaines de milliers de kilomètres carrés. Mais déjà, la zone du Masisi, bastion historique des rebelles, est en train de tomber et le départ des FDLR ressemble plus à une débandade vers le sud qu'à un repli tactique. Près de Peti, caché dans les collines, se trouvait l'un des principaux centres de commandement des FDL L'arrivée des troupes rwandaises a poussé devant elle, pêle-mêle, les rebelles et la population locale au sein de laquelle ils vivaient.

Pour la première fois depuis quinze ans, les rebelles hutus ne coucheront pas ce soir à Pinga, à Peti ou dans les villages qui s'étendent sur une cinquantaine de kilomètres de piste boueuse. A Kilembe, une poignée d'habitants pataugent dans l'eau qui tombe à flots et commentent, interloqués, le départ des FDLR. Des paysans passent, éreintés, transis et affamés.

Depuis des semaines, la plupart vivent en brousse, abrités seulement par les arbres, terrorisés à l'idée d'être pris pour cible par l'armée rwandaise en raison de leur proximité, forcée ou pas, avec les rebelles. Pourtant, les troupes du Rwanda (plus de 5 000 hommes), ont évité de tuer des civils.

Les forces congolaises théoriquement associées ne sont visibles nulle part. Seules les troupes rwandaises entrent à marche forcée dans les terres les plus reculées. Les rebelles hutus, récemment, ont perdu leurs derniers alliés sur place.

A Kilembe, le major Paluku Mutumpwila, commandant local du groupe maï-maï Mongol (guerriers traditionnels), flasque d'alcool de banane en main, tente de tirer un trait sur des années de coopération avec les FDLR. Alors que les Mongol se disaient encore ennemis du Rwanda en janvier, le ton a changé. L'arrivée des Rwandais ? "Quand ils sont passés, j'ai dit : "Bonjour, poursuivez votre travail, merci. Nous sommes fatigués de la guerre"", résume le major Mutumpwila, sous la pluie qui tombe sur son "bureau" depuis le toit troué.

"TOUS LES SERPENTS MORDENT"

Curieuse relation que celle de la population locale avec les FDLR. Aux confins du Masisi, région fertile et difficile d'accès, les Hutus congolais ont accueilli les Hutus rwandais en 1994 avec un mélange de crainte et de solidarité. "Au début, ils nous ont dit qu'ils allaient nous dominer par les balles. Puis ils se sont adoucis. Ils ont pris nos femmes, par mariage ou par copinage. Ils ont quand même laissé de bons souvenirs", murmure un notable de Pinga. En quinze ans de cohabitation, cette ambiguïté s'est souvent muée en impression de vivre sous occupation. "Je ne vois pas de différence entre eux. Tous les serpents mordent", s'écrie une femme de Pinga.

Plus au sud, dans la région de Walikale, Alexandre Bamongo, mwami (roi) de la région de Luberike, ne s'embarrasse pas de formules. Il est bien placé pour savoir comment les rebelles hutus rwandais se sont installés en force dans sa région. Confirmant les informations d'autres sources, il décrit le système d'exploitation mis en place par les rebelles hutus. Taxes sur les cultures, la pêche, la chasse, contrôle du secteur des mines... Dans les régions sous leur contrôle, les FDLR ont mis la main sur des pans entiers de l'économie locale. Les commerçants ont été chassés ou intimidés, les paysans dévalisés.

"Nous, on cultive. Eux viennent récolter. Une famille qui nourrissait cinq personnes avec son champ se retrouve avec des invités indésirables qui viennent la ravir", dit le mwami. Il ajoute : "Les viols, les assassinats, c'était monnaie courante."

Dans le Masisi, tout ceci a brusquement cessé. Est-ce la fin des FDLR ? Une source proche, d'abord dans le maquis puis comme médiateur, en est persuadée : "C'est le sauve-qui-peut. Ils savent que c'est terminé. Il y a de nombreux combattants qui ne pouvaient pas fuir qui voient l'occasion de déserter." Le processus, sous l'égide de l'ONU, de démobilisation pour leur rapatriement a enregistré plus de cent arrivées de combattants des FDLR en quelques jours. C'est peu en comparaison des effectifs complets : entre 6 000 et 8 000 hommes, selon les spécialistes.


Jean-Philippe Rémy
Article paru dans l'édition du 07.02.09

Publié dans L'AFRIQUE

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