Dans les grands défis d'Obama, il y a aussi l'Afrique

Publié le par Rue89

Barack Obama vient d’emménager à la Maison-Blanche et trouve bon nombre de dossiers chauds auxquels il devra s’attaquer avec force et intelligence en même temps. Si l’investiture du premier afro-américain reste indiscutablement un événement historique, le nouvel homme fort américain a du pain sur la planche :

  • Crise financière. Le nouveau président américain doit faire face à la plus grave crise depuis la Grande Dépression de 1929. Les regards de ses électeurs et ceux de tous les américains sont tournés vers lui.

    A la veille de son investiture, il a lancé un nouvel appel à la patience et au courage. Barack Obama s’est engagé à remettre en marche l’économie à travers son plan de relance de 850 milliards de dollars sur deux ans mais le problème est que demeurent, au sein de son équipe, d’anciens acteurs impliqués dans la déroute actuelle du système financier. Pas rupture donc dans la gestion actuelle du problème.

  • Irak. Le désengagement d’Irak, Barack Obama en a plusieurs fois fait mention pendant la campagne et a confirmé son intention de lancer un retrait progressif des troupes américaines lors de son discours d’investiture.

    Dans la seule journée de mercredi 21 janvier 2009, il a publié cinq ordres exécutifs et plusieurs mémorandums allant dans le sens du "désengagement de l’armée américaine de façon responsable". Rien n’est dit en revanche au sujet de l’’après occupation, sachant que le gouvernement installé par les américains après la chute de Saddam Hussein ne contrôle rien et que l’armée américaine a semé le chaos dans ce pays, prétextant la présence d’armes de destruction massive qu’elle n’a jamais trouvé.

  • Afghanistan. S’il a l’intention de retirer les troupes américaines d’Irak, le nouveau shérif américain compte envoyer 20 000 soldats supplémentaires en Afghanistan.

    Le mouvement des talibans, soutenu par la tribu des Pachtounes, considérée, avec ses 40 millions de ressortissants entre Afghanistan et Pakistan, comme la plus grande tribu au monde dépourvue d'État, contrôle 70% du territoire afghan. L’envoi de soldats supplémentaires en Irak ne risque-t-il pas d’embraser la région et étendre la guerre sur le Pakistan qui sert de base arrière aux talibans? Si tel est le cas, l’image d’homme de paix qu’incarne Barack Obama ne risque-t-elle pas de prendre un coup?

  • Proche-Orient. Alors que de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer son silence face aux violences et aux raids israéliens sur la bande de Gaza, Barack Obama s’est déclaré prêt à s'engager activement, dès le début de son mandat, en faveur d'un règlement du conflit et à œuvrer à la consolidation du cessez-le-feu entre le Hamas et Israël.

    Le nouveau locataire de la Maison-Blanche s’est entretenu tour à tour avec Mahmoud Abbas, le chef de l'Autorité palestinienne, Ehoud Olmert le premier ministre israélien mais également avec le roi Abdallah de Jordanie et le président égyptien, Hosni Moubarak. Barack Obama aura-t-il le courage d’aller à l’opposé de la position traditionnelle américaine qui consacre un soutien indéfectible à Israël?

  • Afrique. Comités de soutien et blogs ont vu le jour sur le continent. Nombreux sont les Africains espérant que l’arrivée d’un Noir à la Maison-Blanche va apporter un changement positif dans les relations entre les Etats-Unis d’Amérique et le continent africain.

    Dans plusieurs cas, il est apparu qu’aux yeux des Etats-Unis, la république bananière est l'idéal en matière d'indépendance et de souveraineté sur le continent africain. Le pouvoir en Afrique est détenu par une bourgeoisie qui ne représente en rien le peuple et ses aspirations, mais qui agit plutôt en représentante locale des intérêts des multinationales qui les rémunèrent en leur laissant les miettes du festin.

    La prise en main de la machine américaine par Barack Obama changera-t-elle cette donne? Ira-t-il toucher aux intérêts de ceux qui gagnent à ce que l’Afrique reste le dernier de la classe au concert des nations?

Barack Obama a clairement plusieurs défis à relever, le premier étant de passer après plusieurs années de pouvoir Bush. Il devra tenir compte des espoirs de ses électeurs et du regard de ses nombreux supporters. Toutes ces attentes et espoirs n’engendreront-ils pas une « bulle Obama » prête à éclater ?

Dessin de Luba (Congoblog.net)

Illustrations: dessins de Patou Bomenga et de Luba (Congoblog.net).

Publié dans LE MONDE

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