Guinée : interrogatoires d'anciens dignitaires et de PDG sur leur gestion

Publié le par Afp

CONAKRY - Une vingtaine de PDG de sociétés et d'anciens hauts responsables de l'Etat guinéen ont été soumis jeudi à des interrogatoires sur leur gestion de certains fonds, dans un camp militaire où ils avaient été sommés de se rendre par la junte au pouvoir depuis le 23 décembre, a constaté l'AFP.

Reparties libres du camp Alfa Yaya Diallo de Conakry, la plupart de ces personnalités n'ont pas dit un mot aux journalistes après être passées, les unes après les autres, devant le "comité d'audit et de surveillance des secteurs stratégiques de l'économie nationale", présidé par le général Sékouba Konaté.

L'ex-ministre des Finances Ousmane Doré a ainsi été sommé de s'expliquer à propos du budget consacré au 50e anniversaire de l'indépendance, en 2008.

Selon une source militaire, M. Doré avait été arrêté mercredi à la sortie de la capitale et placé en détention dans le camp.

L'ancien ministre, soumis à un interrogatoire de plus d'une heure mené par un agent judiciaire de l'Etat, est finalement reparti libre du camp jeudi après-midi, a constaté l'AFP.

"En réalité, pour le cinquantenaire, il n'y a absolument pas eu détournement d'argent", a déclaré M. Doré à la presse, à sa sortie.

Il a néanmoins évoqué le fait que la Guinée avait compté sur "des contributions des donateurs de pays amis" pour financer les festivités, mais que "malheureusement, certaines personnalités avaient dû empocher les contributions reçues à l'étranger sans les reverser à la commission du cinquantenaire". "Moi je ne gérais pas ces comptes, je n'ai absolument rien à me reprocher", a-t-il ajouté.

Au nombre des personnalités interrogées, a figuré l'ancien "patron des patrons" El-Hadj Mamadou Sylla, PDG de Futurelec holding, qui avait fait fortune très rapidement sous le régime du défunt président Lansana Conté (décédé le 22 décembre) dont il était très proche.

Fin 2006, Lansana Conté s'était rendu en personne dans la prison civile de Conakry pour faire libérer M. Sylla après son incarcération "pour détournement de deniers publics".

La junte avait convoqué M. Sylla jeudi en évoquant les sommes suivantes: "22 millions de dollars au titre de la surfacturation aux dépens de l'Etat et 16 milliards de francs guinéens (3,2 millions de dollars) au titre de bons de caisse du Trésor public".

La commission a également entendu les représentants de deux sociétés minières - la Compagnies des bauxites de Kindia (CBK) et Alumina company of Guinea (ACG), détenues par la compagnie russe Rusal - convoqués pour des dizaines de milliards de francs guinéens "au titre du redressement fiscal".

Le 27 décembre, le capitaine Moussa Dadis Camara, président autoproclamé de la Guinée, avait dénoncé les "grands détournements" de fonds opérés durant le régime de Lansana Conté (1984-2008), en affirmant que "toute personne coupable de détournements" serait "châtiée".

Publié dans L'AFRIQUE

Commenter cet article