CPI : le procureur détaille la campagne de terreur de M. Bemba en Centrafrique

Publié le par Le Monde

Dans le box des accusés de la Cour pénale internationale (CPI), Jean-Pierre Bemba, encadré d'officiers de sécurité qui, cette fois, ne sont pas à sa solde, semble à l'étroit. Le chef du Mouvement pour la libération du Congo (MLC), mouvement rebelle créé en 1998 dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), aujourd'hui principal parti d'opposition congolais, comparaît depuis le 12 janvier devant la CPI.

Arrêté à Bruxelles le 24 mai 2008, Jean-Pierre Bemba (46 ans) est incarcéré à la prison de la CPI, à La Haye (Pays-Bas). Le procureur demande aux juges sa mise en accusation pour des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre, commis par ses hommes en République centrafricaine, voisine de la RDC, entre le 25 octobre 2002 et le 15 mars 2003.

Jean-Pierre Bemba, fils de la nomenklatura mobutiste formé dans les meilleures écoles de Belgique, avait envoyé ses hommes soutenir le président centrafricain de l'époque. Ange-Félix Patassé était alors aux abois, tandis que progressait vers sa capitale une rébellion, dirigée par l'actuel chef de l'Etat, François Bozizé.

Pour l'accusation, il s'agit d'établir la preuve que les troupes du MLC ont lancé en Centrafrique une campagne de terreur sur "ordre" de leur chef, Jean-Pierre Bemba. Celui-ci, absent du théâtre des opérations, "communiquait quotidiennement" avec ses officiers, décidé à protéger coûte que coûte son allié, Ange-Félix Patassé.

Ce dernier, finalement renversé en 2003, était pour le procureur le coauteur d'un plan selon lequel M. Bemba devait contrôler une région entre les deux pays afin d'y poursuivre des trafics transfrontaliers, notamment de diamants, tout en garantissant la défense du pouvoir centrafricain. M. Patassé ouvrait quant à lui les portes de Bangui au MLC, et veillait à la logistique.

Des dizaines de témoignages de victimes étayent le dossier du procureur, saisi par le président Bozizé fin 2004. Si Jean-Pierre Bemba est mis en accusation, ils viendront devant la cour narrer la campagne de terreur menée par les hommes du MLC. En attendant, le procureur a lu plusieurs de ces témoignages, dont celui du témoin "numéro 23", qui a raconté en termes très durs comment il avait été "sodomisé par trois soldats, pendant quatre heures", avant que sa propre femme soit violée à son tour. L'accusation tentera de démontrer le caractère systématique de ces viols.

Pour ses quatre avocats, Jean-Pierre Bemba avait envoyé des troupes soutenir un pouvoir élu, menacé par des rebelles. De plus, les hommes du MLC auraient opéré en renfort de l'armée loyaliste, et donc placés sous l'autorité du président Patassé.

L'accusation et la défense s'entendent sur un point : Ange-Félix Patassé manque à l'appel. S'il fait partie des cibles du procureur, il ne fait l'objet d'aucun mandat d'arrêt. Il est rentré en Centrafrique en décembre 2008 pour participer à une conférence de réconciliation.

Venus de Bruxelles, Paris et Kinshasa soutenir leur chef à La Haye, les partisans de Jean-Pierre Bemba dénoncent une "manipulation politique" dont le "chairman" serait l'objet.

Les juges disposent de soixante jours pour se prononcer. Pendant ce temps, Jean-Pierre Bemba restera en prison, où il côtoie l'ancien chef rebelle et ex-président libérien, Charles Taylor, dont le procès est en cours, et plusieurs chefs de milice de l'est du Congo.


Stéphanie Maupas
Article paru dans l'édition du 16.01.09

Publié dans JUSTICE

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