RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE : Sam Ouandja seule pour lutter contre le sida et l’abandon

Publié le par IRIN NEWS

SAM OUANDJA, 8 janvier 2009 (PlusNews) - En 2007, les habitants de Sam Ouandja ont vu arriver pour la première fois de leur vie une campagne de sensibilisation sur le VIH qui proposait le dépistage. Mais plus d’un an après, les personnes dépistées positives dans cette localité minière du nord-est de la République centrafricaine (RCA), proche de la frontière soudanaise, attendent toujours les services VIH/SIDA qui leur ont été promis.

De nombreux habitants se souviennent de cette opération, menée par le Conseil national de lutte contre le sida (CNLS), a raconté Issa Mohamed, président du Comité de gestion sanitaire (COGES) de Sam Ouandja.

« [Quelque 200 personnes] sont venues se faire dépister, on leur a donné leur résultat, parfois sans explications : comme beaucoup de gens sont analphabètes ici, ils sont allés demander à des voisins lettrés de lire leur résultat, donc tout le quartier a su qu’ils étaient séropositifs », a-t-il dit. « Ces gens n’ont reçu ni conseils, ni médicaments. Ils [le CNLS] ont dit qu’ils allaient revenir, mais ça fait plus d’un an et on attend toujours. Les gens ont l’impression d’avoir été abandonnés à eux-mêmes. ».

Ce sentiment d’abandon et la pénurie de services VIH/SIDA à Sam Ouandja, mais aussi dans les provinces centrafricaines de manière plus générale, le CNLS en est parfaitement conscient. La campagne nationale de sensibilisation, organisée dans 15 des 16 départements du pays – la Vakaga, dans le nord du pays, n’ayant pas été visitée en raison de l’insécurité -, avait justement pour but « de recueillir l’expression des besoins locaux par région », a expliqué Yacynthe Wodobode, coordinatrice nationale du CNLS.

« Chaque préfecture est maintenant équipée d’un centre de dépistage volontaire, mais il n’y a pas encore de conseils partout, et quand les résultats du test arrivent, le problème qui se pose de toute façon est la prise en charge par les traitements ARV [antirétroviraux] et pour les infections opportunistes », a-t-elle reconnu.

« Même lorsqu’un médecin prescripteur peut dispenser des ARV dans un hôpital préfectoral, il y a un problème de régularité des stocks », a-t-elle ajouté. « Dans plusieurs centres, les étagères étaient vides, les sanitaires ne marchaient pas »De nombreux hommes sont venus seuls de tout le continent africain pour chercher du diamant à Sam Ouandja Le taux de prévalence du VIH en RCA est l’un des plus élevés d’Afrique centrale, 6,2 pour cent selon les autorités. Le taux d’infection à Sam Ouandja n’est pas connu, mais la Haute-Kotto, le département dans lequel se trouve cette localité enclavée de quelque 20 000 habitants, née de l’exploitation des mines de diamants, affiche un taux de prévalence de 7,4 pour cent et se situe entre deux départements affichant des taux supérieurs à 10 et 13 pour cent.

« Les populations de Sam Ouandja sont hétéroclites », a noté M. Mohamed, du COGES. « Il y a beaucoup d’hommes seuls venus de tout le continent [africain] pour chercher du diamant, il y a aussi beaucoup de [travailleuses du sexe] ».

Une situation inquiétante

En dépit de ces risques face au VIH, les seules possibilités de dépistage et de traitement pour les habitants de Sam Ouandja se trouvent à Bria, au sud, et Birao, au nord, des villes situées à plusieurs centaines de kilomètres de là. Or d’une part, le trajet vers ces villes, par une mauvaise piste, est long et coûteux, jusqu’à 25 000 francs CFA (52 dollars), et d’autre part cette piste est de toute façon impraticable pendant plusieurs mois par an, en saison des pluies, Sam Ouandja étant alors accessible uniquement par petit avion.

Pourtant, les cas de VIH/SIDA sont sans aucun doute nombreux dans cette localité poussiéreuse, qui héberge également un site de quelque 3 000 réfugiés soudanais du Darfour, ont constaté les personnels médicaux d’International medical corps (IMC), l’une des deux seules organisations humanitaires travaillant à Sam Ouandja, et qui gère l’unique hôpital de la ville.

En l’absence de services de dépistage, les soupçons des équipes médicales sont fondés sur des signes cliniques de l’infection au VIH. Le nombre assez élevé de cas de tuberculose, la première infection opportuniste liée au VIH/SIDA, suscite leur inquiétude.

En l’absence de confirmation de l’infection par un test et de traitements, le problème qui se pose aux soignants est de savoir s’ils doivent informer les patients de leurs doutes. « On a de nombreux cas de zona [une affection cutanée très répandue parmi les personnes immunodéprimées], chez les femmes comme chez les hommes. Quand on voit cela, on peut suggérer aux patients [qu’ils sont peut-être infectés] : certains écoutent, mais d’autres sont mécontents », a dit Rosalie Mandché, sage-femme de l’hôpital. « Tout ce qu’on peut faire, c’est traiter les infections [opportunistes] et donner des conseils ».

Les conséquences de l’infection sont souvent fatales pour des populations rendues particulièrement fragiles par la malnutrition et les maladies hydriques liées à la rareté de l’eau potable.

« Depuis juillet [2008], on a eu quatre cas de décès liés à des suspicions de VIH/SIDA chez des enfants malnutris », a dit Félicien Djamby-Sangui, assistant nutritionniste du Centre nutritionnel thérapeutique, également géré par IMC dans l’enceinte de l’hôpital. « On peut soigner la malnutrition, mais si on ne sait pas ce qui en est à l’origine… ».

Obtenir l’engagement du gouvernement

Pour tenter d’enrayer, malgré tout, la propagation de l’épidémie dans la zone, l’IMC a commencé à mettre en place quelques initiatives, avec le soutien de bailleurs de fonds comme le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP).

Des agents communautaires ont été formés sur la sensibilisation au VIH et se rendent dans les quartiers, a expliqué le docteur Kossingou Niva, responsable d’IMC à Sam Ouandja. Des préservatifs sont distribués au cours de ces visites de quartier, tandis que des stocks sont disponibles à l’hôpital.

L’hôpital dispose également de quelques ARV, financés par l’UNICEF, qui sont prescrits notamment aux femmes enceintes dans le cadre de la prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant, lorsque leur séropositivité est prouvée – le problème restant le test qui permettrait de confirmer l’infection.

Il faudrait faire beaucoup plus, ont reconnu les personnels de santé de l’hôpital. Pour Guy Yogo, chef de mission IMC en RCA, lancer un véritable programme pérenne de lutte contre le sida dans la zone nécessite cependant l’engagement des autorités, notamment pour permettre aux personnels médicaux d’effectuer sur place les différents tests VIH, afin de ne pas « mettre des gens sous traitement s’ils n’en n’ont pas besoin, et d’éviter le développement de souches résistantes [aux médicaments] ». Une nécessité que Mme Wodobode, du CNLS, n’a pas contesté. Pour elle, le manque de décentralisation des services VIH/SIDA est dû à plusieurs facteurs. Les problèmes rencontrés ces dernières années avec la gestion des financements du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme en RCA, ont considérablement retardé l’élargissement de l’accès à ces services dans les provinces, a-t-elle noté.

Elle a également insisté sur « la question de notre propre responsabilité nationale : les ministères ne disposent pas de tous les moyens [nécessaires], mais ils ne se donnent pas tous les moyens non plus », a-t-elle estimé. « Par exemple, il y a beaucoup de sida dans les zones minières [comme Sam Ouandja] : on pourrait réglementer pour qu’une partie [des ressources minières] reste sur place et aide à développer des services [VIH/SIDA] ».

En attendant, il faut déjà commencer à impliquer la société civile afin de garantir la pérennisation des actions contre le VIH/SIDA, a estimé Mme Wodobode. Mais à Sam Ouandja, il n’y a même pas d’association de personnes vivant avec le VIH, a rappelé M. Mohamed, du COGES.

« S’il y avait un système de regroupement, [les personnes vivant avec le VIH] pourraient être aidées, mais ce n’est pas le cas. Les gens sont là, tout seuls, en ville », a-t-il regretté. « Nous-mêmes, on ne sait pas comment sensibiliser, on n’a pas été formés. Il faut des mots pour parler du sida ».

Publié dans DROITS DE L'HOMME

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