Les Rencontres théâtrales de Bangui entre questions administratives et parti pris esthétique

Publié le par Africultures

Pour la huitième édition des Rencontres théâtrales de Bangui, l'Alliance Française de Bangui, organisé en association avec les centres culturels partenaires (Créa, Cisjeu, Espace Linga Téré, Centre Jean XXIII) sous le haut patronage du Ministère de la Jeunesse, des Sports, des Arts et de la Culture, a mis l'accent sur le développement de carrière des compagnies de théâtre et la réflexion scénographique. Le programme de formation des RTB a été soutenu par le service de la coopération et de l'action culturelle de l'Ambassade de France en République Centrafricaine.


Les Rencontres Théâtrales de Bangui 2008 se sont déroulées du 8 au 15 novembre avec au programme cinq compagnies de théâtre classique (AFAC, Kozo zo théâtre, Maboko, GJMAC) et quatre compagnies de théâtre humoristique (Assoungba système, les Perroquets, Kalangba théâtre, et les Conteurs de tout).

La manifestation a commencé le samedi 8 novembre par un mini festival d'ouverture avec trois parades partant du centre ville et conduisant le public jusqu'à l'Alliance française. Les humoristes et les marionnettistes ont alors fait vivre les jardins de l'AFB avant de laisser place à 18h30 à la pièce d'ouverture La parole jouée par la Compagnie Kozo zo théâtre devant un public de 280 personnes.

Le directeur de l'Alliance française, M. Stéphane Joly et l'animatrice culturelle, Jessica Oublié, aux côtés de M. Yapandé, chargé de mission au Ministère de la culture, ont profité de la cérémonie d'ouverture pour remettre aux compagnies concernées les prix de la Saison théâtrale 2008 en présence de M. le Consul de France et de l'Attaché culturel à l'Ambassade de France. Le prix du public a été délivré à la Compagnie TDH, le prix du meilleur comédien à Michel Ouedane et le prix de la meilleure pièce à la Compagnie Yecoebra pour la pièce Zérocrate.



Formations en administration et en scénographie


Cette huitième édition des RTB a été placée sous le sceau de la professionnalisation. En atteste la venue de deux formateurs, Tony Meffe administrateur de compagnie et directeur artistique de Scène Ebène association culturelle au Cameroun, et Freddy Mutombo, scénographe congolais du collectif Eza Possible.

Constatant les insuffisances en matière d'informations généralistes et spécifiques dans le domaine théâtrale, les deux formateurs ont mis en place des ateliers de recherche et réflexion qui ont permis aux compagnies d'avoir une meilleure approche de leur métier et de développer les grandes lignes d'un projet professionnel à venir et structurant.

Il est à noter une réelle participation à la formation en administration qui s'est déroulée du 3 au 15 novembre à l'Espace Linga Téré avec 10 administrateurs de compagnies (1 administrateur pour chaque compagnie des RTB et 1 administrateur extérieur). La formation en scénographique qui s'est tenue du 4 au 15 novembre à l'Alliance française a quant à elle compté quatre participants (3 comédiens de théâtre classique et 1 comédien de théâtre humoristique) souffrant sans doute de l'intérêt plus particulier qu'ont porté les compagnies aux questions de gestion financière.



Un contexte culturel complexe à prendre en compte


En effet, depuis les conflits de la fin des années 90 jusqu'au début des années 2000, les comédiens centrafricains et plus particulièrement les humoristes ont été très sollicités par les ONG pour faire de la sensibilisation auprès des populations défavorisées. Cette demande s'est accrue dans les années 2000 avec pour effet néfaste un manque de recherche esthétique et de mise en scène des pièces. La première difficulté à relever aujourd'hui pour un tel atelier est sans aucun doute la problématique de la lecture du texte et de sa présentation au public. La formation en scénographie a donc mis l'accent sur la manière de restituer un texte et de le traduire en forme simple dans le cadre d'un projet scénographique.

Au final, que ce soit d'un point de vue administratif ou encore scénographique, il demeure un vrai problème de culture à combler en Centrafrique. Pour que le théâtre fonctionne rappelle Tony Meffe "il y a un vrai équilibre à respecter dans l'énergie qu'une compagnie doit investir dans l'administratif et dans la création. L'administration amène l'artistique à s'inscrire dans un marché et l'artistique reste le premier visage d'une compagnie. Il y a donc encore un vrai effort de documentation à faire de la part de tous les acteurs du théâtre pour le faire émerger demain".



Temps fort : rencontre avec les Studios Kabakos du Congo RDC


Le vendredi 14 novembre, les RTB ont reçu, à l'Alliance Française, la visite de la compagnie Studios Kabako avec le spectacle Fratrie errante. M. Jean-Pierre Nsiala, premier conseiller à l'Ambassade de la République Démocratique du Congo, a exprimé devant un parterre de 212 personnes la fierté que connaît son pays à avoir vu grandir sur son sol Faustin Linkuyela, danseur et chorégraphe congolais de talent, qui a conduit la troupe Studios Kabako à se produire pendant un mois, durant une tournée sous-régionale, dans toutes les grandes villes de la CEMAC.

Cette rencontre avec les comédiens congolais a, entre autres, permis aux comédiens centrafricains de mieux comprendre le travail mené en atelier avec leurs formateurs. En effet, la mise en scène, la diction, la réflexion concertée sur un texte et son analyse, ainsi que l'expérimentation scénique et chorégraphique ont été les bases de la création de Fratrie errante. À travers elles, les comédiens en visite à Bangui ont insufflé aux comédiens centrafricains l'envie de renouer avec une réflexion qui était celle de leur théâtre dans les années 80 et qui a été abandonnée du fait des nombreux conflits militaro-politiques.



Un public réceptif


Les centres ont principalement accueilli un public gratuit avec une moyenne de 150 personnes par représentation pour l'Espace linga Téré, le Créa et le Cisjeu et 30 personnes pour le Centre Jean XXIII soit un total de près de 500 personnes pour les centres culturels partenaires. L'Alliance française peut se réjouir des 570 personnes venues successivement assister à ses quatre représentations.

Chaque soir, le village du festival, situé à l'Espace Linga Téré, a réuni une centaine de personnes autour de spectacles humoristiques et de débats sur la question du théâtre en Centrafrique.

La clôture des Rencontres théâtrales de Bangui 2008, le samedi 15 novembre à l'Espace Linga Téré, a été un réel succès qui a convié autour d'une atmosphère chaleureuse plus de 250 festivaliers.

Jessica Oublié

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