Maître Goungaye Wanfiyo laisse derrière lui un grand vide / Mort suspecte du président de la section FIDH en RCA

Publié le par Le Journal Chrétien - Pasteur évangeliste Paul Bwana

Nous même, lors de notre longue et détention arbitraire à Bangui en 2005 à la section recherches et investigations, « Sri », sous le fallacieux prétexte d’avoir attenté à la vie du président centrafricain, François Bozize. Nous n’avons eu la vie sauve notamment que grâce à l’intervention de cet illustre disparu qui nous avez été recommandé par l’Amnesty international. Ensemble avec son collègue défenseur des droits de l’homme, maître Brunot HYacinthe Gbiegba, président de l’action chrétienne de lutte contre la torture et la peine de mort, « Acat », nous recommandé également par Amnesty international, ils ont assuré courageusement notre défense.

Voir en ligne : Droits de l’homme

Parti à l’intérieur de son pays pour recueillir de nouveaux témoignages sur les cas avérés des violations des droits de l’homme perpétrés aussi bien par les hommes du Mlc de Jean Pierre Bemba que par ceux de l’ancien président de la Rca, Ange Patassé. Le samedi dernier tard dans la soirée, la population banguissoise a été traumatisée d’apprendre la triste nouvelle de la mort tragique de maître Goungaye Wanfiyo, président de la Ligue des droits de l’homme, section Centrafrique sur la route de Damara.

Tous les milieux centrafricains sont en émoi et plusieurs sont de ceux qui ne veulent pas toujours se rendre à l’évidence pour accepter le triste sort réservé à ce grand défenseur des droits de l’homme qui n’a jamais un seul instant reculé devant de cas de violations des droits de l’homme portés à sa connaissance et qu’il a toujours défendu avec acharnement en dépit d’intimidation du pouvoir en place.

Nous même, lors de notre longue et détention arbitraire à Bangui en 2005 à la section recherches et investigations, « Sri », sous le fallacieux prétexte d’avoir attenté à la vie du président centrafricain, François Bozize. Nous n’avons eu la vie sauve notamment que grâce à l’intervention de cet illustre disparu qui nous avez été recommandé par l’Amnesty international. Ensemble avec son collègue défenseur des droits de l’homme, maître Brunot HYacinthe Gbiegba, président de l’action chrétienne de lutte contre la torture et la peine de mort, « Acat », nous recommandé également par Amnesty international, ils ont assuré courageusement notre défense.

Accusé à tort et sur base de simples bulletins d’informations concoctés sournoisement par les services de l’ambassade du Congo Kinshasa à Bangui au motif d’être un agent à la solde de Jean Pierre Bemba. Nous sommes resté illégalement en détention de 2005 à janvier 2006 et tous nos effets saisis par ces services ne nous ont jamais été restitués à ce jour.

Plusieurs défenseurs des droits de l’homme se disent choqués par sa mort tragique qui laisse un grand vide dans la société civile de son pays et pourquoi pas de la sous région d’Afrique. Sa réputation avait déjà dépassée les limites de son centrafrique natal. Ce qui lui a valu l’estime de tous ces confrères du monde de défenseurs des droits de l’homme.

Pour lui rendre hommage, nous reproduisons ici les différents papiers publiés par de confrères offusqués par sa mort et qui nous sont parvenus.

Puisse le Seigneur Jésus Christ se souvenir de tous ses sacrifices consentis pour les milliers de sans voix qu’il a eu à défendre tout au long de son brillant mandat.

Compilation d’articles sur la mort de Me Maître Goungaye Wanfiyo

1. Publié par Prospert YAKA MAÏDE

Décès dans un accident de Me Goungaye Wanfiyo Bangui, 29 déc. (Acap)- Le président de la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme (LCDH), l’avocat Nganatouwa Goungaye Wanfiyo, a trouvé la mort dans un accident de la circulation survenu dans la nuit du 27 au 28 décembre à 55 km de Bangui, a annoncé la LCDH dans un communiqué publié dimanche.

Maître Goungaye revenait de Sibut (188 km), où il s’était rendu pour recueillir des témoignages pour préparer l’audience de la Cour Pénale Internationale (CPI) prévue début janvier et destinée à la confirmation des charges contre l’ancien vice-président de la République Démocratique du Congo, Jean-Pierre Bemba, a appris l’Acap, de sources proches des défenseurs des droits de l’Homme.

Selon les mêmes sources, le véhicule du président de la LCDH serait entré en collision avec un camion, tuant sur le coup Me Goungaye ainsi que deux femmes qui l’accompagnaient.

Dès l’annonce de la nouvelle, un groupe de défenseurs des droits de l’Homme et de journalistes s’est rendu dimanche sur les lieux de l’accident afin d’en comprendre les circonstances.

Au palais de justice de Bangui, les audiences prévues pour le 29 décembre ont été renvoyées au mardi 30 décembre pour permettre aux avocats d’aller présenter leurs condoléances à la famille de leur confrère.

Vue de l’épave du véhicule où se trouvait Me Goungaye Wanfiyo (photo Dr. N. Komas) Après le barreau de Grenoble, en France, Me Goungaye s’était installé à Bangui où il s’était illustré dans la défense acharnée des victimes des exactions commises par les troupes de Jean-Pierre Bemba en 2002 et 2003.

Président de la LCDH en 2003, il a récemment pris une part active aux assises du Dialogue Politique Inclusif (DPI), s’opposant notamment à la demande de démission du président Bozizé et soutenant le principe de la formation d’un gouvernement de transition au lendemain de ce forum.

2. Publié par Juliette Abandokwe - 28 décembre 2008

Maître Nganatoua Wanfio Goungaye a été tué dimanche matin 28 décembre 2008 tragiquement dans un accident de la circulation à Damara, à 75 km de Bangui. Joseph Bendounga, Président du M.D.R.E.C., alors qu’il était dans son champ, a appris la nouvelle par radio gendarmerie, et s’est rendu à la morgue de l’hôpital communautaire de Bangui où il a reconnu le corps. Monsieur Sony Léonard est en train de prendre des dispositions pour qu’une équipe se rende sur les lieux de l’accident accompagné par des gendarmes pour le constat d’accident et pour investiguer les circonstances de l’accident. Bangui est choqué. Car malgré que les circonstances exactes de sa mort n’aient pas encore été élucidée à l’heure qu’il est, nul ne doute un seul instant qu’il s’agit bien d’un assassinat. Président de la Ligue centrafricaine des droits de l’homme, avocat, et initiateur du Manifeste pour un Dialogue Politique véritablement Inclusif, il était le seul véritable représentant de la société civile centrafricaine. Interpellé de manière très agressive en septembre dernier, il avait été libéré le même jour par les autorités, faute de motif d’inculpation. Selon l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), des informations avait été reçues le 17 juin 2008, que M. Goungaye Wanfiyo avait été abordé dans la rue par un inconnu, qui l’avais informé que « quelque chose se tramait » contre lui et qu’il devait faire très attention à ce qu’il ne lui arrive pas la même chose qu’à Me Nicolas Tiangaye, ancien président de la LCDH, et Me Bandassa, faisant référence à l’attaque du domicile du premier par des hommes armés en janvier 2006 et à l’assassinat du second, le 12 juin 2006. L’inconnu lui avait également précisé que, lors d’une réunion qui se serait tenue au début du mois de juin 2008 en présence de membres des forces armées, il aurait été dit que Me Goungaye Wanfiyo « a fait délivrer un mandat d’arrêt - contre le Président Bozizé pour faire procéder à son arrestation par la Cour pénale internationale ». Certains des participants auraient alors demandé aux militaires d’agir en conséquence. Ces menaces sont en lien avec l’arrestation, le 25 mai dernier, de M. Jean-Pierre Bemba Gombo, ancien Vice-président de la République démocratique du Congo et président du Mouvement pour la libération du Congo (MLC), sur mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), ainsi qu’avec les activités menées par M. Goungaye Wanfiyo en tant que président de la LCDH et pour son action auprès de la CPI, en faveur des victimes. La mort de Goungaye Wanfiyo signe la mort du caractère inclusif du Dialogue Politique tant appréhendé par Bozizé et sa clique. Le peuple centrafricain est en deuil, car aujourd’hui c’est un homme d’une valeur inestimable qui a été arraché au Centrafrique. Paix à son âme. Dimanche, 28 Décembre 2008, 20h54mn 12s

3. Centrafrique : la naissance d’un martyr, un de plus en Afrique 29 décembre 2008 Publié par Juliette Abandokwe

Les témoignages profondément attristés se multiplient parmi les centrafricains. La communauté internationale reste silencieuse. Le Centrafrique, et l’Afrique, sont les seuls à mesurer l’étendue de cette perte incommensurable.

Maître Goungaye Wanfiyo est devenu un martyr en ce petit matin du 28 décembre 2008. Il s’est envolé comme un ange, et dorénavant son étoile brillera à jamais au firmament. Dieu, non seulement a eu pitié de son âme, mais l’a d’ores et déjà accueilli à ses côtés. De là où il est, il nous voit, et il nous entend, il sera toujours dans nos cœurs immensément endoloris. La disparition brutale d’un homme aussi jeune, compréhensif, compétent et humaniste laisse un vide qui ne pourra jamais se combler. C’est une grande perte pour la cause des droits de l’Homme, pour la justice, pour le combat démocratique que nous menons ensemble depuis 1996, pour la RCA et pour l’Afrique.

Notre devoir de mémoire envers un homme profondément épris de Justice est dorénavant éternel. Néanmoins la recherche d’une vérité évidente ne devra pas masquer les véritables enjeux renouvelés par sa mort, soit une vraie justice enfin en Centrafrique. Les actions futures devront à l’avenir être menées avec d’autant plus d’énergie et de dynamisme à toute épreuve.

Peu d’entre nous croient à un simple fait du hasard, sachant que Maître Nganatouwa Wanfiyo travaillait sans relâche sur la mise en lumière des crimes commis contre le peuple centrafricain depuis l’avènement de Patassé jusqu’à aujourd’hui. Le Hasard n’existe pas mes amis. Et les preuves contre les principaux commanditaires des meurtres dans le nord et le nord-est du Centrafrique, réunis autour du gâteau juteux représenté par le désormais morbide Dialogue Politique, s’accumulaient de manière exponentielle avec l’aide de notre Ami et Frère disparu aujourd’hui.

C’est donc un triple meurtre qui a été commis, car mis à part Maître Wanfiyo, c’est la mémoire des victimes assassinées par une classe politique entière que nous devons pleurer aujourd’hui. En faisant disparaître le digne représentant de la société civile centrafricaine, c’est également la voix du peuple centrafricain qui a été condamnée au silence.

Car personne ne pourra jamais nous faire croire que le fameux camion que maître Wanfiyo a percuté, était arrêté sur un virage d’une route nationale par hasard. La violence du choc, tuant trois occupants sur quatre, montre que les circonstances de l’accident ne sont pas une simple collision avec « un camion mal garé dans un virage ». C’est prendre les gens pour des imbéciles que de disperser une telle version simplifiée des faits. Et même si les circonstances ne seront jamais éclaircies, nous savons dans notre âme et conscience que Monsieur Wanfiyo n’a été la victime que d’un simple et lâche meurtre, prouvant une nouvelle fois la totale absente de volonté politique pour le bien du peuple par le régime prédateur et sanguinaire de Bozizé.

Tout le monde le connaissait pour sa droiture et son indépendance. Il n’avait pas peur des mots et n’épargnait personne. Le régime de Patassé n’a jamais été ménagé, et c’est pendant sa récolte à l’intérieur du pays des témoignages de victimes des banyamulenge de Jean-Pierre Bemba, allié de l’ancien président, que Wanfiyo est mort.

Le Général-Président Bozizé n’a pas non plus été épargné par l’infatigable insistance du Président de la Ligue centrafricaine des Droits de l’Homme dans la mise en lumière sans relâche des jeux malfaisant d’une classe politique véreuse et prédatrice à outrance, avec un pouvoir verbal qui forçait le respect et l’intimidation. Un vulgaire butin de guerre, voilà ce qu’à ces yeux le Centrafrique était devenu pour Bozizé et son clan. Les rebelles et les militaires, semeurs de mort parmi les populations du nord étaient également dans son collimateur de dénonciation.

Autour de la table du Dialogue politique terminé il y a une semaine, il a été le seul à se porter garant pour la mémoire des victimes des massacres en tout genre. Son franc-parler lui avait donc valu bon nombre d’ennemis, notamment au sein de la classe politique entourant le chef de l’Etat.

Il disait qu’il ne se tairait jamais, et dans un climat de menaces répétées à son encontre, Maître Goungaye vivait donc une chronique de mort annoncée.. Un assassinat politique, déguisé en accident de voiture, le matin du 28 décembre 2008, a donc eu raison de son verbe et de son combat, qui reste désormais celui de tout centrafricain qui se réclame comme tel.

Un grand Homme pétri des idéaux de tout un peuple est tombé au champ d’honneur. Un artisan pour un véritable changement de la société et de la mentalité centrafricaine.

Si nous avons là perdu très gravement une bataille, nous ne pouvons pas leur laisser gagner la guerre.

Les semeurs de mort pensent qu’ils ne seront plus inquiétés. Ils se trompent. Puisqu’ils changent de langage, ils ne bénéficieront qu’à court terme de ce changement. Qui vivra verra. La lutte politique contre un martyr n’est pas une chose gagnée d’avance.

Qui sème le vent, récolte la tempête.

Publié dans DROITS DE L'HOMME

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