Droits de l'Homme : Bemba retient son souffle

Publié le par Lesoftonline

MISE EN LIGNE 25 DÉCEMBRE 2008 | LE SOFT INTERNATIONAL N°974 DATÉ 22 DÉCEMBRE 2008.

Si la justice internationale se veut sourde aux rodomontades politiciennes, n’est-elle pas psychologiquement déforcée quand la République Centrafricaine réconciliée autour de ses deux enfants Bozizé et Patassé - tous originaires du Nord du pays, cela compte en Afrique comme ailleurs - et en présence du parrain gabonais au conflit, Omar Bongo Ondimba, un ancien de Centrafrique - cela compte aussi - refuse de coopérer?

C’est une cellule VIP qu’il occupe à La Haye.


«Difficile de dire que Jean-Pierre est en prison! Le Chairman jouit de toutes les commodités modernes, reçoit qui il veut; est au courant de ce qui se passe dans le monde et dans son pays. Il a la télé et s’informe également par la presse...»


A beau mentir...!

Il reste que si cela est vrai, l’ancien Vipi de la R-dC en charge de l’Économie et des Finances du régime 1+4 est donc parfaitement au courant de l’évolution de la situation politique à Bangui.

D’ici sont partis les soucis qui ont conduit le Chairman du MLC à l’arrestation à Bruxelles, en Belgique, fin juin 2008, sur un mandat international émis par un juge de la Cour pénale internationale. L’ancien VIPI rejoignait en cellule trois autres de ses compatriotes, les chefs de milice Thomas Lubanga, Mathieu Ngudjolo Chui et Germain Katanga. Accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.Mais aussi de «viols, tortures, traitements dégradants, pillages et meurtres» commis par ses hommes à Bangui en 2002 et 2003.

Son mouvement avait apporté son soutien à l’ancien président Ange Félix Patassé, alors menacé par la rébellion du général François Bozizé, l’actuel chef de l’État centrafricain.
Or, à Bangui, la situation évolue - elle évolué même très vite.

DANS LES BRAS L’UN DE L’AUTRE.
Sous la médiation de l’ancien président burundais Pierre Buyoya et en présence du parrain gabonais Omar Bongo Ondimba, un ancien de Centrafrique - que JPBG connaît depuis les années Mobutu et qu’il a rencontré depuis les années rébellion et les années du 1+4 à plusieurs reprises à Libreville et pour qui il a du respect, des portes se sont rouvertes.

Poussé contre le mur, incapable de faire face à une opposition politique et à des rébellions armées dans le nord-est du pays menées par Jean-Jacques Demafouth, dirigeant de l’APRD, l’Armée populaire pour la restauration de la démocratie et par Damane Zakaria, de l’UFDR, l’Union des Forces démocratiques pour le rassemblement, son ennemi d’hier, l’actuel président centrafricain a offert l’amnistie générale et décrété la réconciliation nationale.

Mieux, il a conclu un accord avec les dirigeants de l’opposition et les mouvements rebelles sur la formation d’un gouvernement d’union censé diriger le pays jusqu’à une élection présidentielle en 2010.

Les frères ennemis Bozizé et Patassé, tous deux originaires du Nord du pays - cela compte en Afrique comme ailleurs - dans les bras l’un de l’autre: c’est l’image à retenir de la dernière journée du «Dialogue politique inclusif» samedi 20 décembre en Centrafrique.

Dans son discours, Ange-Félix Patassé a reconnu comme président centrafricain «son petit frère» François Bozizé, actuel chef de l’État, qui l’avait renversé en 2003.

Pendant deux semaines, gouvernement, ex-rebelles, partis politiques, syndicats et représentants de la société civile ont essayé de tourner la page des évènements tragiques qui ont déstabilisé le pays ces dernières années.

La cérémonie de clôture du Dialogue - comme celle de l’ouverture - s’est déroulée en présence du parrain Bongo. Un gouvernement de consensus, une commission vérité et réconciliation, ainsi qu’un programme de désarmement et de démobilisation des anciens combattants vont être mis en place.

Le document final du «Dialogue politique inclusif» mentionne que les débats ont été francs, libres, et ont permis de déboucher sur des recommandations consensuelles, fortes et opérationnelles.

L’une de ces recommandations est relative à la mise en place d’un gouvernement de large consensus, réunissant toutes les entités parties prenantes au «Dialogue politique inclusif». Dans une interprétation en sango, langue nationale centrafricaine, le président François Bozizé a annoncé une concertation mardi 23 décembre avec ces entités.

Chacune d’elles est invitée à proposer les noms de deux personnalités, dont l’une participera au nouveau gouvernement, tandis que l’autre fera partie du mécanisme de suivi du dialogue politique inclusif.

«Débats libres et francs». Comment ne pas penser que l’ancien président Ange-Félix Patassé, renversé par Bozizé lors du coup d’État de 2003 n’ait pas évoqué la situation de son «fils», Jean-Pierre Bemba Gombo, le grand absent pour ainsi dire de ce Dialogue. Si les troupes de JPBG se sont rendues à Bangui, c’est en effet à la demande de son «père» Patassé.

Celui-ci se sentira-t-il jamais libre avant d’avoir obtenu la libération de son «fils»? Le chef du MLC n’avait fait que répondre positivement à l’appel au soutien de l’ancien président, alors menacé par la rébellion du général François Bozizé.

Or, Jean-Pierre Bemba n’a cessé de clamer son innocence. Ses partisans qui, chaque jour, mobilisent la rue et les chancelleries, en font de même. Le MLC a invité à veiller à ce que son chef «ne soit pas sacrifié sur l’autel de l’injustice». Il entend suivre «avec vigilance» le procès de «celui qui (a) contribué à la restauration de la paix et au lancement du processus démocratique».

Du coup, surgit la question lancinante de l’incarcération du Chairman par la CPI. Si la justice internationale peut se dire sourde aux rodomontades politiciennes, sera-t-elle psychologiquement assez forte si la RCA désormais réconciliée refuse de coopérer?

Encore que Kinshasa, accusée à tort ou à raison par le MLC de ne pas être loin de cette affaire, n’a jamais organisé le suivi ou s’il l’a organisé, celui-ci - faute d’interfaces crédibles - a fondu comme neige au soleil.

Des plénipotentiaires venus de Kinshasa ont certes témoigné à La Haye à charge mais de l'avis de tous, sans donner la moindre crédibilité à leurs dépositions. Et Bemba menacerait de contre-attaquer en utilisant la manière forte.

L’arrivée de Jean-Pierre Bemba Gombo à La Haye avait coïncidé avec l’émergence d’incertitudes quant à la tenue du procès de Thomas Lubanga. Si la Cour pénale internationale a ordonné la remise en liberté provisoire du chef de l’UPC, Union des Patriotes Congolais, le parquet a aussitôt fait appel de cette décision et a eu gain de cause.

Reste que JPBG doit d’abord passer par une séance de confirmation de l’acte d’accusations avant l’inculpation. Cela suppose que les juges auront des éléments suffisants retenus contre lui pour enfin ouvrir le procès. Ce qui est une autre affaire...

ALUNGA MBUWA.

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