COOPERATION MILITAIRE FRANCO-AFRICAINE

Publié le par LE JOURNAL DU JEUDI

Coopération militaire France-Afrique: Le prisme colonial
(Journal du Jeudi du 27 avril au 03 mai 2006)



Dans les relations entre la France et ses anciennes colonies africaines, les temps passent, mais la pratique semble, ici ou là, immuable dans les faits et gestes. Si quelques formules ont évolué pour satisfaire aux exigences actuelles de l'État de droit, il n'en demeure pas moins que la Métropole continue de tirer quelques ficelles dans les pouvoirs de son «pré carré». C'est sans doute dans ce sens que la France s'active à maintenir une influence sur les politiques militaires et la formation des cadres des personnels de forces de défense et de sécurité.


A la différence du Tchad, les choses sont feutrées au pays des Hommes intègres, sûrement à cause du ''non'' historique (et osé en son temps) du président Maurice Yaméogo à la proposition d'installation d'une base française en Haute-Volta. En effet, contrairement à la majorité des États francophones d'Afrique qui ont accueilli favorablement l'installation des bases militaires de l'Hexagone, la Haute-Volta de Yaméogo s'est contentée d'accepter une coopération militaire limitée strictement à la présence d'une poignée de militaires. Aujourd'hui encore, les relations sont encadrées par cette forme de rapports. C'est ainsi que, le 20 avril dernier, la France a ''volé'' au secours du Burkina, avec la signature d'une convention pour le développement de la chaîne de santé des Forces armées nationales.

 Cet acte devrait permettre aux structures sanitaires de l'Armée nationale d'être plus performantes avec des équipements de qualité. Qualifiée de solide et de fructueuse, aussi bien par le ministre Yéro Boly de la Défense que par Francis Blondet, l'ambassadeur de France au Faso, cette coopération n'est sans doute pas désintéressée.

 Mais, au regard de ses ressources limitées, le pays des Hommes intègres prospecte tous azimuts les aides financières pour assurer la formation et l'équipement de ses troupes.
Ailleurs, il est plus évident que la constante sollicitude de l'Hexagone à l'égard du continent noir n'est pas toujours sans arrière-pensée. Il s'agit parfois de perpétuer une sorte de mainmise de ''nos ancêtres les Gaulois'' sur des armées créées au lendemain des indépendances politiques de l'Afrique; et d'avoir ainsi le dernier mot, au cas où.

 
C'est un leurre de croire que l'Afrique a toute sa destinée en main. Les rebelles tchadiens en savent quelque chose, pour avoir essuyé la semonce de l'Armée française. En dépit des démentis du ministre français de la Défense, il ne fait pas de doute que les troupes françaises ont bloqué la progression des rebelles vers N'Djamena.

 Du reste, l'histoire du continent est pleine d'exemples où ce sont les militaires français qui ont fait et défait les pouvoirs africains. Et ce n'est pas un fait du hasard, si dans des pays comme le Gabon et la Côte d'Ivoire, où étaient installées des bases françaises, les pouvoirs ont été stables pendant très longtemps.


Ces derniers moments, la France et son armée essayent de se tisser une autre image à travers une nouvelle approche de la coopération. Mais comme les vieilles habitudes ont la peau dure, quelques actes posés çà et là rappellent le temps colonial ou les premières heures des indépendances.

Il faut donc croire que le changement de comportement entrepris par les forces militaires de l'Hexagone en direction des États africains va au rythme de l'escargot. En espérant qu'il ne manque pas d'ambition. Ceci expliquant certainement cela, il n'emporte pas l'adhésion des populations du continent. Celles-ci continuent de penser qu'il s'agit d'une duperie pour mieux dominer le continent.


Ce sont certainement des appréhensions compréhensibles, mais il ne faut pas non plus jeter le bébé avec l'eau du bain. Le soutien financier et logistique de l'Armée française à ses surs d'Afrique a été tout de même déterminant dans la formation professionnelle des personnels militaires africains. Et on doit se féliciter des quelques acquis visibles dans les pays où l'esprit républicain prend corps au sein de la grande muette.

Adam Igor

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