La crise alimentaire, nouvelle menace pour la lutte anti-sida en Afrique

Publié le par Afp

DAKAR - La crise alimentaire mondiale constitue une nouvelle menace pour la lutte contre le sida en Afrique, continent le plus touché par la pandémie, en limitant l'accès de millions de patients aux denrées de base et donc en affaiblissant leurs défenses immunitaires.

La crise a un impact "sur le pouvoir d'achat des pauvres, qui diminuera en raison de la hausse des prix", indique le chef du département nutrition et VIH/sida du Programme alimentaire mondial (PAM) Martin Bloem, lors de la 15e conférence sur le sida en Afrique (Icasa) qui se tient jusqu'à dimanche à Dakar.

Cette catégorie de la population "dépense déjà 60 à 70% de ses revenus pour la nourriture", mais la crise actuelle "va accroître leurs déficits en minéraux et en vitamines", notamment car ils ne pourront plus acheter de la viande ou des oeufs, ajoute le responsable.

La statut immunitaire des personnes vivant avec le VIH/sida, selon lui, "se détériorera, notamment parmi les enfants et les personnes vulnérables. Et on verra une augmentation de la tuberculose", une des maladies opportunistes les plus fréquentes.

Selon des études du PAM, des patients "vont moins souvent dans les cliniques (se faire soigner) en raison d'un manque d'argent". De plus, certains femmes sont contraintes de se prostituer, souvent sans préservatif, pour trouver de nouvelles sources de revenus.

"Si elles ne le font pas, il n'y aura rien à manger à la maison. Et le coût de la vie est de plus en plus élevé. Tout est cher", témoigne à l'AFP "Olivia", éducatrice dans une association anti-sida en Centrafrique, qui a pris un prénom d'emprunt.

"Elles n'ont pas la force ou la courage de cultiver ou d'avoir un petit commerce. Elles sont obligées de se prostituer pour nourrir leur famille. Elles vivent au jour le jour. Il n'y pas de lendemain. Si on trouve à manger aujourd'hui, on mange. Et demain, on verra", poursuit cette femme de 29 ans.

"La +vie chère+ accroît la prostitution des jeunes", confirme sa collègue "Petula". "Les parents sont d'accord. Quand la fille sort la nuit et revient avec 5.000 ou 10.000 FCFA (7,5 ou 15 euros), elles donnent à la famille. Le papa est content de voir sa fille ramener de l'argent tous les jours".

Quelque 22 millions de personnes -soit 5% de la population- vivaient avec le VIH en Afrique subsaharienne en 2007.

C'est au Swaziland, avec une prévalence de 26% chez les adultes, que le taux est le plus élevé au monde. Mais l'Afrique du Sud compte le plus grand nombre de personnes infectées: quelque 5,7 millions de personnes.

Concernant la lutte anti-sida en Afrique, "la crise alimentaire a un impact sur la prévention, le traitement, les soins et l'assistance" aux patients, confirme Peter Atekyereza, sociologue ougandais qui travaille sur l'impact de la hausse des prix de l'alimentation sur la pandémie du sida.

Selon des études menées au Botswana, au Swaziland et en Tanzanie, le renchérissement des prix des aliments de base a poussé des personnes à adopter des conduites sexuelles à risque - une prostitution "sexe contre nourriture" - ou à migrer.

"Des prix élevés de la nourriture vont à l'encontre des efforts pour une gestion efficace des risques liés au VIH/sida", souligne-t-il.

Une résolution de l'ONU datant de 2004 vise à promouvoir l'intégration de la nutrition dans la lutte contre le VIH/sida, rappelle Micheline Diepart, du département sida à l'Organisation mondiale de la Santé. Mais la crise alimentaire actuelle renforce encore cette exigence.

"Les apports alimentaires des personnes séropositives doivent être augmentés", rappelle-t-elle, précisant que des "expériences concluantes ont déjà été menées, comme au Mozambique" pour intégrer l'appui nutritionnel à la lutte contre le sida.

Publié dans L'AFRIQUE

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