ETATS-UNIS • Obama prend le taureau par les cornes

Publié le par Courrier International

Multipliant les apparitions et les déclarations publiques, le nouvel élu entend montrer qu'il prépare activement sa prise de fonctions et son plan de relance économique.
A l'occasion de sa deuxième conférence de presse en deux jours, le président élu Barack Obama a confirmé son approche volontariste des maux financiers dont souffrent les Etats-Unis. Il a nommé deux nouveaux responsables pour le secteur économique et annoncé une série de mesures qu'il a l’intention de défendre dès son investiture, le 20 janvier 2009. Réclamant un "mandat pour orienter le pays dans une nouvelle direction", Obama a promis de procéder à des coupes importantes dans le budget fédéral afin de financer en partie son plan de relance. Il semble disposé à être de plus en plus présent afin de rassurer les consommateurs et les marchés financiers, éclipsant ainsi George W. Bush, alors que le président sortant a dégagé en peu de temps plus de 1 400 milliards de dollars pour stimuler l'économie.

Des sources démocrates signalent que Barack Obama serait sur le point de parvenir à un accord avec le ministre de la Défense, Robert Gates. Cela permettrait à ce dernier de rester en fonctions pendant encore au moins un an et garantirait la continuité au sommet des forces armées au moment où les Etats-Unis sont impliqués dans deux conflits. Robert Gates ferait partie d'une équipe de sécurité nationale qui devrait aussi inclure Hillary Clinton, en tant que secrétaire d’Etat, et l’ancien général des marines James L. Jones, comme conseiller à la sécurité nationale. Encadré de drapeaux américains, Obama s’est adressé à la presse depuis un pupitre sur lequel était écrit : "Bureau du président élu". Il a répété que Bush resterait aux commandes jusqu’au 20 janvier, mais que, du fait des "circonstances extraordinaires" engendrées par la crise économique nationale, il se devait de montrer qu’il était prêt à gouverner. "Je pense qu’il est essentiel que le peuple américain comprenne que nous sommes en train de réunir une équipe de première classe. Qu’il sache clairement que le prochain gouvernement n’a pas l’intention de tâtonner, a-t-il déclaré. Nous allons foncer dès le départ. Nos plans d’action seront clairs."

Une réforme budgétaire impérative

Obama a nommé Peter R. Orszag directeur du Bureau de la gestion et du budget, service de la Maison-Blanche chargé de la mise en place du budget fédéral, qui doit en outre superviser l’efficacité des programmes de l’Etat. Il a aussi choisi Rob Nabors, directeur de cabinet du Comité de répartition de la Chambre des représentants, pour seconder Orszag. D’après Paul C. Light, spécialiste de la transition présidentielle à l’université de New York, une intervention agressive est sans doute la meilleure solution pour Obama s'il veut prendre les choses en main dès janvier. "Je ne crois pas qu'il ait vraiment le choix, explique-t-il. La crise est si grave que, s'il n’agit pas, ce sera sa crise à lui aussi. On pourrait lui reprocher de ne pas être intervenu assez tôt."

Sur le point d’être nommé chef du Bureau de la gestion et du budget, Peter Orszag, 39 ans, a démissionné de son poste de directeur du Bureau du budget du Congrès, où il dirigeait une équipe de 235 personnes chargées de réaliser des analyses non partisanes de sujets économiques et politiques. Contrairement à nombre de ses prédécesseurs, qui s'en tenaient fermement aux chiffres, il s’est taillé la réputation d’être un innovateur dans le domaine du système de santé. Selon le nouveau président, Peter Orszag sera à l’avant-garde des mesures visant à dégraisser le budget fédéral, lequel ploie sous des déficits records. L’objectif serait d’éliminer les programmes qui ne fonctionnent pas. Barack Obama voit dans cette mission un élément complémentaire indispensable à son plan, qui prévoit un lancement de mesures pour stimuler l'économie. Il veut ainsi créer ou préserver 2,5 millions d’emplois au cours des deux prochaines années, ce qui, pour certains analystes, pourrait coûter près de 700 milliards de dollars. "Si l’on veut effectuer les investissements dont nous avons besoin, il nous faut également être prêt à tirer un trait sur les dépenses qui ne nous sont pas utiles, a expliqué Obama. En ces temps difficiles, alors que nous sommes confrontés à la fois à des déficits en hausse et à une économie en baisse, la réforme budgétaire n'est pas une option. C’est un impératif." Dan Eggen & Michael A. Fletcher
The Washington Post

Publié dans LE MONDE

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