Centrafrique : Les divorcées unies pour défendre leurs droits

Publié le par InfoplusGabon

BANGUI, 23 novembre (Infosplusgabon) - Réunies en association, des femmes divorcées de Centrafrique ont réussi à se faire payer une partie des pensions alimentaires qui leur étaient dues. Mais plus de la moitié des femmes séparées de leur mari doivent élever leurs enfants sans aucune aide.

Une fois par semaine, des femmes divorcées se réunissent dans les locaux de la direction du Trésor à Bangui, la capitale centrafricaine. "Nous sommes maintenant dans un collectif qui lutte pour que les pensions alimentaires nous soient versées régulièrement", explique Flavienne Ngassema, présidente du Collectif des femmes divorcées de Centrafrique (CFDC) créée le 15 juin 2007.

"Nous sommes obligées de faire des grèves, seul moyen pour arriver à percevoir notre dû", affirme Marie Plangba, une des membres. Des rencontres avec les responsables du Trésor alternent avec les grèves et revendications de rue, comme la marche fort médiatisée de novembre dernier.

"Elles étaient une trentaine à faire le boucan devant le Trésor public avant de marcher dans les artères de la capitale", se souvient Crispin Oyoba, un journaliste qui a couvert l’évènement.

Ces actions ont fini par faire plier le gouvernement. Mathias Yakézis, directeur général du Trésor public, a en effet ordonné le paiement des arriérés de pensions alimentaires dus aux membres du CFDC. "De douze mois, en juin 2007, les arriérés de pensions alimentaires sont tombés maintenant à quatre mois", se réjouit Flavienne Ngassema. Un bon résultat comparé aux fonctionnaires qui cumulent plus de 40 mois d’arriérés de salaire dont sept sous le régime de François Bozizé.

De plus en plus de divorces

Selon le Code de la famille promulgué en novembre 1997, si l’un des époux ne remplit pas ses obligations de contribution aux charges du ménage, l’autre peut demander au juge de saisir une partie des revenus de son conjoint. L’argent défalqué sur le salaire des fonctionnaires est reversé au Trésor public.

"Dépassé par d’énormes problèmes financiers, le Trésor public préfère souvent utiliser ces pensions pour autre chose que de les remettre immédiatement aux bénéficiaires", confie sous anonymat un cadre du Trésor public.

Les divorces sont de plus en plus nombreux en Centrafrique. Dans une enquête publiée en février 2008, le Bureau de recherche et d’enquête en sciences sociales (Bress) montre qu’un ménage sur trois divorce chaque année à Bangui contre seulement 15 % en 2005.

Une évolution qui n’est pas du goût de Mme Marie-Josée Ouando, directrice de l’Information et de l’éducation de la femme au ministère de la Famille, des affaires sociales et de la solidarité nationale. Pour elle, c’est "une dépravation des mœurs liée à la mauvaise lecture du Code de la famille qui amène les femmes à résoudre tous les problèmes conjugaux par le procès". Aujourd’hui, ajoute-elle, "les mariages en Centrafrique se font et se défont à cause de ces femmes qui veulent avoir plusieurs pensions alimentaires pour vivre heureuses".

La moitié des divorcées sans pension

Depuis l’entrée en vigueur du Code de la famille, les Centrafricaines sont ainsi promptes à poursuivre leurs maris devant les tribunaux. "Par orgueil, aucun homme centrafricain ne s’est plaint devant la justice pour exiger de son ex-épouse une pension alimentaire", remarque Me Marie-Edith Douzima, présidente de l’Association des femmes juristes de Centrafrique.

Mais de nombreux verdicts prononcés par les tribunaux révèlent que de nombreux maris sont irresponsables et ne prennent pas en charge leurs enfants et épouses. "Le divorce et la séparation se sont aussi accentués du fait de certains époux ne supportent pas de vivre avec des femmes séropositives", renchérit Marcelline Seremandji, chef de service de prévention et de prise en charge psycho-sociale du VIH/sida au ministère de la Famille.

Cependant, selon une étude publiée en février 2007 par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), 56 % des femmes divorcées ne reçoivent pas de pensions alimentaires pour subvenir aux besoins de leurs enfants, soit parce que leurs ex-époux ne sont pas salariés, soit parce qu’elles ignorent la procédure de réclamation devant les tribunaux.

Ces difficultés ont inspiré les fondateurs du Collectif qui, de même que les syndicats de fonctionnaires, font grève aussi souvent que possible pour se faire payer quelques mois d’arriérés.

FIN/IPG/MMO/2008

Publié dans ACTUALITES NATIONALES

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