TCHAD - PROCESSUS ELECTORAL : PARIS CITE INTERDITE POUR L'OPPOSITION TCHADIENNE ; PRESIDENTIELLE MAINTENUE AU 03 MAI 2006

Publié le par JEUNE AFRIQUE L'INTELLIGENT

Le Tchad maintient la présidentielle du 3 mai, Paris refuse de recevoir l'opposition
TCHAD - 20 avril 2006 - par AFP

Le régime tchadien a réitéré son intention d'organiser coûte que coûte l'élection présidentielle du 3 mai, malgré la rébellion repoussée la semaine dernière devant N'Djamena, tandis que Paris refuse de recevoir l'opposition armée .

Comme il l'avait déjà promis le 13 avril le fracas de la bataille de N'Djamena à peine calmé, le président-candidat Idriss Deby Itno a répété que le premier tour du scrutin présidentiel serait maintenu le 3 mai et que ses troupes avaient repris le contrôle de l'ensemble du territoire.

"Nous n'avons aucune raison de ne pas organiser l'élection à la date constitutionnelle prévue (...) le 3 mai 2006", a déclaré mardi le chef de l'Etat tchadien lors d'une conférence de presse. "Il n'y a aucune autre force qui puisse empêcher la tenue des élections", a-t-il insisté.

Dans un entretien accordé mercredi au quotidien français Le Figaro, Idriss Deby a justifié son insistance par la nécessité d'éviter "un vide constitutionnel". "C'est un risque très grave", a-t-il estimé.

De son côté, le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy n'a "pas prévu" de recevoir des représentants de mouvements armés tchadiens cherchant "à prendre le pouvoir par la force" et qui lui avaient demandé une audience, a déclaré mercredi le porte-parole du ministère.

La "résistance unie", réunissant le Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT) et le Front uni pour le changement (FUC), avait annoncé dimanche sa décision de "saisir" M. Douste-Blazy. Elle précisait, dans un communiqué, que le but de l'audience serait de "connaître le rôle exact de l'armée française à N'Djamena", d'"obtenir des explications sur les tirs dont ont été la cible, jeudi dernier, nos colonnes, de la part de Mirage F1 français" et de "prendre des mesures conjointes pour éviter le risque d'une confrontation entre la résistance populaire et les troupes françaises".

"Nous ne pouvons que déplorer une telle prise de position", a déclaré le représentant du FUC en France, Laona Gong, après l'annonce du refus français. "N'eut été l'intervention française, nous serions en position d'être au pouvoir", a-t-il ajouté, en affirmant que le FUC était "une réalité incontournable".

Idriss Deby a confirmé mardi que l'Armée nationale tchadienne (ANT) avait totalement démantelé les colonnes rebelles du Front uni pour le changement (Fuc) qui avaient attaqué la capitale.

"La situation est sous contrôle sur l'ensemble du territoire (...) le calme et la stabilité vont revenir dans le pays", a-t-il assuré.

Au pouvoir depuis 1990, le président Deby, qui a modifié la Constitution il y a un an pour pouvoir briguer un nouveau mandat, est le grandissime favori d'un scrutin où il affronte quatre autres candidats, tous issus de partis représentés dans son gouvernement.

Les partis d'opposition ont préféré boycotter l'élection, qu'ils jugent pipée et jouée d'avance, et appelé les forces politiques du pays à un "dialogue national". Un scénario, encouragé par certains bailleurs de fonds, que le pouvoir a jusque-là écarté d'un revers de main.

Même si le front militaire semblait toujours calme mercredi, les autorités s'inquiètent d'une possible reprise des opérations de la rébellion à l'approche du scrutin. Un porte-parole du Fuc, Albissaty Saleh Allazam, n'a d'ailleurs pas fait mystère de ses intentions de "tout faire pour empêcher l'élection".

"La stratégie des rebelles va consister à essayer de prendre un maximum de villes hors de N'Djamena pour y empêcher l'élection", a confirmé sous couvert de l'anonymat un responsable militaire tchadien.

En accusant à plusieurs reprises ces derniers jours le Soudan de réarmer les rebelles en vue d'une nouvelle offensive, les autorités n'ont pas caché qu'elles se préparaient à de nouveaux combats.

Des sources militaires tchadiennes ont indiqué que l'armée avait récemment commandé dans un pays d'Europe de l'Est six hélicoptères de combat Mi-17, dont deux viennent d'être livrés à N'Djamena.

Confirmant certains soupçons, le président Deby a reconnu dans les colonnes du Figaro qu'il comptait bien "acheter des armes" avec ses revenus pétroliers. "Quel est le pays au monde qui, ayant des ressources, n'achèterait par d'armes pour se défendre ?", a-t-il demandé.

Enfin, le Tchad a menacé de fermer son robinet de brut à la fin du mois s'il ne récupérait pas d'ici là quelque 100 millions de ses pétrodollars bloqués en raison d'un conflit qui l'oppose à la Banque mondiale sur leur utilisation. Une médiation américaine est en cours pour dénouer cette crise.

Publié dans L'AFRIQUE

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