RDC : l'UE s'inquiète mais n'est toujours pas prête à envoyer des soldats

Publié le par Afp

BRUXELLES - L'UE s'est inquiétée lundi de la dégradation de la situation en République démocratique du Congo (RDC), mais ne prévoit malgré tout toujours pas d'envoyer des troupes sur place.

Les ministres européens des Affaires étrangères réunis à Bruxelles ont exprimé leur "vive préoccupation face à l'accroissement des confrontations au Nord-Kivu et à ses conséquences pour la population de l'Est de la RDC et pour toute la région".

Ils ont également souligné leur "vive préoccupation" face "aux graves conséquences humanitaires" des combats ayant provoqué "des déplacements massifs de population", mais aussi face aux "atteintes inacceptables aux droits de l'homme", comme les violences sexuelles et l'enrôlement d'enfants soldats.

"Si nous ne faisons rien, nous risquons à nouveau d'être entraînés dans une catastrophe comme celle que nous avons connue en 1994", a déclaré le chef de la diplomatie luxembourgeoise Jean Asselborn, faisant allusion au génocide au Rwanda, essentiellement dirigé contre la minorité tutsie.

Mais malgré cette inquiétude et ce risque, l'UE s'est bornée lundi à insister sur "l'urgence d'une solution politique" et à assurer qu'elle continuerait "de contribuer aux efforts diplomatiques indispensables pour consolider le cessez-le-feu et apaiser durablement les tensions".

Alors que la France et la Belgique avaient plaidé il y a deux semaines en faveur de l'envoi d'une force européenne dans la région, le texte adopté lundi ne fait aucune référence à une opération de l'UE, dont ne veulent absolument pas certains Etats membres, dont l'Allemagne.

"C'est très difficile de convaincre les gens de s'engager pour un temps très court dans une situation qui dure depuis 14 ans", a commenté le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner, dont le pays préside l'UE, notant que les Européens étaient déjà engagés dans de nombreux endroits dans le monde.

L'UE rappelle ainsi simplement "son appui à la Monuc (la mission de l'ONU en RDC) dans ces circonstances difficiles et demande que tout soit mis en oeuvre pour lui permettre d'assumer pleinement son rôle".

La Monuc, qui dispose de 17.000 hommes, est régulièrement critiquée pour son inefficacité.

Les 27 ne ferment malgré tout pas complètement la porte à un changement de position.

L'UE "suivra de près les développements humanitaires et sécuritaires dans l'Est de la RDC afin d'approfondir les différentes lignes d'action envisageables en fonction des circonstances", ont indiqué les ministres.

Dans l'intervalle, si le Conseil de sécurité de l'ONU approuvait un renforcement de la Monuc, les membres de l'UE pourraient éventuellement répondre individuellement à cet appel.

"Les Européens qui se manifesteraient peuvent y aller bien sûr", a estimé lundi M. Kouchner.

"Ce sera à chaque pays dans le monde d'évaluer sa propre position", a noté son homologue britannique David Miliband.

"Nous avons besoin d'actions et nous en avons besoin maintenant plus que d'excuses et de temporisation", a dénoncé Juliette Prodhan, de l'organisation humanitaire Oxfam, dénonçant "l'inaction" des Européens.

Interrogé après la réunion européenne, le ministre de la Coopération de RDC Raymond Tshibanda N'Tungamulongo a simplement noté que Kinshasa s'attendait "à ce que chacun à son niveau, en fonction de sa sensibilité, de ses contraintes et de ses règles de fonctionnement, apporte ses contributions".

Il a estimé que l'UE pourrait apporter son soutien technique pour la surveillance de la frontière et des groupes armés.

Les violents affrontements de ces deux derniers mois ont jeté sur les routes environ 250.000 personnes, qui vivent dans des conditions effroyables.

Publié dans L'AFRIQUE

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