Centrafrique - Opposition : UFVN, UN GEANT AUX PIEDS D'ARGILE ?

Publié le par Le Confident

L'Union des Forces Vives de la Nation est un regroupement politique qui compte en son sein des partis et associations politiques qui ont décidé de faire de l'opposition démocratique et réfute les prises de position qui finissent au bout du canon.

Elle regorge des intellectuels de renom, mais la politique est un terrain qui a besoin parfois beaucoup plus de réalisme que d'accumulation de bagages intellectuels. La dialectique qui caractérise ses débats est d'un niveau qui peut faire voyager dans les nuages le nouveau venu. Et pourtant, à suivre son parcours depuis sa mise en place par ses pères fondateurs, l'Union des Forces Vives de la Nation (UFVN) a connu des périodes fastes et aussi des revers de la médaille.
Absence d'un cadre formel

Le Talon d'Achille de l'UFVN se ressent par la naïveté de ses pères fondateurs, qui s'étaient fait mutuellement confiance au moment de la naissance.

L'euphorie d'un regroupement pour mieux lutter leur avait fait oublier l'instauration d'un cadre formel (Statuts et Règlement Intérieur) qui déterminerait le cas échéant du fonctionnement de l'UFVN. Cette omission peut-être volontaire ou oubli semble assez grave pour les leaders des partis et associations politiques qui luttent pour la conquête du pouvoir, cette absence de cadre formel peut laisser libre court à certaines agitations non conformes à l'esprit et à la discipline au sein de l'UFVN.

L'Union des Forces Vives de la Nation est pourtant le regroupement politique qui au premier lancé l'idée d'un Dialogue Politique Inclusif, lorsque les premiers mouvements de rébellion ont commencé soit à s'agiter dans l'arrière pays, soit à inonder la presse d'écrits pour se faire connaître à travers les médias. N'eût été sa fermeté, le Dialogue Politique Inclusif aurait été vicié et verrouillé depuis la mise en place du Comité Préparatoire. Ayant menacé à plusieurs reprises de boycotts ce forum inter centrafricain, les autorités centrafricaines ont fini par revenir à la raison et le Comité Préparatoire du Dialogue Politique Inclusif a connu l'ossature qui a préparé les thématiques qui seront discutées si un jour, le dialogue politique inclusif.

Grâce à la lutte ardue de l'UFVN, l'opposition démocratique centrafricaine gagne en maturité.

Deux courants opposés

Malgré cette apparence de consensus, l'UFVN est minée en son sein par des contradictions qui n'apparaissent que très difficilement, tellement elles sont subtiles. A propos de l'issue du dialogue politique inclusif, l'UFVN est divisée en deux camps qui ont des convictions diamétralement opposées. Il y a ceux qui, partisans de la fermeté avec le régime, aurait montré ses limites et son incapacité à gérer la chose publique, exigent une nouvelle constitution et des élections législatives et présidentielles. Ceux-là sont les partisans résolus de la refondation.

Les adversaires de cette thèse draconienne prônent un gouvernement de large ouverture ou d'union nationale avec un premier ministre issu de la société civile, qui jouirait d'une virginité et d'une neutralité politique pour tempérer les ardeurs et concilier les prises de position.

La solution du gouvernement que les adversaires de la refondation proposent serait d'inclure au gouvernement issue du Dialogue Politique Inclusif toutes les tendances, y compris des représentants de l'opposition armée pour ainsi sauver les institutions républicaines et surtout la démocratie qui est encore balbutiante et fragile dans notre pays. Cette seconde catégorie au sein de l'UFVN rejette les solutions extrémistes et absolutistes. Déjà à ce niveau, les formations et les associations politiques composant l'UFVN n'ont pas réussi à trouver de consensus. Ce qui suppose clairement que l'UFVN qui suscite beaucoup d'espoir au sein de la population, risque d'aller au Dialogue Politique Inclusif sans une stratégie commune. Et pourtant, dans les premières heures de son combat pour la tenue d'un Dialogue Politique Inclusif, l'UFVN avait élaboré une plate-forme qui ne mérite qu'une mise à jour avec des données actualisées.

Inexistence d'une stratégie électorale

Tout comme pour le Dialogue Politique Inclusif où l'UFVN donne l'impression de n'avoir pas de stratégie commune, inquiète ses partisans par l'absence d'une stratégie électorale qui devait déjà se concevoir pour éviter l'amateurisme et l'improvisation qui caractérisent nos formations politiques et organisations de masse. Les élections ne se préparent pas dans la précipitation en quelques jours, quelques semaines ou quelques mois à l'approche des échéances. De ce point de vue, les avis de la plus part des militants des partis et associations politiques qui composent l'UFVN sont unanimes. La Mobilisation doit se faire maintenant avec les restructuration des bases au niveau des cellules, des sous-sections, des sections, des comités sous-préfectoraux et préfectoraux à dynamiser dès à présent pour que chaque militant conscientisé se mette au travail et sache ce qu'il doit faire le moment vénu. Les élections municipales pour les collectivités devaient également être en chantier de préparation. On constate malheureusement que l'UFVN sans stratégie n'occupe pas le terrain, le laissant vierge aux partis au pouvoir qui s'organisent en conséquence. Le nombre d'élus de l'UFVN à l'Assemblée Nationale dépendra de l'occupation suffisante du terrain surtout que le régime dispose d'un trésor de genre suffisant qu'il investira en temps opportun .

Inexpérience et naïvetéL'inexpérience et la naïveté actuelle de l'UFVN rejoignent celle de tous les autres groupements ou associations politiques qui ont vu le jour avant elle. Il s'agit du Comité de Concertation pour la Convocation de la Conférence Nationale (CCCCN), la Concertation des Forces Démocratiques (CFD), la Concertation Démocratique des Partis de l'Opposition CODEPO), le Groupe des 7, le Groupe des 11, l'UFVN acquises à la Paix (UFAP), la Concertation des partis politiques de l'opposition (CPPO). Toutes ces associations ou regroupements politiques sont nés d'une volonté, celle de travailler en vue de corriger les erreurs des régimes au pouvoir. Jamais, ils ne se sont retgrouvés pour faire une évaluation de leur lutte et pourquoi leur mouvement a connu un échec. La raison fondamentale avec le recul nécessaire que fait la presse est l'absence d'un cadre formel qui pouvait obliger les membres d'un regroupement politique à faire une introspection pour analyser les causes de ce qui n'a pu fonctionner.

Généralement les regroupements politiques ne fonctionnent que le temps d'une opposition avec beaucoup de cacophonie. Mais à l'approche des échéances électorales, ces regroupements se disloquent et par ambition personnelle, chaque dirigeant veut faire cavalier seul, oubliant que même en politique l'union fait la force. Le dialogue politique inclusif, quoi qu'on fasse, aura bel et bien lieu. Il est grand temps que l'UFVN élabore une stratégie unitaire afin d'éviter un suicide collectif. 2010 approche également à pas de géant. Si l'UFVN ne veut pas connaître la dérision de l'Unité face au MPLA comme cela s'est produit récemment en Angola, le temps urge.

Publié dans POLITIQUE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article