Onu : Les enfants soldats entre militaires et miliciens

Publié le par www.droitshumains-geneve.info

12 septembre 08  - Radhika Coomaraswamy, la Représentante spéciale sur les enfants dans les conflits armés, s’inquiète des limites toujours plus floues entre civils et militaires. Mais elle se réjouit d’une collaboration prometteuse avec le Conseil de sécurité.

Isolda Agazzi/InfoSud - "Les conflits ont changé et la limite entre civils et militaires devient toujours plus floue, surtout dans la bataille entre terrorisme et contre-terrorisme. Et les enfants sont les premiers à en faire les frais." C’est en résumé le constat alarmant dressé par Radhika Coomaraswamy, représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU sur les enfants dans les conflits armés, le 9 septembre devant le Conseil des droits de l’homme à Genève.

« Lors de mes visites en Iraq, Afghanistan, Israël et Palestine, j’ai constaté que toujours plus d’enfants sont engagés dans des activités militaires, y compris en tant que bombes humaines. Et beaucoup de mineurs sont en détention militaire ou victimes de dommages collatéraux. Non seulement dans ces pays, mais aussi dans beaucoup d’autres qui sont confrontés à ce qu’on appelle un problème de terrorisme. Il est impératif de respecter les principes fondamentaux du droit international humanitaire sur la séparation entre civils et combattants et la règle de la proportionnalité » a-t-elle martelé lors de son intervention.

Résolution 1612 du Conseil de sécurité

“J’ai toujours milité pour les droits de l’homme, mais en tant que Représentante spéciale du Secrétaire général je travaille aussi avec le Conseil de sécurité. C’est une activité plus politique et diplomatique, un grand défi ! » nous confiait-elle en marge de la réunion.

Un défi qui commence à porter ses fruits. Surtout depuis l’adoption de la résolution 1612 du Conseil de sécurité, en 2005, qui prévoit la possibilité d’adopter des mesures ciblées à l’encontre de ceux qui violent les droits des enfants. « Je viens d’effectuer une mission en République Centrafricaine, où j’ai rencontré le Commandant Laurent, de l’Armée populaire pour la restauration de la République et la démocratie (APRD). Il ne savait pas qu’il figurait sur l’annexe du rapport du secrétaire général, mais quand je lui ai expliqué les conséquences de la résolution 1612, il a accepté de libérer les enfants. L’UNICEF m’a informée la semaine dernière qu’il vient d’en libérer 250 » poursuit la représentante spéciale devant le Conseil.

Pareil en Côte d’Ivoire - où tous les groupes armés ont libéré les enfants - et au Soudan : de nombreux seigneurs de guerre se sont enquis longuement du cas de Thomas Lubanga et de ses conséquences. Et certains ont accepté de libérer les enfants, dans le cadre des plans d’action prévus par la résolution 1612. Thomas Lubanga, un chef de guerre de RDC à propos duquel la représentante spéciale a introduit un argumentaire juridique au titre d’ amicus curiae devant la Cour pénale internationale. « Ce sont des procédures longues et fastidieuses, mais des fois, ça marche. Il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de dissuasion de ce genre de machines juridiques » poursuit-elle.

Groupes non étatiques

Ce ne sont pas tant les Etats qui recrutent les enfants que les rebelles et les paramilitaires. En tout, Radhika Coomaraswamy estime qu’il y aurait 250’000 à 300’000 enfants soldats, même s’il est très difficile de connaître les chiffres exacts. Recrutés et utilisés par des groups armés non étatiques dans quatorze pays , à l’exception notable du Myanmar, Soudan et Ouganda, dont les armées régulières ne sont pas en reste.

Les chiffres de pays et de factions divergent de ceux fournis par d’autres sources, notamment le dernier rapport de la Coalition sur les enfants soldats, qui en énumère beaucoup plus. Mais le bureau de la représentante spéciale dépend des Nations Unies et il ne peut dénoncer un cas qu’après contrôle et feu vert du bureau de l’ONU sur place. Ce qui ne remet pas en cause la fiabilité des informations fournies par les ONG.

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Résolution 1612

Femmes et enfants, même combat

Après les femmes, les enfants. Un aboutissement logique pour Radhika Coomaraswamy, une militante sri lankaise – elle a aussi présidé la Commission des droits de l’homme du Sri Lanka - qui s’est toujours attaquée aux causes les plus difficiles. En tant que rapporteur spécial sur la violence envers les femmes, elle a dénoncé sans relâche la violence qui leur est faite dans la famille, la communauté et… les conflits armés. S’attirant au passage les foudres de quelques gouvernements qui appréciaient peu sa dénonciation de l’utilisation de la « culture » pour justifier l’excision, les crimes d’honneur ou les mariages forcés. Et qui n’a pas hésité à pointer du doigt la dictature culturelle de la minceur en Occident et ses ravages sur le corps et l’esprit de nombreuses femmes !

Comment, humainement, vit-elle des mandats aussi difficiles ? “Je rencontre beaucoup de victimes et je suis toujours frappée par la résilience des être humains, surtout les enfants et les femmes. Et par leur courage. »

Publié dans DROITS DE L'HOMME

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