TCHAD - PRESIDENTIELLE 2006 : L'OPPOSITION DENONCE UNE MASCARADE ELECTORALE

Publié le par COURRIER INTERNATIONAL

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La présidentielle plombée
(Courrier International 28/03/2006)


L’élection présidentielle de cette année charrie déjà des querelles entre les camps d’Idriss Deby candidat à sa propre succession et de son opposant de toujours Ngarlejy Yorongar dont l’un de ses camarades du parti nous a fait parvenir un communiqué.
 Dans cette correspondance, le Far/Parti fédération dénonce ce qu’il appelle les grossiers mensonges du Premier ministre Pascal Yoadimnadji à la presse à propos de son face à face avec le député fédéraliste Ngarlejy Yorongar du 24 mars 2006 au palais des Congrès de Njamena. Nous vous proposons l’intégralité de ce texte.

Le Mps distille, ces derniers temps, les fausses informations selon lesquelles, M. Ngarlejy Yorongar allait accompagner Idriss Déby à l’élection présidentielle de 2006. Dans la stratégie du Mps, si Yorongar se présente à cette élection, sa candidature seule suffirait à crédibiliser le scrutin. Par conséquent, il ne sert à rien de susciter des candidatures.

Or, que s’est-il passé ?
Faute de candidature de Yorongar susceptible de crédibiliser cette élection de 2006 et compte tenu de la situation explosive qui prévaut, les principaux représentants de la communauté internationale au Tchad à savoir le représentant-résident du Pnud, le représentant de l’Ua, les ambassadeurs des Etats-Unis d’Amérique, de la République fédérale d’Allemagne, de France et l’Union européenne offrent leur médiation à l’opposition démocratique et au chef de l’Etat en vue d’un dialogue dans le but de trouver une plate-forme électorale minimale qui garantirait les élections présidentielles, législatives et locales transparentes.

1)- La réunion du 16 mars 2006
C’est ainsi que des contacts ont été pris pour parvenir à une première réunion, le 16 mars 2006, regroupant au siège du Pnud, la communauté internationale suscitée et l’opposition comprenant la Cpdc et le Far/Parti fédération. Des échanges entre la communauté internationale et l’opposition ont été fructueux, francs et constructifs.
 Après cette rencontre, le représentant-résident du Pnud transmet immédiatement à Idriss Déby la plate-forme de Far/Parti fédération en dix-neuf (19) points allant de la prorogation du mandat d’Idriss Déby au toilettage du code électoral en passant par la Céni paritaire et la refonte du Conseil constitutionnel en vue des élections organisées de 2006 dans le contexte de la transparence. Ce dernier réunit autour de lui le Premier ministre, le ministre de l’Administration du territoire, le président du Conseil constitutionnel, le président de la commission électorale nationale indépendante (Céni), etc. pour examiner, point par point, les différentes revendications de Far/Parti fédération. Instructions ont été données par Idriss Déby à ses collaborateurs de rencontrer le représentant-résident du Pnud pour lui faire part des observations et points d’accord que suscite la proposition de la plate-forme de Far/Parti fédération.

C’est alors que l’ambassadeur de France, M. Jean-Pierre Berçot, se fait recevoir par Idriss Déby en dehors de la communauté internationale pour saper les efforts qu’elle a consenti pour obtenir une réunion avec l’opposition ; réunion à laquelle le même Jean-Pierre Berçot assiste d’ailleurs en sa qualité de représentant de l’Union européenne et où il a pris la parole en tant que tel. M. Jean-Pierre Berçot met ainsi dans la tête d’Idriss Déby que les propositions de Far/Parti fédération sont des pièges à con qui le fragiliseront comme le président Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire et le pousseront, à coup sûr, vers la porte de sortie du pouvoir.
 
 C’est après cette audience qu’Idriss Déby revient sur sa décision d’accéder à ladite proposition. Il désignera le Premier ministre, M. Pascal Yoadimnadji, pour le représenter à la rencontre du 24 mars 2006 en le sommant de rejeter la plate-forme en bloc.
 
 C’est ainsi que le duo Jean-Pierre Berçot et Daoussa Déby décide de harceler certains membres de la Cpdc en faisant nuitamment (généralement vers minuit à l’abri des oreilles et des yeux indiscrets) le porte-à-porte pour les convaincre d’être candidats afin de crédibiliser cette élection présidentielle moyennant plus ou moins 50 millions par candidature suscitée pour le financement de la caution et de la campagne.

Après cette première réunion, lorsque M. Yorongar déclare à la presse privée qu’il est hors de question qu’il se présente à la présente élection présidentielle tant que la plate-forme électorale que nous avons proposée n’est pas prise en considération que des candidatures sont suscitées au sein de la mouvance présidentielle. Ce n’est pas par hasard que les congrès des partis concernés sont organisés à la va vite et les candidatures annoncées précipitamment.

2)- La réunion du 24 mars 2006
Contrairement aux mensonges grossiers du Premier ministre, M. Pascal Yoadimnadji, propos selon lesquels il aurait convoqué le Far/Parti fédération en vue de la négociation, force et de rétablir la vérité des faits :
Après la réunion du 16 mars 2006 avec la communauté internationale au Pnud, le représentant-résident du Pnud, informé par le compte-rendu qui en résulte, le secrétaire général des Nations unies, M. Kofi Annan, envoie son représentant spécial en la personne du général Lamine Cissé, dernier ministre de l’Intérieur du président Abdou Diouf pour assister à la réunion qui devrait regrouper le Far/Parti fédération, la Cpdc et le Premier ministre représentant Idriss Déby absent de N’Djaména. Malheureusement, la Cpdc refuse de prendre part à cette réunion estimant que le Premier ministre est un sous-fifre qui n’a aucun pouvoir pour prendre des décisions conséquentes. Au nom donc de la communauté internationale, c’est M. Kingsley Amaning, représentant-résident du Pnud qui préside la réunion et non Pascal Yoadimnadji comme celui-ci le prétend grossièrement à certaine presse.
De tout ce qui précède, le Far/Parti fédération n’a pas été convoqué par le Premier ministre d’Idriss Déby, M. Pascal Yoadimnadji, mais il répond, bel et bien, à la médiation de la communauté internationale qui, par la voix de M. Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies tente d’éviter le pire au Tchad.
Nous espérerons que ce dernier tirera les leçons du refus d’Idriss Déby d’organiser des élections libres, justes, démocratiques et transparentes en accédant à la plate-forme minimale qu’il lui a proposée.
Le Far/Parti fédération n’est pas créé pour amuser la galerie comme les autres partis politiques, mais pour gagner les élections afin de gouverner le pays dans le respect des règles de la bonne gouvernance. Il n’est pas créé pour légitimer l’élection ou la réélection d’Idriss Déby comme le rêve ou le croit l’ambassadeur de France, M. Jean-Pierre Berçot.
(Par Yanlengar MBANG-ADINGAR P. Le Coordinateur Exécutif Fédéral, Le Coordinateur Fédéral à l’Environn
www.lemessager.net )

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