La presse africaine, malade des coûts et d’Internet

Publié le par Les Afriques

Dans le sillage du pluralisme politique et de la démocratie, la presse africaine avait pris un envol spectaculaire. Les coûts de production et Internet ont raison de cet essor.

Le marteau serait représenté par l’internet, et l’enclume par le coût exorbitant des intrants. Entre ces deux contraintes, la presse africaine se débat dans de sérieuses difficultés que ne font qu’amplifier la faiblesse du lectorat et du marché publicitaire.

Dépérissement

Le pluralisme politique et l’expansion de la démocratie ont engendré un pluralisme médiatique qui témoignait théoriquement d’une forte demande d’information. Mais sa propre croissance a porté en elle les germes du dépérissement de la presse dans la plupart des pays africains. Un environnement concurrentiel exacerbé a, un peu partout, provoqué des violations répétées de l’éthique et de la déontologie, et conduit à des dérapages qui ont atterri devant les tribunaux, rognant la crédibilité des médias et la surface de leur lectorat. Les organes de régulation et d’autorégulation se sont ainsi multipliés dans le souci de limiter les dégâts et de lustrer l’image des médias. Mais les chocs n’ont pas seulement été endogènes, ils ont aussi été exogènes. La distribution est l’une de ces contraintes exogènes. Elle n’est pas très organisée en Afrique et elle fait peser un lourd fardeau aux éditeurs. La double expansion de l’information audiovisuelle et de l’internet, l’étroitesse du marché publicitaire et la pression fiscale apparaissent comme des contraintes supplémentaires pour des journaux qui peinent à trouver la stratégie idoine d’adaptation. En réalité, la presse africaine a bien essayé de tirer le meilleur profit du développement des TIC. Non seulement le résultat n’a pas été des plus encourageants, mais les TIC ont même représenté une menace pour la survie de la presse en Afrique.

Agence en péril

L’actualité des médias dans deux pays d’Afrique de l’Ouest et du centre illustre la santé fragile de la presse africaine. Les contraintes financières ont amené les éditeurs de presse camerounais à procéder à une hausse de 100 FCFA sur le prix de vente des journaux quotidiens. Entrée en vigueur le 1er juillet, cette hausse avait été décidée en mai. Le prix d’un quotidien était resté bloqué à 300 FCFA depuis 1995. L’impact de la hausse restera cependant limitée puisque les distributeurs prélèvent sur les ventes des journaux une commission de 35 à 40%.
Le relèvement du prix de vente des journaux camerounais s’explique par la flambée des prix des intrants, qui fait que le coût de production d’un journal est estimé à 370 FCFA. L’aide annuelle de 150 millions de FCFA que l’Etat accorde à la presse depuis 2003 ne permettait plus aux journaux de joindre les deux bouts et d’éviter les retards de salaire de leurs employés.
La situation n’est guère meilleure en Guinée, où la seule vente des journaux ne permet plus de couvrir les coûts de production. L’exemplaire d’un journal coûte 2000 F guinéens et l’étroitesse du marché publicitaire ne permet pas de compenser l’écart entre le prix de revient et le prix de vente. Une rame de papier de 70 g coûte environ 23 000 FCFA (235 000 F guinéens) et la plaque métallique utilisée dans l’insolation est cédée à 25 000 F guinéens. Dans ce contexte, les titres disparaissent ou, dans le meilleur des cas, le tirage baisse sensiblement, peu de journaux guinéens pouvant désormais atteindre un tirage de plus de 10 000 exemplaires. La faiblesse du lectorat fait en outre qu’il n’y a que des hebdomadaires, bimensuels et mensuels, plus de quotidiens privés.

Par Aliou Diongue, Dakar

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