Putsch en Mauritanie : partisans et opposants se mobilisent, Paris sanctionne

Publié le par Afp

NOUAKCHOTT (AFP) — Les adversaires et les partisans du coup d'Etat militaire du 6 août en Mauritanie ont mobilisé plusieurs milliers de personnes, lundi à Nouakchott, au moment où la France, ex-puissance coloniale, gelait une partie de son aide, accentuant la pression sur la junte.

Dans le sud de la capitale mauritanienne, un meeting a réuni dans un stade plusieurs milliers de personnes répondant à l'appel du Front pour la défense de la démocratie, opposé au putsch.

Le Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf, libéré quelques heures auparavant en même temps que trois autres personnalités arrêtées le 6 août, a été accueilli par une foule importante à son arrivée dans le stade.

"Le président (Ould Cheikh Abdallah) vous remercie pour votre combat inlassable, votre combat très fort pour le rétablissement de l'ordre constitutionnel", a déclaré le Premier ministre aux participants.

Sidi Ould Cheikh Abdallahi, premier président démocratiquement élu (en mars 2007) du pays, depuis l'indépendance en 1960, était toujours retenu, lundi, dans une villa en résidence surveillée.

"Il a un très bon moral et est en bonne santé, a poursuivi Yahya Ould Ahmed Waghf. Il est attaché à la démocratie et à l'ordre constitutionnel".

"Nous n'accepterons plus de coup de force, plus de garanties et de voeux pieux", a lancé Jemil Ould Mansour, dirigeant islamiste modéré, en référence à la promesse faite par la junte d'organiser une nouvelle élection présidentielle.

Au même moment, plusieurs milliers de personnes participaient à une marche de soutien au Haut conseil d'Etat dirigé par le colonel Mohamed Ould Abdel Aziz, ont constaté des journalistes locaux.

Ce défilé a réuni des centaines de véhicules alignés par file de trois, sur un demi-kilomètre de route, derrière un millier de marcheurs, a précisé un photographe sur place.

La foule, partie du nord de la capitale, s'est dirigé vers le palais présidentiel au centre de la ville, mais s'est arrêtée à mi-chemin, au moment de la lecture d'une motion de soutien à la junte et en faveur du coup d'Etat.

Un homme d'affaires, Houmey Ould Tangi, principal organisateur de la marche, a lu une déclaration à la foule, qualifiant le chef de la junte, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, de "héros exemplaire" qui "a l'habitude de faire sortir le pays des impasses".

Entamées en fin d'après-midi, les deux manifestations se sont dispersées en début de soirée, sans incident.

Ces rassemblements anti et pro-putsch se sont déroulés au moment où la pression internationale s'accentuait sur la junte, la France annonçant le gel d'une partie de ses projets d'aide à la Mauritanie, comme les Etats-Unis l'avaient fait jeudi, dès le lendemain du coup d'Etat.

"La France décide de geler, à compter de ce jour, ses projets d'aide publique au développement en Mauritanie, à l'exception de l'aide humanitaire et alimentaire" et "se tient prête à examiner avec ses partenaires de l'Union européenne de nouvelles mesures de sanctions", selon la présidence française.

L'an dernier, l'aide publique française à la Mauritanie s'était élevée à quelque 30 millions d'euros.

Dans le communiqué, la France "réitère avec la plus grande fermeté son appel à la remise en liberté immédiate" du président renversé et "rappelle qu'elle rejette le principe de nouvelles élections présidentielles en Mauritanie".

Dimanche, six représentants de la communauté internationale à Nouakchott (Allemagne, Espagne, Etats-Unis, France, ONU et Commission européenne) avaient exprimé leur rejet de "l'organisation d'une élection unilatérale qui, de ce fait, serait considérée illégitime", selon une source diplomatique française.

Publié dans L'AFRIQUE

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